Renault LeCar : la Cinq américaine

Samedi 13 juin 2015
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Renault a parfois de drôles d’idées. Pour commercialiser sa petite Renault 5 aux Etats-Unis à partir de 1976, la marque française, alliée à l’américain AMC (dont elle prendra le contrôle à partir de 1979), choisit de la rebaptiser « Le Car » dans une sorte de franglais incompréhensible tant pour les yankees eux-même que pour nous après-coup ! Il serait cependant injuste d’expliquer l’échec relatif de la LeCar juste par son nom.

LeCar 08

Après la crise pétrolière de 1973, l’heure est au downsizing des automobiles américaines. AMC lance dans cette mouvance la Pacer (lire aussi : Vam Pacer), mais Renault veut aller plus loin en tentant d’imposer son best-seller européen, la 5 (et offrir une petite sœur à la Pacer à laquelle elle ressemble beaucoup après avoir été restylée et adaptée au marché américain, notamment les phares). Lors de son lancement en 1976 sur le marché américain, AMC (qui la distribue au travers de ses 1300 dealers) insiste d’ailleurs sur les millions de clients satisfaits en France et en Europe.

LeCar 01

La LeCar se veut économique à l’usage (et c’est vrai, en comparaison avec les mastodontes américains, avec un petit 8,8 litres aux 100 km), pas chère (moins qu’une Volkswagen Rabbit, la Golf américaine, sortie à la même époque) et luxueuse car suréquipée par rapport aux versions européennes. Son 1,4 litres de 58 chevaux n’en fait pas un foudre de guerre, mais c’est largement suffisant pour les villes encombrées de la côte Est, Boston ou New York par exemple.

LeCar 09

Si le design novateur de la 5 est jugé « craquant » en France, les américains eux la jugent « ugly », mais saluent son ingéniosité, l’espace à bord, sans pour autant se jeter en concession. Malgré une campagne de publicité offensive, la LeCar ne se vend qu’à 6800 exemplaires la première année, autant dire peanuts à l’échelle du marché US. En même temps, elle n’est disponible qu’en 3 portes, ce qui est pénalisant pour une diffusion plus large (la version 5 portes ne sera disponible qu’à partir de 1980). Surtout, la LeCar obtiendra vite une mauvaise réputation : qualité de fabrication médiocre, mais surtout rouille galopante, même dans les endroits désertiques, c’est dire. Sans compter le peu d’enthousiasme des dealers d’AMC à vendre cet ovni automobile, autant dire que l’échec était programmé.

LeCar 04

Pourtant, la deuxième crise pétrolière (et un léger relifting) va re-booster les ventes de la petite Le Car qui atteindra un pic en 1982, avec 37 000 exemplaires vendus cette année là. Elle connaîtra aussi son heure de gloire en apparaissant dans la série « L’Agence Tout Risques » et en subissant quelques transformations de la part de Barracuda. Mais l’année 1983 sera la dernière pour la petite 5 devenue LeCar. Renault a entre temps racheté AMC, et s’apprête à lancer non pas une, mais deux remplaçantes, l’Alliance (basée sur le R9) et l’Encore (basée sur la R11), fabriquées elles directement aux Etats-Unis dans le Wisconsin (lire aussi : Renault Alliance et Encore).

LeCar 06

Entre 1976 et 1983, 182 000 Renault seront vendues outre-Atlantique (LeCar, Fuego , R17, R18), mais je n’ai pas le nombre exacte de LeCar vendues au total. Sachez qu’elle est devenue rare tant aux Etats-Unis qu’au Canada, notamment à cause de la rouille, mais on en trouve encore à vendre sur les sites d’annonces américains. Vous en trouverez aussi en France, car certains en ont importé à titre isolé, voire carrément racheté à l’usine.

Sinon, vous pouvez toujours vous rabattre sur la série spéciale « Le Car » commercialisée en 1978 pour « fêter » les «succès » américains ! La Renault 5 LeCar n’est pas une LeCar, mais bien une 5 européenne décorée comme une LeCar (et dont Heuliez en fera une série très spéciale, lire aussi: Renault 5 LeCar Van Heuliez). En tout, 14 000 exemplaires de cette série spéciale seront écoulés en Europe, dont 6000 en France (numérotés).

