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Le Berex : au coeur d'Alpine et des Renault sportives des années 80

PAUL CLÉMENT-COLLIN - 19 oct. 2018

Le nom de Berex est un mythe pour qui connaît bien l’automobile française des années 80, mais pour beaucoup, l’existence de ce bureau d’étude est un mystère. Jamais mis sous le feu des projecteurs, le Bureau d’Etude et de Recherches Exploratoires fut pourtant un maillon essentiel des Renault sportives et des Alpines entre 1979 et 1992. Entouré de mystère, le Berex fut non seulement de tous les projets sportifs destinés à la route, mais aussi l’initiateur de prototypes jamais validés. Voici un petit aperçu de son histoire, forcément remplie de trous et de vides que seuls les membres de cette équipe soudée pourraient combler.

La Renault 5 Turbo fut l’un des premiers projets du Berex

Avant la prise de participation majoritaire de Renault en 1973, la conception et la mise en production des Alpine restaient très artisanales. L’arrivée d’un tel constructeur aux commandes de la petite marque française allait changer l’organisation, avec la création d’un bureau d’études avenue de Bréauté à Dieppe. Deux années plus tard, en 1975, Renault créait son entité dédiée à la compétition, Renault Sport (dirigée alors par Gérard Larrousse), qui s’installait non loin de l’usine de Dieppe, au Val Druel : entre Alpine et Renault Sport, Dieppe devenait l’épicentre du sport pour la Régie Renault ! Dès 1978 pourtant, Renault Sport faisait ses bagages pour s’installer à Viry-Chatillon, un endroit bien plus pratique pour la logistique de l’écurie de Formule 1, devenue l’essentiel de ses activités.

Dès le début des années 80, le Berex travaille sur les projets D500/D501 qui donneront naissance aux V6 GT et Turbo : en haut le dessin d’Yves Legal et du Berex, en bas le dessin de Heuliez, finalement retenu, de Gérard Godfroy.

Cette même année, Jean Rédelé, sentant bien que sa marque lui échappait totalement, quittait l’entreprise. Renault avait enfin les coudées franches pour faire d’Alpine sa division sportive. Avec les succès en compétition, Renault décidait de s’investir aussi dans des voitures de tourisme à vocation sportive utilisant son arme de prédilection, le Turbo ! Au Salon de Paris 1978, la marque au losange présentait la Renault 5 Turbo (enfin, une maquette) qui illustrait sa nouvelle orientation. Pour accompagner Renault dans cette nouvelle voie, le bureau d’étude d’Alpine élargissait ses compétences à l’ensemble du groupe, devenant Berex en 1979 sous la houlette de Geroges Douin, et s’installant dans les anciens locaux de Renault Sport au Val Druel.

En haut, le prototype issu du dessin de Gérard Godfroy/Heuliez, en bas la V6 GT de série

Les missions du Berex étaient simples : étudier les futurs Alpine, certes, mais aussi les Renault sportives à venir ; être force de proposition pour des véhicules « hors série » ; accompagner Renault sur certains projets (comme la Vesta au début des années 80). Largement de quoi occuper les désormais 117 ingénieurs et techniciens travaillant alors au Berex. Les deux premiers projets étudiés seront la phase 2 de l’Alpine A310 V6 et surtout la fameuse Renault 5 Turbo. Pour la petite histoire, le meccano industriel pour la 5 Turbo était particulièrement complexe : les caisses de Renault 5 étaient prélevées sur la chaîne, envoyées chez Heuliez pour les modifications de carrosserie et de châssis, puis renvoyées à Dieppe pour le montage final aux côtés des A310 !

Les ateliers du Berex à l’époque de la GTA US notamment (mais plein d’autres modèles s’y cachent aussi)

Le 3ème gros projet du Berex fut la genèse de l’Alpine dite GTA (Grand Tourisme Alpine), connue aujourd’hui sous le nom de V6 GT (projet D500) ou de V6 Turbo (projet D501) ! Si la partie technique du projet D500 était assurée par le Berex, la partie design n’était pas acquise aux équipes de Dieppe. Un concours fut organisé entre le bureau de style de Renault à Rueil-Malmaison, celui d’AMC aux Etats-Unis, celui de Heuliez à Cerizay et enfin celui du Berex, dirigé par Yves Legal. Finalement, le dessin choisi sera celui de Heuliez, l’œuvre d’un certain Gérard Godfroy. Ce dernier aura réussi le coup de force de dessiner les deux GT françaises des années 80, la GTA mais aussi la Venturi 200 et ses descendantes ! Pour le reste, tout fut étudié à Dieppe, au sein du Berex.

Le projet D50A était la version US de la V6 Turbo. 21 exemplaires seront produits avant l’abandon du projet.

Dans le même temps, le Bureau donnait un coup de main à Renault pour la réalisation de la Renault 5 Alpine Turbo qui succédait à la 5 Alpine tout court. D’ailleurs, tout au long des années 80 jusqu’au début des années 90, le Berex fut mis à contribution pour la conception des petites sportives Renault : la Super 5 GT Turbo d’abord, et la Clio Williams à la toute fin du Berex !

