
Depuis une vingtaine d’années, les séries limitées développées par Porsche sur la base de la 911 sont devenues légion, à tel point qu’il faut toute l’érudition d’un spécialiste de la marque pour espérer pouvoir les recenser de façon exhaustive. Toutefois, tel n’était pas encore le cas à la fin du siècle dernier et, en l’espèce, la génération 996 s’est montrée nettement moins prolixe que ses descendantes. Sans doute moins en vue que les tonitruantes GT2 et GT3, moins convoitée aussi que les sensuelles Carrera 4S, la 911 Millennium Edition, discrète mais tout entière pétrie de détails romanesques qui réjouissent les connaisseurs, constitue à n’en pas douter un collector à suivre…


Les revers de la modernité
Sortant progressivement du purgatoire dans lequel l’avaient méchamment rejeté les puristes, le Typ 996 trouve peu à peu sa légitimité en collection. On connaît depuis belle lurette les arguments de ceux qui, de longues années durant, ont instruit son procès : abandon du moteur « à air », design trop proche de celui du Boxster 986 et qualité de finition en retrait par rapport à la 993 constituent les principales pièces d’un dossier trop à charge pour être objectif. Car, à la vérité, c’est ailleurs qu’il faut chercher les raisons de l’impopularité de l’auto chez les porschistes autoproclamés ; le seul tort de la 996 c’est, aux yeux de certains, d’être devenue trop « facile », trop aseptisée, trop aisée à prendre en mains – et peut-être aussi trop répandue, rançon d’un indéniable succès commercial (plus de 175 000 exemplaires construits en huit ans, soit une croissance de 160 % par rapport à sa devancière !). Le snobisme n’est finalement que l’un des nombreux masques d’une certaine intolérance et j’en connais plus d’un qui ont tordu le nez en disant « La 996 ? C’est devenu banal, on en voit partout ! » comme s’il s’agissait d’une vulgaire Clio…
Les affres de l’embourgeoisement
Remettons l’église au milieu du village : comme toujours, la plupart de ceux qui se répandent en jérémiades convenues au sujet de cette génération de 911 n’en ont jamais pris le volant. Pour une auto dont les premiers exemplaires ont plus de vingt-cinq ans, l’engin demeure, aujourd’hui encore, diablement convaincant dans son rôle de GT polyvalente, capable de tout faire et de s’adapter à tous les styles de conduite en témoignant d’une souplesse d’usage unique dans sa catégorie – mais, que voulez-vous, il est encore de bon ton, dans certains milieux, de regretter avec affectation surjouée la dureté des commandes, la faiblesse des projecteurs ou l’inefficacité proverbiale du chauffage des Carrera 3.2… C’est un fait, la mue de la plus célèbre des Porsche en coupé et en cabriolet de grand tourisme, en partant de la voiture de sport volontiers caractérielle de jadis, ne s’est pas faite sans mal aux yeux des gardiens du temple, toujours prêts à reprocher aux 911 contemporaines d’aller taquiner d’un peu trop près la clientèle des coupés Mercedes ou BMW. Et ce n’est pas la Millennium Edition qui risque de les faire changer d’avis…

Une GT polymorphe
Toute l’effervescence autour de l’arrivée de l’an 2000 semble désormais bien loin à ceux qui l’ont connue. La fin d’un millénaire, combinée à celle d’un siècle, voilà un événement que peu d’êtres humains auront eu le privilège de vivre et, bien entendu, le marketing n’a pas manqué de s’en emparer. De la sorte, à l’époque, le terme « Millennium » (avec un ou deux « n » selon les cas) nous a été servi jusqu’à l’indigestion, aussi bien pour désigner des forfaits de téléphonie mobile que des chaussures de sport et, même à Zuffenhausen, on s’est fendu d’une série limitée dont la définition semble avoir été pensée comme une sorte d’antithèse de la GT3 première du nom, présentée peu de temps auparavant. Comme si Porsche avait souhaité mettre en relief la polymorphie de la 996, aussi capable de jouer les pistardes de haut vol que de rivaliser avec les coupés de luxe. De fait, de nos jours, par le jeu des innombrables options technique et esthétiques, il demeure possible de se concocter une 911 « à la carte », en jouant soit sur une sportivité exacerbée, soit sur des détails d’aménagement sans grand rapport avec l’ascétisme apprécié des amateurs de pilotage.
The american way of wheels
Présentée à l’automne de 1999, la Millennium Edition est donc une 996 phase 1, conséquemment nantie du flat six 3,4 litres de 300 ch et établie sur la base du coupé Carrera 4, sans aucune modification technique. L’exclusivité de la proposition concerne donc uniquement des spécificités d’ordre esthétique, avec une nuance exclusive (Violet Chrome) et un enrichissement notable de l’équipement de série, propre à réjouir les sybarites : toit ouvrant, essuie-glace arrière (ne rigolez pas, c’est une option chez Porsche !), projecteurs Litronic, châssis sport et jantes chromées de 18 pouces, très américaines dans l’esprit. Le festival continue à l’intérieur, tout de cuir revêtu, avec un PCM intégrant le module de navigation, le régulateur de vitesse et diverses applications de boiseries, disponibles dans le catalogue Porsche Exclusive d’époque mais très rarement commandées par les clients. Sur les 911 exemplaires produits, seuls vingt furent réservés pour le marché français ; si l’auto vous séduit, il va falloir être patient mais l’attente en vaudra la peine : a priori, nous ne serons pas là pour découvrir la 911 Millennium de l’an 3000…



