Opel Tigra Twin Top : chronique d'une mort annoncée d'Heuliez
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Opel Tigra Twin Top : chronique d'une mort annoncée d'Heuliez

Par Paul Clément-Collin - 15/08/2017

Ce devait être le contrat du siècle pour Heuliez. Pensez-vous, plus de 150 000 exemplaires de la petite Opel Tigra Twin Top devaient-être assemblés en 4 ans, dans les Deux-Sèvres, sur le site de Cerizay. Mais lorsqu’en 2009 Opel stoppe la commercialisation de son petit-coupé cabriolet, seuls 90 874 unités avaient été produites, et Heuliez se retrouvait exsangue, obligé de s’acoquiner à un Baron d’Empire spécialiste de l’entourloupe. Triste histoire.

Tout commence à la fin des années 90. Malgré des années de collaboration avec le groupe PSA pour la fabrication des CX, BX, XM ou Xantia dans leur version break, le changement de gouvernance en 1997 (Jean-Martin Folz remplaçant Jacques Calvet) entraîne la fin des accords de fabrication avec Heuliez : il n’y aura plus aucune voiture du groupe assemblé chez Heuliez.

Heureusement, Heuliez avait opportunément développé un toit en dur escamotable qui allait donner naissance à un best-seller sochalien : la Peugeot 206 CC (lire aussi : Peugeot 206 CC). Mais Peugeot ne confiera pas la production entière de la 206 CC à Heuliez, se contentant de lui faire fabriquer les toits rétractables. Un beau contrat cependant, qui permettait à la société picto-charentaise de présenter une belle expérience dans ce domaine.

Malgré cette activité, il faut tout de même trouver de nouveaux débouchés à l’entreprise, pourvue de chaînes d’assemblage désormais vides. Prenant son bâton de pèlerin, Paul Quéveau, le fils du patron d’Heuliez, Gérard Quéveau, va alors se mettre en quête d’une voiture à produire en petite série pour le compte d’un grand constructeur. C’est au salon de Genève 2001 que les premiers contacts vont être noués entre Opel et le carrossier français. Les allemands songent à produire un successeur à leur première Tigra (lire aussi : Opel Tigra), retirée du service en 2000. Mais au lieu d’un petit coupé, ils songent à un coupé-cabriolet, plus en phase avec les goûts du moment, vu le succès de la 206 CC justement.

C’est la double compétence dans les toits rétractables et dans la fabrication de véhicules de petite série qui va séduire Opel et les convaincre de choisir Heuliez plutôt que Karmann, ATS, Pininfarina ou Bertone. D’ailleurs, le constructeur allemand va mettre à contribution les français dans la conception de cette Tigra Twin Top. Trente mois à peine seront nécessaire pour étudier et développer la future petite Opel !

Développée sur la plate-forme de la Corsa C lancée en 2000, elle en garde un vague air de famille, mais ses lignes sont plus carrées, plus tendues, plus musclées ! La solution retenue est sans doute la clé de son insuccès : la Tigra Twin Top est une stricte deux places quand toutes ses concurrentes proposent 4 places (enfin, 2+2 serait plus juste pour qui a déjà voyagé à l’arrière d’une 206 CC par exemple). Chez Opel comme chez Heuliez, personne n’y voyait un obstacle jusqu’à ce que l’on constate la mévente de cette Twin Top, loin des objectifs initiaux. Heuliez tentera bien de proposer à Opel une version 4 places (projet 4435) mais le sort de la Tigra était déjà scellé.

Lorsque la voiture entrait en production en 2004, l’heure était encore à l’euphorie. Heuliez, poussé par Opel, avait rajeuni son logo qui désormais s’affichait sur les flancs de la Tigra. On prévoyait 200 véhicules par jour, l’embauche de 1000 ouvriers supplémentaires. En 2005, Heuliez produisait 37 690 Opel (après 14 904 ex en 2004), et affichait un chiffre d’affaire de 550 millions d’euros pour 3000 salariés. En apparence, tout allait bien. Et pourtant… Le vent allait tourner.