En haut, une Alpine GTA US, en bas, le projet Vesta II auquel participa le Berex en 1987

L’une des grandes missions du Berex dans les années 80 sera d’étudier une version destinée aux USA de la fameuse GTA. Ce projet ira très loin puisque 21 exemplaires de la GTA « US » seront produits avant que la nouvelle ne tombe en 1987 : Renault quittait les Etats-Unis la tête basse, revendant AMC-Jeep à Chrysler. Le projet tombait à l’eau, et certaines GTA US (mulet A610) serviront de mulet pour l’Alpine A610, tandis que d’autres furent revendues.

Le Berex réalisera aussi des concepts pour la Régie, tel que la Renault Gabbiano sur base R11

Cependant, cette étude d’américanisation de la GTA donna une certaine expérience de la dépollution au Berex, qui s’occupa ensuite des V6 de la Renault 25 et en particulier celui de la V6 Turbo phase 2 (qui passait alors à 205 chevaux). Yves Legal s’occupa aussi du design de l’Alpine GTA Le Mans, reprenant en partie le dessin d’un prototype de 1985, alternative au dessin de Heuliez. Après l’échec de la GTA US, les équipes du Berex se remirent en ordre de bataille pour s’attaquer à la remplaçante de la GTA, l’Alpine A610.

L’Alpine A610 fut développée par le Berex, en utilisant notamment quelques exemplaires de la GTA US comme mulets

Cette fois-ci, tout fut conçu en interne, y compris le design même s’il s’agissait d’une subtile évolution de la GTA. Pour cette GT dieppoise, le Berex avait de grands projets : transmission intégrale, V6 24 soupapes biturbo. Malheureusement, Renault semblait ne plus croire à la marque Alpine, et limita les investissements. L’A610 connaîtra une carrière en demi-teinte (et c’est rien de le dire) due à ce sous-investissement ne permettant pas à la voiture de se démarquer tout en restant relativement chère. Elle sera la dernière Alpine produite avant la résurrection de 2017 et l’A110 nouvelle génération.

Le projet W71 fut le dernier espoir du Berex, en vain. Ici une de multiples visions de la future A710

Avec la baisse des investissements pour l’A610, toute l’équipe du Berex sentait la fin de la marque arriver. Pour éviter cela, chacun se lancera à corps perdu dans l’étude W71 qui aurait pu voir le jour sous le nom d’A710 : il s’agissait d’un retour aux fondamentaux, d’une berlinette moderne et légère, vendue à un prix abordable. Plusieurs prototypes seront réalisés avant que la Régie ne décide de jeter l’éponge. Pourtant, certains travaux (et notamment le châssis) serviront pour une autre voiture, siglée Renault Sport, sous le nom de Spider. Cette dernière sera tout de même fabriquée à Dieppe.

Le Berex participa à la mise au point du V6 PRV de la Safrane Biturbo, ainsi qu’à la création de la Clio Williams

Le Berex, tout au long des années 80, aura aussi exploré des voies nouvelles ou alternatives pour le compte de Renault. Dès 1979, il avait proposé l’étude d’un « petit Véhicule Vert Alpine » (VVA dont on retrouve l’histoire sur Alpine Planet). On retrouvera aussi le Berex sur le coup des Renault 9 et 11 Turbo, ou bien de la mise au point du moteur de la Safrane Biturbo ! D’autres projets un peu fous seront aussi étudiés : une Fuego V6 4×4, une GTA à moteur 2 litres turbo pour l’Italie, une R21 2 litres Turbo de 200 chevaux, ou des 19 16S ou Clio 16S dopées par des Turbo, entre autres. L’équipé soudée et motivée du Berex savait faire beaucoup avec peu, à tel point qu’à la maison mère, on l’appelait Bricorex ! Une certitude en tout cas : le Berex permettait de réaliser des choses loin des contraintes et des rigidités d’une grande société comme Renault.

Le Berex fermera définitivement ses portes en 1995. Une page de l’histoire d’Alpine et Renault se tournait

Malheureusement, la fin d’Alpine signait aussi la fin du Berex. Ses compétences revinrent à Renault Sport pour les petites voitures sportives, ou à Renault tout court. Dès 1992, il fut décidé de fusionner le Berex avec avec le Centre Technique de Villiers pour créer le Creos, destiné aux études de véhicules utilitaires, pour une fermeture définitive en 1995. Ainsi se tournait une page de Renault et d’Alpine. Pour beaucoup d’amateurs d’automobile, le Berex c’était un peu l’équipe de choc à qui l’on confiait les projets improbables, et beaucoup rêverait de connaître l’intégralité des projets initiés au Val Druel. Entouré de mystère, le Berex fascine encore aujourd’hui, et lorsqu’un proto même en partie détruit apparaît lors d’une vente aux enchères, l’estampille Berex fait monter la cote !

Pour en savoir plus sur le Berex, je vous conseille deux excellentes pages écrites par des acteurs de l’époque : celle de Serge Rossi et celle de F5IDB

Images : Renault, Alpine, Serge Rossi, André Leroux, DR


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