Le jour où Agnelli et Fiat faillirent racheter Citroën
Classics
Citroën
Fiat
Française

Le jour où Agnelli et Fiat faillirent racheter Citroën

Par Paul Clément-Collin - 13/09/2016

Avec des « si » on pourrait mettre Paris en bouteille… Mais moi qui aime l’uchronie, j’avoue qu’il m’est arrivé de me demander ce qu’il serait advenu si Fiat avait effectivement pris le contrôle de Citroën en 1973. Car si chacun se souvient de la faillite de 1974 et de la prise de contrôle de la firme aux chevrons en 1975 par Peugeot, peu de gens se souviennent que Citroën fut à deux doigts de passer sous pavillon italien, après 5 ans de collaboration technique (projet Y notamment, premier projet d’une compacte Citroën positionnée sous l’Ami8 et qui indirectement donnera naissance aux Visa et Oltcit/Axel) et d’accords financiers. Une petite histoire comme Boîtier Rouge les aime pour se détendre en ce début de semaine.

Lors des négociations avec Fiat, Pierre Bercot est encore président de Citroën SA. Il cèdera sa place en 1971 à François Rollier

Lors des négociations avec Fiat, Pierre Bercot est encore président de Citroën SA. Il cèdera sa place en 1971 à François Rollier

Au départ, lorsque les accords Citroën / Fiat sont annoncés en octobre 1968, l’idée n’est pas encore de vendre la marque française, mais de nouer des accords techniques, commerciaux et financiers permettant une réduction des coûts, ainsi qu’une meilleure distribution des marques respectives sur les marchés italiens et français.

La GS Birotor, comme la M35, est un gouffre financier pour Citroën

En début d’année 1968, Citroën a totalement réorganisé sa structure financière, avec une société mère, Citroën SA, chapeautant une vingtaine de filiales. Outre une plus grande efficacité, cette ré-organisation facilite les négociations avec Fiat dans le cadre d’une prise de participation. En octobre, le projet est annoncé, avec l’annonce de la future création de la société de holding Pardevi SA (Participation et Développement Industriel), qui détiendrait 55 % des actions de Citroën SA. A l’origine, il est prévu que Michelin détienne 63 % de Pardevi, et Fiat 37 %. Dans les fait, Fiat ne détiendrait que 15 % de Citroën, ce qui semble acceptable pour tous, y compris pour le gouvernement, attentif aux fleurons de l’industrie française.


La GS Birotor, comme la M35, est un gouffre financier pour Citroën

Avec le rachat de Maserati en 1969, faisant suite aux accords techniques de 1968, et le futur lancement de la SM (prévu pour 1970), et le développement sur le moteur Wankel avec la Comotor (lire aussi : Citroën M35 et Citroën GS Birotor), Citroën se positionne clairement vers le haut de gamme, le sport et la technologie, mais cette orientation a un coût. Cette année-là, les accords avec Fiat commencent à devenir réalité : le réseau Citroën se met à distribuer la marque Autobianchi (en France, Suisse, Belgique et Portugal), tandis que le réseau Autobianchi distribue en contrepartie Citroën en Italie.

La crise pétrolière et la perte du marché américain joueront pour beaucoup dans l'échec de la SM

Le 28 juillet 1970, la société Pardevi est officiellement créée. Si elle détient bien 55 % de Citroën SA, la répartition Citroën / Fiat à son capital n’est plus du tout la même : Michelin détient 51 % de Pardevi, tandis que Fiat s’octroie 49 %. Pour expliquer cette nouvelle répartition, il faut imaginer que depuis 1968, la situation financière de Citroën a changé, embourbée dans des projets gourmands en capitaux (Maserati, la SM, la Comotor). En outre, les états d’esprit ont changé. Chez Michelin, on commence à se lasser de cette filiale automobile coûteuse, et on pressent que l’avenir automobile passera par des alliances, des croissances externes et la conquête internationale. Sans moyen, comment relever les défis du futur ? Du côté de chez Fiat, un leitmotiv : croissance et internationalisation. Après avoir racheté Lancia en 1969, et pris 50 % de Ferrari la même année, l’heure est à l’offensive internationale. Enfin, Michelin et Fiat partage une culture commune : celle de l’entreprise industrielle et familiale qui facilite les discussions, et les visions communes.