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11 commentaires

J2M

Le 13/06/2015 à 12:36

Ma première voiture, pas en « Le Car » mais en TL, bien moins sexy.
Bourrée de qualités, mais aussi de problèmes. RIEN ne tenait le coup !
La  » Le Car » était une TS un peu améliorée. Il y en eut une en expo au « Drugstore » des Champs et quelques unes en circulation à Ramstein Air Base, en RFA.
Quand on descendait d’une Golf ou d’une Starlett (tiens, en voici une à chroniquer…), on comprenait tout de suite la sérénité de la concurrence.
Bref, la même erreur qu’avec la 4CV et la Dauphine.
Un bémol : les américaines de l’époque rouillaient tout autant, Chevy en tête. Les seules qui tenaient étaient les suédoises, puis les allemandes et enfin certaines japonaises. Le pire était les italiennes.
Ces dernières battaient donc la Le Car (The Bagnole en anglais…) sur le terrain de la biodégradabilité.
Beau challenge, non ? Une voiture 100% auto-recyclable…

Dabe

Le 13/06/2015 à 22:59

Sans oublier « Dude, where’s my car »

Greg

Le 03/07/2015 à 11:20

Je suis allé en colo au Canada pendant l’été 1987, j’avais été frappé par le nombre de Le Car!
Pour vous donner un ordre d’idée, voir une Corvette au coin de la rue était plus rare que de voir une Le Car!
Ces dernières étaient alors, je le confirme, déjà sévèrement attaquées par la rouille…

JAS

Le 30/12/2016 à 13:16

Dingue comme l’américanisation des voitures françaises (Renault Alliance, Encore, Medallion et Premier) les rendent plus jolies. A croire que pour *nous* ces versions étaient trop bien …

StefOuimet

Le 11/09/2017 à 18:03

Au Canada, nous avons gardé la notion de la R5 comme en France, quoiqu’au Québec avec les renforts publicitaires elle fut vite nommée le Chameau (beaucoup de ces pubs se retrouvent sur Youtube actuellement). Quoique pas très populaire au Canada, la R5 fut l’une des seules provinces canadiennes à obtenir un certain succès malgré ses déboires en qualité, service à la clientèle un peu douteuse dans beaucoup de concessions AMC/Renault sans compter la rouille. Beaucoup d’expositions automobiles ont lieu au Québec durant la saison estivale et rassemblements de Renault, nous permettent de retrouver ces R5 encore sur nos routes comparés aux autres versions de Renault (ie. Fuego, R18 comme je possède actuellement en familiale 1981 très rare ici!).

Alain Kadlec

Le 30/03/2019 à 02:05

Une des pires cochonneries vendues ici au même titre que les Lada, Dacia, Skoda, Yugo, Innocenti.
Ma 5 GTL de 76…eh bien tout a cassé dessus. Même sur la route Ottawa-NYC, le compteur de vitesse a explosé et une fois en allant sur Québec, c’est l’alternateur qui est tombé, les supports ayant cassés en route. Je passe sur les amortisseurs DeCarbon qui ont bloqués et dont la tige a cassé, sans oublier les barres de torsion brisées, les lumières arrières qui perdaient leur couleurs, l’impossibilité de faire équilibrer les roues au Canada, les jantes n’ayant pas de trous central, le chauffage inexistant car l’air chaud devait passer dans des conduits en acier et donc refroidit sur le chemin, le lave glace anémique, la dégivreur AR pour « climat tempéré » (au Canada!, … l’usure prématurée de l’arbre à came qui faisait en sorte que la pompe à essence ne fonctionnait plus…etc.. Je dis bien tout. Et j’en ai réparé aussi en masses, mais sans succès. La Honda Civic de l’époque était bien plus fiables.
Par contre les R5 étaient imbattables pour les courses sur lacs gelés et gagnaient toujours, même avec de simples pneus Michelin.

Plus personnes ne veut revoir des voitures françaises ici. J’aurais de quoi écrire des livres sur ce que j’ai vu et vécu, avec Citroen, Peugeot et Renault durant les 70’s et 80’s.

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