
Un constructeur, même parmi les plus élitaires qui soient, peut-il espérer survivre sans compter au moins un SUV dans sa gamme ? Jusqu’à un certain point, la réponse est contenue dans la question, et les choix effectués depuis deux décennies par Porsche, Lamborghini, Rolls-Royce, Bentley et même Ferrari sont successivement venus la ratifier. Bien sûr, on pourra toujours citer des firmes telles que Pagani, Morgan ou Bugatti qui, jusqu’ici – pourvu que ça dure – se sont soigneusement tenues à l’écart de cette lame de fond, mais Aston Martin évolue aujourd’hui dans un autre univers. Un contexte dans lequel il n’est plus question d’écouler chaque année quelques dizaines de voitures assemblées de façon plus ou moins artisanale, mais d’afficher des volumes de production suffisamment élevés pour assurer la pérennité de la marque face à une concurrence singulièrement affûtée. Telle est la raison d’être du DBX…



Tout changer, pour que rien ne change…
Lancé au printemps 2020, donc en pleine pandémie, le DBX a quelque peu tardé à trouver sa clientèle. Le moment où un constructeur de ce calibre se lance dans le grand bain des SUV est toujours un peu délicat : même si certains de ses rivaux l’avaient précédé dans cette catégorie, la prise de risque n’était pas niable en termes d’image. Toutefois, en amont de ce lancement, Aston Martin avait déjà beaucoup changé et n’avait plus grand-chose à voir avec la petite firme aux méthodes plus artisanales qu’industrielles et aux volumes de production confidentiels qu’elle fut de longues décennies durant. Dès 1993, la DB7, élaborée sur la base de composants d’origine Jaguar, avait montré la voie : il était vital pour Aston – alors la propriété de Ford – de produire davantage, et donc d’élargir sa gamme à des modèles plus accessibles que ses coupés et cabriolets traditionnels, dont les tarifs avoisinaient alors ceux des Rolls-Royce. Depuis lors, le catalogue de la marque n’a cessé de s’étendre dans toutes les directions, n’hésitant notamment pas, avec la « petite » Vantage, à s’attaquer à une certaine Porsche 911…
Croître et laisser mourir
Indéniablement, cette diversification tous azimuts a porté ses fruits : n’atteignant pas les 1500 unités au début de ce siècle, la production de la firme anglaise a dépassé les six mille exemplaires en 2024 (dernières données disponibles à l’heure où ces lignes sont écrites), c’est-à-dire, il est vrai, moins de la moitié de celle de Ferrari durant le même exercice. Il n’empêche qu’en dépit de difficultés financières récurrentes, l’entreprise, aujourd’hui sous le contrôle du Canadien Lawrence Stroll, est parvenue à s’extraire de la marginalité et affiche de grandes ambitions, consistant à doubler sa production d’ici 2030, avec l’aide du groupe chinois Geely, également actionnaire d’Aston à hauteur de 17 %. Une stratégie dans laquelle le DBX doit jouer un rôle majeur, tout comme l’Urus a beaucoup fait pour accroître les volumes de Lamborghini. Avant tout modèle de conquête, le DBX n’a ainsi pas été seulement conçu pour s’adresser aux propriétaires de DB11 ou de Vantage à la recherche d’une meilleure polyvalence d’usage ; il peut aussi attirer des conducteurs de Bentley Bentayga comme de SUV badgés Porsche ou Mercedes-AMG.

Une Aston qui parle allemand
AMG, justement, parlons-en : depuis 2013, les liens n’ont cessé de se resserrer entre Aston Martin et Mercedes, ce qui a pu faire grimacer certains puristes, offusqués à l’idée qu’une voiture portant les initiales de Sir David Brown (propriétaire de la marque de 1948 à 1972) puisse être animée par un moteur allemand. Mais la fin annoncée du V8 Jaguar et l’impossibilité, pour Aston, d’investir dans la conception d’un nouveau moteur, ont conduit les dirigeants de la firme à se tourner vers le pragmatisme d’un groupe préexistant, unanimement apprécié par les amateurs et dont la noblesse mécanique n’est pas niable. Le DBX n’est donc proposé qu’avec le V8 AMG, dont les caractéristiques fondamentales sont bien connues. Apparu en 2014, ce quatre litres biturbo a très largement essaimé chez AMG et affiche un éventail de puissances très étendu. De la sorte, dans le DBX, ses capacités ont sensiblement cru depuis la première apparition du modèle, passant de 550 chevaux il y a six ans à 727 chevaux l’année dernière dans la variante « S » dévoilée en 2025.
Les charmes de la maturité
Évidemment, le temps passe vite et le DBX affichera bientôt un cycle de vie plus long que la moyenne – mais, après tout, le Bentayga a dépassé les dix ans d’âge et l’Urus fêtera son neuvième anniversaire cette année... Au fil du temps, Aston a su corriger les défauts que certains ont reproché à son premier SUV, et qui concernaient plus particulièrement un mobilier de bord au design contestable ; à cet égard, tout est rentré dans l’ordre à présent. Et, que vous le choisissiez en version « 707 » (je vous laisse en deviner le niveau de puissance) ou en « S », vous disposerez de l’un des modèles les plus polyvalents du marché, capable de satisfaire aussi bien les amateurs de pilotage que les parents soucieux de pouvoir transporter leur progéniture – et tout le saint-frusquin qui va avec – dans les meilleures conditions, saupoudrées d’un luxe de bon aloi. Et puis, croyez-moi, le grondement du V8 (légèrement revu par l’ingénierie Aston) est suffisamment addictif pour que ses origines passent très vite au second plan. Que je sois damné si ses montées en régime ne suffisent pas à vous donner le sourire !



