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Mille Miglia : c’était mieux avant ?

PAUL CLÉMENT-COLLIN - 28 mai 2019

Ce nom résonne forcément aux oreilles des amateurs de voitures. Tout le monde n’en connaît pas l’histoire dans le détail, mais cette course, longtemps considérée comme “la plus belle du monde” fit la gloire d’Alfa Romeo (avant-guerre) puis de Ferrari (après-guerre). Compétition de gentlemen drivers à ses débuts, la Mille Miglia se professionnalisa jusqu’à réunir, dans les années 50, des écuries officielles et des pilotes professionnels. Aujourd’hui, la mythique course revit sous un format historique beaucoup moins compétitif et exigeant, mais qui en perpétue la mémoire.

Décembre 1926. A Brescia, la perte du Grand Prix d’Italie au profit de Monza est une pilule difficile à avaler pour quatre hommes passionnés d’automobile. Giovanni Canestrini, journaliste de la Gazetta dello sport, Renzo Castagneto, du Regio Automobil Club, et les comtes Aymo Maggi et Franco Mazzotti, deux pilotes passionnés et enthousiastes, décident alors de créer une course au départ de Brescia, privilégiant l’endurance et la vitesse, sur 1 618 kilomètres, soit 1 005 miles : le nom était donc trouvé, ce sera donc “Copa delle Mille Miglia”, tout bêtement.

Dès le 26 mars, 77 concurrents sont au départ, preuve de l’immense attente des pilotes amateurs de la région. Le premier équipage vainqueur, Ferdinando Minoia et Giuseppe Morandi sur une OM 665 S, finit la boucle à la vitesse moyenne de 78 km/h. Au fur et à mesure des éditions, les moyennes vont augmenter au point d’atteindre les 100 km/h en 1930 (Tazio Nuvolari et Battista Guidotti sur Alfa Romeo 6C 1 750 GS Zagato). La Mille Miglia va consacrer Alfa Romeo qui, entre 1928 et 1938, gagnera 10 éditions sur 11, ne cédant qu’en 1931 face à une Mercedes SSKL.

L’année 1938 est cependant marquée par un accident mortel entraînant la mort de plusieurs spectateurs. Le Duce, Benito Mussolini, décide alors l’interdiction des courses sur routes ouvertes. Si l’édition 1939 est annulée, les organisateurs ne perdent pas espoir et proposent pour 1940 un circuit fermé à la circulation entre Brescia, Crémone et Mantoue qu’il faut parcourir 9 fois pour atteindre la distance réglementaire des Mille Miglia. Signe prémonitoire, cette édition marque la domination de la BMW 328 aux mains de deux pilotes allemands.

La guerre entraîne l’annulation de la Mille Miglia et il faut attendre 1947 pour que la fameuse course italienne reprenne enfin. Tout n’est pas facile pour autant : le parcours doit jongler avec les destructions de routes et de ponts, tandis que les concurrents doivent faire face au rationnement d’essence et de pneumatiques. Si Alfa remporte cette première édition d’après-guerre, dès 1948 c’est au tour de Ferrari de prendre la main, gagnant 8 fois la Mille Miglia jusqu’en 1957, ne cédant qu’en 1954 face à Alberto Ascari et sa Lancia D24 Spider et en 1955 face à Stirling Moss et sa Mercedes 300 SLR. Cette année-là, Moss établit un nouveau record avec 157 km/h de moyenne !!!

Les concurrents commencent à prendre de plus en plus de risques sur des routes bondées de spectateurs admirant ces pilotes vaillants et courageux, mais peut-être aussi trop téméraires. C’est ainsi que le pilote Alfonso de Portago et son copilote Edmund Nelson se tuent en 1957 à bord de leur Ferrari 315, emportant avec eux 9 spectateurs (dont 5 enfants). C’est la fin de la Mille Miglia sous cette forme. Dès 1958, l’épreuve devient un mélange de liaisons sur route ouverte et d’épreuves de vitesse sur routes fermées ou circuits. Sage décision qui malheureusement n’emporte pas l’adhésion des spectateurs. La dernière édition se déroule en 1961.

En 1968, Alfa Romeo organisa une Mille Miglia promotionnelle mêlant véhicules d’époque et les nouvelles 1750 aux mains de journalistes : les prémices des futures Mille Miglia qui reprennent en 1982 dans une formule historique ouverte aux véhicules ayant déjà couru lors des éditions “officielles” entre 1927 et 1961. Le sport est moins intense, certes, et surtout moins dangereux : désormais, la course, bien que disputée, se contente de commémorer la “plus belle course du monde”, réunissant cependant 430 véhicules pour l’édition 2019.

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