
Chacun l’a désormais bien compris, l’avenir d’Alpine Cars passe exclusivement par l’électricité, comme en témoignent les récentes A290 – une Renault 5 rebadgée – et A390 – un SUV établi sur la base de l’actuel Scénic. De quoi faire s’étrangler les puristes, qui ont beaucoup de mal à considérer ces modèles comme des Alpine authentiques, tant leur définition s’éloigne des préceptes qui ont forgé la réputation de la marque. En substance, une Alpine devrait être une automobile compacte, légère, réjouissante à conduire pour les conducteurs avertis et présentant le centre de gravité le plus bas possible. Ce qui correspond trait pour trait à la philosophie de l’A110 commercialisée depuis 2017 et qui s’apprête à quitter la scène, non sans nous avoir gratifiés d’une dernière série limitée en guise d’adieux…


Fin de partie
Cette fois, c’est bien fini : l’A110 ressuscitée il y a neuf ans va très prochainement quitter le catalogue Alpine. Du point de vue industriel, commercial et médiatique, l’opération est incontestablement un succès : parvenir à ramener à la vie une marque en sommeil depuis deux décennies et dont les derniers modèles n’avaient convaincu qu’une tribu très marginale d’amateurs, voilà qui n’avait rien d’évident a priori. Et pourtant, ça a marché : quand le dernier exemplaire tombera de chaîne, plus de vingt mille A110 contemporaines auront quitté l’usine historique de Dieppe. Bien sûr, c’est nettement moins que le nombre de Cayman construits par Porsche durant la même période, mais l’objectivité commande d’écrire que la firme allemande dispose de capacités de production bien supérieures – et aussi d’une notoriété sans rapport avec Alpine, dont l’histoire est, comme chacun sait, fertile en soubresauts, lesquels n’ont pas aidé à entretenir une image encore floue.
Entretenir la légende
Rappelons les faits : en partant d’une seule motorisation de base et d’une cylindrée unique – le quatre-cylindres 1,8 litre par ailleurs bien connu chez Renault et Nissan –, les motoristes d’Alpine et le marketing maison sont parvenus à faire feu de tout bois de longues années durant, à grand renfort de séries spéciales puisant sans vergogne dans le riche patrimoine de la marque. C’est ce qui s’appelle une réelle animation de gamme, très éloignée de l’immobilisme des années 80 et 90 qui finit par provoquer la déconfiture puis la mise en sommeil du label en 1995. S’inspirant sans vergogne des méthodes utilisées par Porsche depuis des lustres, les pères de l’A110 du XXIe siècle ont su entretenir l’actualité du modèle – d’autant que les neuf séries spéciales ayant jalonné sa carrière sont toutes des collectors en puissance, porteuses de détails qui n’ont pas fini de ravir les connaisseurs d’aujourd’hui comme de demain.

Les limites d’un rêve
Trois cent quarante-cinq chevaux dans les meilleures conditions et – surtout – un couple culminant à 420 Nm (soit 100 Nm de mieux que l’A110 « de base » de 2017) grâce à l’arrivée d’une nouvelle boîte de vitesses dotée d’un embrayage humide multidisque, voilà la carte de visite de la bien nommée A110 R Ultime, dont le reste de la fiche technique est à l’avenant. Élaborée comme on s’en doute sur la base de l’A110 R, l’auto ne renverse toutefois pas la table en termes de performances chiffrées, contrairement au Cayman GT4 RS, qui avance de tout autres arguments que sa rivale française. C’est que, contrairement à la Porsche, l’A110 n’a pas de « grande sœur » à qui emprunter un six-cylindres autrement plus entreprenant que le modeste quatre-cylindres français… Bien sûr, le plaisir de conduire n’est pas forcément corrélé à la quête souvent stérile du dernier dixième de seconde sur la Nordschleife et, dans l’absolu, l’A110 R « normale » s’avère déjà très réjouissante pour les pilotes avertis. Avec l’Ultime, ceux-ci profiteront avant tout d’un package encore plus exclusif.
Pour le prix d’une 911 GT3
Et celui-ci ne se limite pas à quelques aménagements d’accastillage. En sus de la nouvelle boîte évoquée plus haut (qui a impliqué l’adoption d’un nouveau berceau moteur), on trouve quatre amortisseurs Ohlins réglables en compression et en détente en vue d’éventuels roulages sur piste, des disques de freins plus gros, un différentiel autobloquant mécanique ou encore une aérodynamique entièrement revue intégrant notamment un nouvel aileron plus proéminent que sur la R classique. Le cadeau d’adieu est donc alléchant sur le papier et les essayeurs qui ont pu en prendre le volant ratifient tous les indéniables progrès accomplis par l’Ultime, aussi douée sur la route que sur circuit – et dont les cent dix exemplaires sont déjà tous vendus, en dépit d’un prix de vente qui a outré certains commentateurs. Tarifée à 265 000 euros – et même 330 000 pour la série « La Bleue », limitée à quinze unités –, la dernière A110 thermique atteint des sommets qui peuvent laisser songeur (pour mémoire, le défunt Cayman GT4 RS et ses 500 chevaux ne valaient « que » 242 000 euros, malus compris). Il fallait donc une sérieuse dose de patriotisme pour signer le bon de commande… mais il est vrai que l’amour des beaux objets ne connaît guère de limites !