D’une part, les ventes de l’Opel Tigra Twin Top allait s’effondrer dès 2006, retombant à 14 170 exemplaires puis 11 770 en 2007. Cette même année sortait la 207 CC mais, pour sa grande sœur la 307 CC lancée en 2002, Peugeot avait décidé de racheter la licence et de produire directement les mécanismes de toit. Malgré quelques clients de ci de là, Heuliez se retrouvait dépendant d’un seul grand donneur d’ordre : Opel. Et tandis que les ventes plongeait encore en 2008, avec seulement 8840 exemplaires produits, GM, la maison mère d’Opel plongeait dans la tourmente de la crise des subprimes, l’acculant à la faillite. D’abord sommée de faire des économies drastiques, Opel fut même brièvement mise en vente une première fois (la cession auprès de l’équipementier canadien Magna en 2009 fut à deux doigts d’être conclue). Ce n’est qu’en 2017 cependant que GM cédera sa filiale européenne à PSA (lire aussi : PSA rachète Opel).


De son côté Heuliez se retrouvait, en 2009, au bord de la faillite, avec zéro client ou presque, un chiffre d’affaire tombé à 60 millions d’euros (10 fois moins qu’en 2005) et des pertes de l’ordre de 30 millions d’euros. Seul espoir : le projet de voiture électrique dénommé Friendly. Un projet sur lequel Louis Petiet et son holding Krief Group comptaient bien faire main basse, promettant 15 millions d’euros d’argent frais, des commandes en veux-tu en voilà, et un avenir radieux. L’argent n’arrivera jamais, bloquant le financement promis par le Fond Stratégique d’investissement et la région Poitou-Charente. Finalement, l’homme devra céder l’affaire au groupe BGI aux reins pas assez solides malgré le rapatriement de l’entreprise de voiturettes JDM à Cerizay (lire aussi : JDM) et la vente de l’activité « voiture électrique » à des investisseurs et la région Poitou-Charente sous le nouveau nom de Mia.

Le concept Heuliez Friendly deviendra en série la Mia, mais ça, c’est une autre histoire

Après la vente des réserves d’Heuliez et d’un sacré paquet de prototypes en 2010 puis 2012, l’entreprise sera finalement liquidée, tout comme Mia ensuite. Malheureusement, à trop dépendre d’un gros client, sans anticipation des nouvelles organisations industrielles des grands constructeurs leur permettant de construire eux-mêmes les petites séries et les véhicules de niche, Heuliez n’avait aucune chance de survie, tout comme Pininfarina ou Bertone en Italie aux mêmes époques. L’Opel Tigra Twin Top restera donc la dernière production d’Heuliez (Mia étant déjà sortie du périmètre du carrossier au moment de sa commercialisation). Elle est donc particulièrement collector, surtout si l’on a ni chien ni enfant !

PS: le Baron Petiet sera régulièrement condamné pour malversations lors des prises de contrôles ou des faillites de ses diverses entreprises, et le groupe Bernard Krief Consulting liquidé en 2012 !

A lire aussi le passionnant récit d’André Leroux sur l’Opel Tigra Twin Top : la Tigra Twin Top par André Leroux

Paul Clément-Collin

Paul Clément-Collin

Paul Clément-Collin est une figure reconnue du journalisme automobile français. Fondateur du site culte Boîtier Rouge, sacré meilleur blog auto aux Golden Blog Awards 2014 et cité parmi les médias auto les plus influents par Teads/eBuzzing et l’étude Scanblog Advent, il a ensuite été rédacteur en chef de CarJager et collaborateur de Top Gear Magazine France. Journaliste indépendant, spécialiste des voitures oubliées, rares, iconiques ou mal-aimées, il cultive une écriture passionnée et documentée, mêlant culture auto, design, histoire et anecdotes authentiques, et intervient également sur des événements majeurs comme le Mondial de l’Auto.

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