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Jensen Interceptor et FF : le meilleur des trois mondes

PAUL CLÉMENT-COLLIN - 9 nov. 2014

Parler de Jensen, c’est comme parler de Bristol : il s’agit là d’icônes de l’automobile britannique, malgré leurs histoires cahotiques et leurs diffusions parfois confidentielles. Il faut donc prendre des pincettes pour éviter d’en dire des bêtises. Les nombreux projets de relance de cette marque créée en 1935 prouvent bien quelle place Jensen tient dans l’imaginaire des amateurs de voitures. Et par respect pour elle, j’écris cette article en écoutant les Rolling Stones (Let It Bleed, paru en 1969 alors que l’Interceptor est encore en pleine bourre).

Cette place à part, Jensen la doit surtout à son modèle phare (et celui qui provoqua sa perte) : l’Interceptor. Peu de voitures peuvent se targuer de posséder un dessin quasi intemporel signé Touring (regarder là, elle n’a pas pris une ride), d’avoir révolutionner l’automobile en proposant le (coûteux) système FF (Ferguson Formula, l’ancêtre des transmissions intégrales que nous connaissons aujourd’hui), et de réunir le meilleur de 3 monde (ligne italienne, V8 américain, conception anglaise). L’Interceptor c’était tout cela.

Présentée en 1966 au Salon de Londres, à Earls Court, elle avait déjà une histoire mouvementée, puisque sa conception cahotique avait déjà fait s’éclipser les frères Jensen de l’entreprise (dont ils n’étaient plus actionnaires depuis 1959), ainsi que le styliste maison Eric Neale. C’est donc à Touring que fut confié le soin de dessiner cette nouvelle Jensen, avec brio selon moi. Car il faut l’avouer, outre le talentueux coup de crayon, l’Interceptor propose une ligne singulière, personnelle, et ne cherche jamais à copier. Enfin, cette « bulle » arrière est stylistiquement révolutionnaire (on la retrouvera ensuite chez Porsche, avec les 928, 924 ou 944, et même chez Renault (Fuego). Les 50 premiers exemplaires seront d’ailleurs fabriqués en Italie, à Milan. Les carrosseries seront ensuite fabriquées chez Vignale avant d’être envoyées en Angleterre pour montage.

L’ultra rare version « coupé » fabriquée à seulement 47 exemplaires

Mais en cette année 1966, Jensen ne fait pas que lancer la production de l’Interceptor. Elle présente aussi la géniale FF (qui n’entrera en production qu’en 1967). Dérivée de l’Interceptor dont elle ne porta pourtant jamais le nom, elle dispose donc de cette fameuse transmission intégrale, avec un empattement plus long que ses sœurs propulsions. Très coûteuse à produire, elle ne se vendra qu’à 318 exemplaires jusqu’en 1971. Plus grave, elle était fragile et entacha la réputation de la marque suite à de nombreux retours à l’usine. L’échec de cette voiture pourtant exceptionnelle pesera lourdement sur les comptes de Jensen, et qui devra dans la foulée encaisser le choc pétrolier et la baisse du marché des voitures de standing aux gros moteurs gourmands !

En 1976, Kjell Qvale (lire aussi : Qvale Mangusta) qui avait racheté la marque à la fin des année 60 jette l’éponge, laissant 1400 salariés sur le carreau, après 5295 exemplaires de l’Interceptor (sans compter les FF). Pourtant, une série II était apparue en 1969 et une série III en 1971. Surtout, une version cabriolet avait été lancée en 1973 (509 exemplaires) et une version « Coupé » (en fait un cabriolet hard top) en 1975 (avec seulement 47 exemplaires).

Après dix années, l’Interceptor tirait donc sa révérence, mais en 1983, la marque sera relancée avec une série IV (en fait une série III à peine remaniée) dotée d’un V8 Chrysler de 5,9 litres. Sa production sera encore plus confidentielle puisque seulement 15 exemplaires seront réalisés (14 cabriolets et un coupé) jusqu’en 1993 date à laquelle le clap de fin retentit encore une fois ! La suite, vous la connaissez déjà, avec le lancement de la SV8 en 1998 (lire aussi: Jensen SV8) : un échec une fois de plus. A la fin des années 2000, plusieurs tentatives de renaissance verront le jour (avec des moteurs de Corvette), voire pour un exemplaire « spécial » un moteur de Viper (lire aussi : Jensen Interceptor Segrave).

Mais aujourd’hui, le retour de Jensen est bien improbable, malgré les effets d’annonce. CPP, basé à Coventry, l’avait bien ramené en 2012 en proposant un sketch séduisant. Mais le petit groupe automobile, sous le contrôle du russe Antonov lié aussi à Spyker (lire aussi : Spyker) n’a plus rien annoncé depuis lors (sans doute à cause des ennuis judiciaires et financiers de son patron. En attendant, il est possible de trouver des exemplaires en France aux alentours de 40 000 euros. L’une d’elle était d’ailleurs en vente à Nantes récemment. Depuis 2010, Jensen Sales propose de restaurer votre Interceptor à neuf, voire de vous en construire une totalement, sur la base de la S3 (mais le site internet ne répond plus tiens tiens). A vous de voir !


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