
Oubliée pendant des années à Paris, cette Mercedes 300 SL pourrait valoir jusqu’à 5 millions d’euros
Sous la poussière d’un parking parisien se cache l’un des plus grands mythes de Mercedes. Cette 300 SL Papillon de 1956 n’a parcouru que 34 000 km et n’a jamais été restaurée. Livrée en France parmi seulement 30 exemplaires, elle réunit toutes les options sportives d’époque. Et si cette robe poussiéreuse racontait mieux son histoire qu’une restauration parfaite ?
À l’occasion de Rétromobile 2026, Artcurial s’apprête à présenter une Mercedes Benz 300 SL Papillon particulièrement fascinante lors de sa vente Automobile Legends. L’auto, affichant seulement 34 000 km, n’a jamais été démontée, repeinte ni restaurée. Conservée dans son état d’origine, avec ses accessoires et sa poussière, elle réunit tout ce qui fait vibrer les amateurs de grandes découvertes automobiles : rareté, authenticité, histoire parisienne et configuration exceptionnelle.
Une poussière devenue argument de collection
Depuis la vente de la collection Baillon en 2015, la poussière n’est plus seulement un signe d’abandon. Elle est aussi devenue une preuve visuelle de conservation, presque une signature.
Cette 300 SL Papillon en offre une belle démonstration. Sa carrosserie porte encore cette fine couche grise qui attire immédiatement le regard. Mais sous cet aspect figé dans le temps se trouve l’un des modèles les plus désirables de l’histoire Mercedes.
L’exemplaire fait partie des 1 400 Mercedes 300 SL Papillon produites. Plus rare encore, il appartient aux 30 voitures livrées neuves en France, précisément à Paris, en 1956.
Une configuration sportive très recherchée
L’intérêt de cette 300 SL ne tient pas seulement à son état. Elle dispose de toutes les options sportives disponibles à l’époque, celles que recevaient d’office les 29 exemplaires à carrosserie tout aluminium. On retrouve ainsi la version NSL du six cylindres en ligne 3,0 litres. Cette appellation, pour Nockenwelle Sport Leicht, renvoie à un arbre à cames plus sportif. Grâce à cette évolution, la puissance passe de 215 ch à environ 230 ch, voire 240 ch selon les réglages.
L’auto reçoit aussi les jantes Rudge à écrou central et des suspensions modifiées. Pour une 300 SL de série, une telle dotation sortie d’usine reste extrêmement rare.
Une star annoncée pour la vente Artcurial
La voiture sera proposée lors de la vente Automobile Legends organisée par Artcurial à l’Hôtel The Peninsula Paris, au 19 avenue Kléber, dans le 16e arrondissement. Les enchères auront lieu le 27 janvier à 14h.
Pour Matthieu Lamoure, responsable de la vente, cette 300 SL s’annonce comme l’une des grandes attractions de la session. Selon lui, seulement 60 exemplaires auraient reçu une telle configuration sportive en sortie d’usine.
La teinte grise Graphit Graü ajoute encore à la rareté, puisqu’elle concernerait exactement 106 voitures. Mais le plus impressionnant reste ailleurs : cette Papillon pourrait être le dernier exemplaire encore 100 % d’origine au monde dans un tel état.
Jamais repeinte, jamais démontée
L’expertise de la voiture renforce son caractère exceptionnel. Elle conserve ses plaques d’immatriculation d’origine et n’a été touchée que pour son entretien. Tous les numéros des éléments correspondent, y compris ceux des pièces mécaniques les moins accessibles. Les mesures de peinture réalisées par Artcurial confirment également qu’aucun panneau de carrosserie n’a été repeint.
La Mercedes a aussi gardé ses accessoires d’époque. Sa valise et sa trousse à outils sont toujours présentes, deux détails très appréciés sur une voiture de ce niveau.
Une première vie parisienne très singulière
Cette 300 SL a été livrée neuve à Paris en 1956 à Claude Foussier. Son premier propriétaire n’était pas un inconnu : il fut le premier importateur de Coca Cola en Europe et un athlète olympique multimédaillé en tir sportif.
En 1961, la voiture passe entre les mains de Jean Piger. Son deuxième propriétaire la conservera jusqu’en 2014, soit plus d’un demi-siècle. Après onze années d’immobilisation, la sortie de grange se déroule presque simplement : quelques interventions de base suffisent à remettre l’auto en route.
Retour au garage d’origine
Après cette redécouverte, la 300 SL part en Allemagne. Elle y est conservée comme une œuvre d’art, sans être nettoyée, afin de préserver son état et sa patine. Puis elle revient à Paris. Et c’est là que l’histoire devient presque irréelle. En consultant les archives de la Préfecture de Paris, Artcurial découvre que le propriétaire actuel habite à la même adresse que Claude Foussier, le tout premier propriétaire.
Cette adresse, c’est le 2 boulevard Suchet, dans le 16e arrondissement. Autrement dit, la 300 SL est retournée dans le garage où elle dormait au quotidien entre 1956 et 1961.
Une rencontre manquée devenue jackpot
Pour Matthieu Lamoure, l’émotion est d’autant plus forte qu’il connaissait déjà cette voiture. Il explique avoir rencontré son précédent propriétaire il y a environ vingt ans, au début de sa carrière, et avoir tenté de le convaincre de la vendre aux enchères.
À l’époque, la réponse avait été négative. Deux décennies plus tard, l’auto arrive finalement sur le marché dans un contexte bien plus favorable. Artcurial estime aujourd’hui sa valeur entre 2 et 5 millions d’euros. Avec son kilométrage minime, son état jamais altéré, sa configuration sportive et son étonnant retour à son point de départ parisien, cette Mercedes 300 SL Papillon n’est pas seulement une voiture de collection : c’est une histoire complète sous une fine couche de poussière.