
Lorsqu’il parcourt le catalogue actuel de Toyota, l’amateur de pilotage ou d’automobiles de caractère n’a a priori guère de raisons de se réjouir, à quelques exceptions près. Certes, il y a bien la Yaris ou la (bientôt défunte) Supra, ensorcelées par le très dynamique département GR (pour Gazoo Racing) mais, pour l’essentiel, la firme japonaise n’a rien d’autre à proposer que des déplaçoirs hybrides ou électriques, indéniablement fiables et bien construits mais aussi excitants qu’un bol d’eau tiède. Pourtant, le premier constructeur mondial ne dédaigne pas s’encanailler de temps à autre et le confirme en transformant dès à présent la division GR en constructeur à part entière. Premier avatar de ce nouveau label, le coupé GT n’a rien laissé au hasard pour convaincre les conducteurs les plus exigeants…

Un constructeur est né
Comme le proclame le titre de cet article, la GR GT n’est officiellement pas une Toyota même si, comme on va le voir, l’auto se rattache à une longue filiation et à un héritage étonnamment fourni pour un constructeur généraliste. En fait, à l’instar de Cupra pour Seat, Toyota Gazoo Racing, département créé en 2007 afin de développer les variantes les plus sportives de la gamme Toyota, s’émancipe pour devenir une marque en tant que telle. Et ce n’est pas la première fois que l’entreprise lance un nouveau blason, avec des fortunes diverses ; en l’espèce, si l’on songe immédiatement à Lexus, marque haut de gamme créée à la fin des années 1980 et devenue l’un des piliers du groupe, le défunt label Scion (2003-2016), exclusivement distribué en Amérique du Nord et qui ciblait une clientèle « jeune », n’aura quant à lui pas fait long feu. Souhaitons qu’il n’en aille pas de même pour GR, acronyme qui, à ce stade, ne résonne familièrement qu’aux oreilles de quelques initiés – ceux qui, par exemple, savent que l’actuel coupé sportif Toyota se nomme GR Supra.
Du six-cylindres au V8
Supra : un nom qui vient de loin et qui suscite un respect immédiat de la part des connaisseurs. Lancée en 1978, la toute première Supra n’était qu’une version haut de gamme du coupé Celica et il faudra attendre l’apparition de la troisième génération, en 1986, pour que le modèle vole de ses propres ailes, demeurant fidèle à la propulsion alors que la Celica se convertissait à la traction. Après la disparition de la quatrième génération – vénérée aujourd’hui encore par les amateurs de drift et les fans du jeu Gran Turismo –, s’ensuit un hiatus de dix-sept ans avant que n’apparaisse la GR Supra que nous connaissons aujourd’hui, développée en collaboration avec BMW et qui s’apprête à tirer sa révérence après une carrière en demi-teinte. Pourquoi nous attardons-nous autant sur l’histoire de la Supra ? Parce que la GR GT présentée il y a quelques jours participe peu ou prou de la même philosophie. De tout temps, les Supra – marginales en Europe, mais très appréciées outre-Atlantique - ont en effet su préserver la tradition des coupés de grand tourisme à roues arrière motrices animés par des moteurs six-cylindres en ligne. La première GR présentée sous cette marque rompt cependant avec les usages, en se dotant d’un V8 !


De grandes ambitions
Comme nous sommes chez Toyota, entreprise au sein de laquelle les ingénieurs motoristes ont fréquemment la chance de concevoir des moteurs en partant d’une page blanche, le huit-cylindres en question est entièrement inédit. Ses caractéristiques ne sont pas entièrement connues à l’heure où ces lignes sont écrites, mais il y a d’ores et déjà de quoi enthousiasmer les amateurs. Ce quatre litres, suralimenté par deux turbocompresseurs et disposant d’une hybridation légère, annonce plus de 650 chevaux et un couple d’environ 850 Nm. Comme dans le système T-Hybrid que Porsche a récemment adopté dans certaines versions de la 992 phase 2, le moteur électrique n’a pas pour rôle de réduire la consommation ou les émissions, mais d’optimiser l’exploitation de la puissance en compensant les ruptures de couple lors des changements de vitesse ainsi que le temps de réponse des turbos. La transmission aux roues postérieures est pour sa part assurée par une boîte automatique à huit rapports dépourvue de convertisseur de couple, située à l’arrière et associée à un arbre de transmission en carbone. Les performances ? Les responsables du projet revendiquent une vitesse maximale d’environ 320 km/h, sans autre précision pour le moment.
Porsche et AMG en ligne de mire
Vous l’aurez d’emblée compris si vous avez en mémoire la fiche technique de la GR Supra, la nouvelle GT (au passage, on aurait apprécié un patronyme un peu plus imaginatif), dont la coque est entièrement réalisée en aluminium, d’où un poids relativement contenu, ne joue plus dans la même catégorie. Le niveau de puissance annoncé, les chronos auxquels on peut s’attendre pour la version définitive – quelques journalistes triés sur le volet ont eu la chance de prendre place à bord d’exemplaires de présérie déjà très prometteurs – et l’encombrement de l’engin (4,80 mètres de long), sans parler d’une physionomie davantage pensée pour l’efficience aérodynamique que pour la gracilité, le situent désormais dans les parages d’une Mercedes-AMG GT ou d’une 911 GT3. Il est réconfortant de voir, dans les temps difficiles que nous traversons, qu’une firme de la dimension de Toyota ose encore concrétiser des projets de ce type – même si, sur une base identique, Lexus a simultanément présenté une LFA Concept entièrement électrique… Pour la GR GT, on annonce un prix de vente avoisinant les 200 000 euros. Le lancement en Europe est prévu en 2027, ce qui vous laisse amplement le temps d’en parler à votre banquier !