La crise pétrolière et la perte du marché américain joueront pour beaucoup dans l’échec de la SM

Avec la création effective de la Pardevi, la famille Michelin indique implicitement son désir de se désengager de Citroën avant même de subir la crise pétrolière de 1973. A l’annonce de cette prise de participations, les dents grincent, particulièrement au gouvernement ! Cela sent les grandes manœuvres, et l’Etat gardera un œil attentif à la situation chez Citroën. Déjà, les dissensions montent entre français et italiens. Les ambitions de Fiat sont de conquérir le marché français, et pas forcément de préserver les spécificités de Citroën. Chez Citroën, on se verrait plutôt comme la filiale haut de gamme, et non comme un assembleur.

Le discours de Giovanni Agnelli au salon de Turin en 1972 glace le sang des français : il y annonce ouvertement son ambition de disposer des usines Citroën, de rationaliser la production des deux marques, et ce afin de réaliser d’importantes économies d’échelle. Les autorités françaises commencent à sérieusement s’inquièter. Dès lors, lorsqu’en 1973 Michelin annonce son intention de vendre sa participation de 51 % dans Pardevi à son homologue italien qui prendrait, de fait, le contrôle de Citroën avec 100 % de Pardevi et donc 55 % de Citroën, le gouvernement va agir… en opposant son veto !

Agnelli finira par jeter l'éponge, et renoncera à racheter Citroën en 1973 Agnelli finira par jeter l’éponge, et renoncera à racheter Citroën en 1973

Devant cette levée de bouclier, Fiat va donc renoncer à ses ambitions sur Citroën, et rétrocéder ses 49 % de Pardevi à Michelin, qui se retrouve bien embêté, sans partenaire industriel, commercial et financier pour affronter la crise pétrolière de cette même année. Les coûts de développement de la technologie Wankel ont explosé, la SM gourmande en carburant se vend moins bien que prévu, et les nouvelles normes américaines impossibles à appliquer sur ce modèle risquent de priver la voiture de son principal marché (les USA absorbent ¼ de la production des SM en 1973. En outre, la filiale italienne Maserati est un gouffre financier, tandis que la concurrence sur le marché français est de plus en plus forte (Renault, Peugeot). La DS est en fin de vie, et la nouvelle CX pas encore sur le marché. L’avenir n’est pas rose, les finances sont exsangues, et Michelin peu enclin à recapitaliser sa filiale.

En 1974, Citroën SA est déclarée en faillite, et le gouvernement fera pression, dès lors, sur Peugeot pour racheter son concurrent (ce qui sera effectif en 1975) : c’en était fini de l’indépendance de Citroën. L’intégration au sein du nouveau groupe PSA ne se fera pas sans heurt, et le rachat de Chrysler Europe en 1978 compliquera encore la donne. Mais « cocorico », l’honneur était sauf, et Citroën restait française !

Paul Clément-Collin

Paul Clément-Collin

Paul Clément-Collin est une figure reconnue du journalisme automobile français. Fondateur du site culte Boîtier Rouge, sacré meilleur blog auto aux Golden Blog Awards 2014 et cité parmi les médias auto les plus influents par Teads/eBuzzing et l’étude Scanblog Advent, il a ensuite été rédacteur en chef de CarJager et collaborateur de Top Gear Magazine France. Journaliste indépendant, spécialiste des voitures oubliées, rares, iconiques ou mal-aimées, il cultive une écriture passionnée et documentée, mêlant culture auto, design, histoire et anecdotes authentiques, et intervient également sur des événements majeurs comme le Mondial de l’Auto.

Autos similaires en vente

Barnes Exclusive
Fiat Dino 2000
Fiat Dino 2000
Fiat Dino 2000
Fiat Dino 2000
Fiat Dino 2000
Fiat 124 Sport
Fiat 124 Sport
Fiat 124 Sport
Fiat 124 Sport
Fiat 124 Sport
Fiat 850 Sport Spider
Fiat 850 Sport Spider
Fiat 850 Sport Spider
Fiat 850 Sport Spider
Fiat 850 Sport Spider
Fiat 1200
Fiat 1200
Fiat 1200
Fiat 1200
Fiat 1200

Carjager vous recommande

Nicolas Fourny / 12 nov. 2025

Le plus bel âge de la Fiat Croma 8ttoV

« La Croma 8ttoV, si elle avait été industrialisée, n’aurait de toute façon conquis que quelques hurluberlus en mal d’exotisme »
Fiat
Italienne
V8
Carjager / 12 nov. 2025

