
Depuis déjà soixante-deux ans, l’Aston Martin DB5 est indissociable de la légende bondienne. Apparue pour la première fois dans Goldfinger en 1964, la GT anglaise a, par la suite, honoré de sa présence sept autres films de la série, aux mains de Sean Connery, Pierce Brosnan puis Daniel Craig. L’auto joue même un rôle essentiel dans le pré-générique du dernier film en date, No Time To Die, sorti en 2021 – et c’est sur cette œuvre que nous allons revenir. Car, comme on s’en doute, la plupart des DB5 vues à l’écran ne sont en réalité que des répliques, histoire de ne pas endommager des exemplaires authentiques du modèle. Mais saviez-vous que ces « fausses » DB5 étaient animées par un moteur non moins mythique, le six-cylindres S54 que BMW utilisa jadis pour animer la M3 E46 ?



Plus qu’une voiture, un personnage
Choisie par Albert Broccoli et Harry Saltzman, les producteurs historiques de James Bond, la DB5 n’a toutefois dû sa présence à l’écran qu’au refus de Jaguar, marque sollicitée au préalable. En ce temps-là, Aston Martin est encore une firme très confidentielle, dont la notoriété ne dépasse guère les limites d’une petite tribu de connaisseurs, en dépit de sa victoire aux 24 Heures du Mans en 1959. Aux mains de Sean Connery, l’auto crève l’écran et devient immédiatement mythique, projetant brusquement le petit constructeur de Newport Pagnell dans la lumière ; c’est elle qui inaugure la tradition des gadgets plus spectaculaires les uns que les autres – souvent liés à l’automobile – qui vont, par la suite, jalonner les aventures de 007. Aujourd’hui encore, l’on ne se lasse pas de rappeler, entre autres, les mitrailleuses dissimulées derrière les clignotants, les moyeux de roues extensibles et, bien sûr, le fameux siège éjectable… Pourtant, la DB5 va très vite disparaître du grand écran, pour une éclipse qui va durer une trentaine d’années !
Partir, revenir
Car, hormis une courte apparition au début du film suivant, Thunderball (1965), l’auto n’accompagnera plus Bond jusqu’à son retour fracassant dans GoldenEye en 1995. Entretemps, 007 aura successivement roulé en Aston DBS (On Her Majesty’s Secret Service, 1969), en Triumph Stag ou en Ford Mustang (Diamonds are Forever, 1971) ; puis la période Moore consacrera la Lotus Esprit comme véhicule de référence de l’agent britannique (en particulier dans The Spy who Loved Me, en 1977), avant qu’Aston ne revienne en grâce chez Eon Productions, Timothy Dalton héritant d’une AM V8 dans The Living Daylights en 1987. S’ensuit un gros coup de froid sur la franchise et, après un hiatus de six longues années, Pierce Brosnan reprend le rôle. Afin d’inaugurer comme il se doit cette nouvelle ère, la DB5 ouvre le premier film de l’acteur irlandais par une mémorable course-poursuite l’opposant à une Ferrari F355 GTS sur la route de la Grande Corniche. L’Aston revient ensuite, très fugitivement, dans Tomorrow Never Dies en 1997, avant d’être une nouvelle fois remisée au garage…


Les légendes ne meurent jamais
En 2006, la saga connaît son premier reboot avec l’arrivée de Daniel Craig. C’est, à tous égards, un retour aux sources pour Bond, dont on va suivre les aventures cinq films durant, en partant de ses premiers pas dans la section 00 jusqu’à la mort du personnage à la fin de No Time To Die. Et, dans le très réussi Casino Royale, Bond gagne la DB5 à l’issue d’une partie de poker ! Absente du très dispensable Quantum of Solace en 2008, l’Aston revient ensuite dans le plus grand film de toute la série, Skyfall, sorti en 2012. Elle y apparaît longuement dans la dernière séquence avant d’être détruite (il s’agissait déjà d’une doublure, réalisée sur la base d’une Porsche 928). Intégralement reconstruite sous la supervision de Q, la DB5 a l’honneur de conclure Spectre en 2015. En raison de la pandémie, Bond s’absente ensuite longuement des écrans et – bien que le film ait été tourné en 2019 – il faut attendre l’automne de 2021 pour assister aux adieux de Daniel Craig dans le rôle qui a fait sa gloire.
Le retour de BMW
S’ouvrant sur un long pré-générique tourné en Italie, dans la ville de Matera, No Time To Die y met en scène la DB5. Ou plutôt les DB5, car ce ne sont pas moins de neuf exemplaires de l’Aston qui sont mis à contribution, dont seulement deux sont authentiques. Les autres sont de fidèles répliques, dotées d’une carrosserie en fibres de carbone, d’une planche de bord reprenant le dessin original mais réalisée à l’aide d’une imprimante 3D et, surtout, d’un ensemble moteur/boîte issu de la BMW M3 E46, marquant ainsi le retour discret de la firme bavaroise après les Z3, Série 7 et Z8 jadis conduites par Pierce Brosnan. Violemment malmenées, poursuivies, mitraillées, truffées de gadgets inédits, les fausses DB5 jouent parfaitement leur rôle – même un expert s’y tromperait aisément. En septembre 2022, l’une d’elles a été vendue pour la modique somme de 3,2 millions de dollars, ce qui est certes un peu cher pour une voiture inutilisable sur la voie publique mais, que voulez-vous ? quand on aime, on ne compte pas… Reste à savoir si la DB5 reviendra dans le prochain Bond, mis en scène par Denis Villeneuve et encore en pré-production à l’heure où ces lignes sont écrites !



