
La Ferrari la plus chère de la gamme vient de faire chuter l'action de 6 %, et elle n'a même pas encore roulé
Ferrari vient de toucher à l’un de ses tabous les plus sensibles. Avec la Luce, sa première voiture électrique, Maranello tente un pari autant technique qu’esthétique. Mais les réseaux sociaux n’ont pas attendu les essais pour juger : les critiques pleuvent déjà, parfois avec une violence rare. Une Ferrari électrique peut elle vraiment séduire quand une partie du public refuse déjà son existence ?
Ferrari a présenté la Luce lundi soir, ouvrant officiellement un nouveau chapitre avec sa première voiture électrique. Le modèle ne se contente pas d’introduire une motorisation inédite pour la marque : il assume aussi un dessin très différent de l’imaginaire habituel du Cavallino. Quelques heures après sa révélation, les premiers retours sur les réseaux sociaux montrent pourtant que le pari est loin d’être gagné, tant la réaction d’une partie du public paraît hostile.
Une première électrique qui déclenche un choc
Ferrari savait forcément que son entrée dans l’électrique serait observée de près. La marque touche ici à un symbole fort, puisque son identité s’est construite autour du moteur thermique, du son, de la mécanique et de la performance émotionnelle. La Luce arrive donc avec un poids immense sur les épaules. Elle doit prouver qu’une Ferrari sans moteur à combustion peut encore rester une Ferrari, tout en évitant de singer les modèles thermiques de la gamme. C’est précisément ce choix qui semble avoir crispé une partie des internautes. La Luce ne ressemble pas à une Ferrari classique, et cette rupture esthétique amplifie le rejet déjà prévisible d’une Ferrari électrique.
Instagram se transforme en tribunal
Sur le compte Instagram de Ferrari, où les publications attirent d’ordinaire une pluie de compliments, l’ambiance a radicalement changé. Les commentaires négatifs se multiplient, avec une créativité parfois cruelle. Certains plaisantent sur l’idée que la voiture serait animée par l’énergie d’Enzo Ferrari se retournant dans sa tombe. D’autres demandent à Ferrari d’avouer que la marque n’aimerait pas davantage les voitures électriques que ses détracteurs. Le surnom de Prius italienne revient aussi, avec des comparaisons peu flatteuses à des voitures chinoises, à un micro-ondes ou encore au Fiat Multipla. Un internaute va même jusqu’à évoquer la plus grande déception de l’industrie automobile, tandis qu’un autre estime qu’il faudrait présenter des excuses à Jaguar.
Presque aucun soutien visible
Ce qui frappe surtout, c’est la rareté des réactions positives. Dans le flot de critiques, les messages de défense apparaissent presque isolés. L’un d’eux propose pourtant une lecture intéressante. Selon cet internaute, une Ferrari électrique ne pouvait pas simplement ressembler à une Ferrari traditionnelle. Il rappelle que Porsche a connu de grandes difficultés en essayant de faire basculer une partie de son offre vers l’électrique, et voit dans la Luce une voiture volontairement différente, qui n’a pas vocation à remplacer les Ferrari déjà appréciées. Un autre commentaire salue simplement le courage de Ferrari, qui a laissé ouverte la section des réactions malgré la tempête.
La Bourse réagit elle aussi
La crispation ne s’est pas limitée aux réseaux sociaux. Quelques heures après la présentation de la Luce, l’action Ferrari reculait de plus de 6 % dans la matinée. Il serait toutefois excessif de réduire ce mouvement à quelques commentaires Instagram. Mais le timing renforce l’impression d’un lancement compliqué, au moins sur le plan de l’image immédiate. Pour une marque aussi dépendante de son aura, de son désirabilité et de sa rareté, la première impression compte énormément. Ferrari peut absorber beaucoup de critiques, mais elle ne peut pas ignorer la perception de ses clients et de ses investisseurs.
Une Ferrari à plus de 500 000 euros
La Luce devrait être affichée à plus de 500 000 euros. Ce tarif en ferait le modèle le plus cher de la gamme régulière, hors séries spéciales. Cette position tarifaire change la lecture du projet. Ferrari ne cherche pas nécessairement à vendre la Luce en très grand nombre. Le modèle vise plutôt à ouvrir un territoire, à montrer une capacité technologique et à occuper le terrain de l’électrique très haut de gamme. Son impact commercial devrait donc rester limité par rapport aux volumes globaux de la marque. Mais son importance symbolique, elle, est considérable.
Ferrari a les moyens de prendre ce risque
Les chiffres récents montrent que Maranello possède une marge de manœuvre rare dans l’industrie automobile. Ferrari a vendu 13 640 voitures l’an dernier, soit 112 de moins qu’en 2024. Son chiffre d’affaires a atteint 7,14 milliards d’euros. Surtout, sa marge opérationnelle s’est établie à 29,5 %, un niveau quatre à cinq fois supérieur à celui des constructeurs généralistes traditionnels. Autrement dit, Ferrari peut se permettre une tentative audacieuse. Même si la Luce divise, même si elle choque, même si elle ne devient pas un best seller, la marque dispose d’une solidité financière suffisante pour encaisser ce pari.
Une mauvaise première impression peut elle être corrigée ?
La vraie question reste désormais celle du réel. Les images et les réseaux sociaux fabriquent souvent des jugements instantanés, parfois définitifs, mais une voiture peut aussi changer de perception lorsqu’on la découvre en vrai. La Luce devra convaincre par sa présence, sa finition, ses performances et surtout par sa capacité à provoquer une émotion compatible avec le nom Ferrari. C’est là que le défi commence vraiment. Comme l’idée attribuée à Coco Chanel le suggère, on n’a pas toujours deux occasions de faire une bonne première impression, mais Ferrari espère sans doute que la Luce sera plus convaincante sur la route que dans les commentaires. Avec la Luce, Ferrari prend le risque de déplaire pour tenter d’ouvrir son avenir électrique, et c’est peut être précisément ce mélange de courage, de controverse et d’incertitude qui en fera l’un des modèles les plus scrutés de Maranello.