Fiat 1200 Spider: Un classique intemporel à s'offrir

La Fiat 1200 Spider, lancée en 1959, incarne à la perfection le charme des roadsters italiens des années 60. Avec son design élégant et son moteur 4 cylindres vaillant, ce modèle a séduit une génération d’amateurs de conduite en plein air, à la recherche d’une expérience pure et conviviale. Nous vous présentons ici une Fiat 1200 Spider de 1960 dans un état exceptionnel, un modèle qui a traversé les décennies avec grâce.
Classic
Italienne
Nicolas Fourny / 12 nov. 2025

Fiat 130 : une perdante magnifique

Rêvons un peu : imaginez qu’au prochain Salon de Genève, Fiat présente une berline tricorps de cinq mètres de long, animée par un six-cylindres à essence de 300 chevaux, tout en proclamant que son nouveau modèle ambitionne de concurrencer la Mercedes-Benz Classe E et la BMW Série 5. Il ne fait guère de doute qu’une telle initiative laisserait dubitatif plus d’un observateur, tant l’image de la firme turinoise semble associée pour l’éternité aux automobiles populaires et accessibles au plus grand nombre. Pourtant, il n’en a pas toujours été ainsi et, il y a un peu plus de cinquante ans, les Italiens s’efforçaient encore de croiser le fer avec les grandes routières germaniques, et pas seulement chez Lancia, Maserati ou Alfa Romeo : en témoigne la trajectoire atypique de la 130, une voiture qui — comme tant d’autres — aurait mérité mieux que le cuisant échec commercial qu’elle a connu !
130
Classic
Fiat
Paul Clément-Collin / 12 nov. 2025

Fiat-Dino Spider et Coupé : le match Pininfarina / Bertone

Deux salles, deux ambiances, mais un seul et même DJ, MC Ferrari : voilà comment on pourrait résumer les deux modèles produits par la Fiat, mais dotés d’une mécanique noble identique provenant de Maranello. Les Fiat-Dino Spider et Coupé ont bien deux personnalités différentes, mais sont issus de la même base mécanique ! A l’heure du choix, il faudra opter soit pour le plein air, soit pour l’ambiance cosy, soit pour les courbes de Pininfarina, soit pour les lignes de Bertone. Choix cornélien, certes, et l’idéal serait sans doute de posséder les deux !
Bertone
Cabriolet
Course
Paul Clément-Collin / 12 nov. 2025

Fiat 850 City Taxi : 15 brevets pour un taxi

Le Currus Cityrama d’hier (lire aussi : Currus Cityrama) m’a donné des envies de balades citadines, et m’a rappelé combien, dans les années 60, la question du transport urbain turlupinait les constructeurs automobiles ou de poids-lourds. Aussi, pour ce samedi ensoleillé, j’ai décidé de vous parler d’un petit prototype dont tout le monde – ou presque – a oublié l’existence : la Fiat 850 City Taxi.
Berline
Designer
Italienne
Paul Clément-Collin / 12 nov. 2025

FSM 126 Cabriolet Bosmal : rare et culte !

J’avais noté dans un coin de ma tête l’existence d’un cabriolet sur la base d’une Fiat 126, mais j’avais oublié son origine polonaise et sa si grande rareté. Surtout en recherchant quelques informations sur ce curieux modèles, j’ai découvert un constructeur que je ne connaissais pas. Comme quoi on en apprend tous les jours.
Allemande
Fiat
Pologne
Carjager / 04 août 2022

Fiat 124 Sport Coupé : le petit coupé mal aimé

Peut-être l’avez-vous remarqué, l’essence de cette rubrique Autokultur est de faire découvrir des autos ou des histoires peu connues, mais aussi de parler des oubliées et mal-aimées. Si une marque cristallise bien cet aspect de mal-aimée, surtout en collection, il s’agit bien de Fiat. Pourtant, la firme italienne a sorti bon nombre de coupés, cabriolets et petites sportives.
124
Classic
Coupé
Paul Clément-Collin / 30 août 2022

Fiat 600 Multipla : le premier monospace

Il est de bon ton de flinguer la Fiat Multipla présentée en 1996 sous forme de concept puis en 1997 dans sa version définitive. Look étrange, roues aux quatre coins, elle avait pourtant de nombreuses qualités. Elle cherchait en outre à rester digne de son aïeule, la Fiat 600 Multipla, présentée 40 ans plus tôt en 1956. Les aficionados du Chrysler Voyager ou de la Renault Espace continuent à se battre pour savoir qui a inventé le concept, alors que la solution se trouve dans les années 50, à Turin, avec cette fameuse Fiat 600 Multipla révolutionnaire.
600 Multipla
Classic
Fiat

Vendre avec CarJager ?

Voir toutes nos offres de vente