Alpine : faut-il craquer pour la V6 GT ?
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Alpine : faut-il craquer pour la V6 GT ?

Par Nicolas Fourny - 09/01/2026

"Voilà une auto dont vous pourriez tomber amoureux sans même vous en apercevoir"

Depuis l’apparition de l’Alpine GTA, à la fin de 1984, la cause semble entendue : sans conteste, ce sont la V6 Turbo et ses dérivés qu’il faut privilégier. Du moins est-ce, en substance, ce que l’on pouvait comprendre à l’époque après avoir pris connaissance des essais parus dans la presse spécialisée ; et les choses n’ont pas changé depuis lors, la V6 GT qui nous intéresse aujourd’hui apparaissant aujourd’hui encore nettement moins désirable que ses sœurs de gamme. Seule variante condamnée à se contenter du « vieux » PRV, l’auto s’est nettement moins vendue que les GTA suralimentées, en dépit d’un tarif plus attractif. De nos jours sensiblement moins cotée qu’une V6 Turbo, cette version mal-aimée mérite-t-elle d’être redécouverte ?

Une A310 améliorée

Il est amusant de constater qu’à quarante ans de distance, certains écarts subsistent. Ainsi, la différence de tarif entre les V6 GT et V6 Turbo lorsqu’elles étaient neuves (soit environ 21 %) se retrouve très exactement aujourd’hui dans la cote LVA 2025, qui donne 19 000 € pour l’une versus 24 000 € pour l’autre (en version non catalysée). Comme on va le voir, ce gap s’explique aisément lorsque l’on compare les fiches techniques des deux modèles, et plus encore quand on en prend successivement le volant, la Turbo apparaissant, aux yeux de nombreux amateurs, comme la « vraie » GTA, la version atmosphérique s’apparentant peu ou prou à une sorte d’A310 insuffisamment revisitée. C’est là un jugement sans doute trop lapidaire pour être tout à fait juste mais aussi une opinion largement répandue, jusque dans les magazines dédiés à la marque, qui considèrent volontiers la V6 GT comme une sorte de faire-valoir sans grand intérêt, principalement destiné à afficher un prix d’appel susceptible de retenir l’attention d’une clientèle effrayée par les tarifs Porsche. Positionnée face à la 944 2,5 litres, la V6 GT, dont le PRV propose une puissance équivalente, ne s’adresse pourtant pas au même public…

Des progrès trop timides

Facile à maîtriser dans la plupart des circonstances, y compris pour un conducteur moyen, la Porsche constitue en fait l’antithèse quasi-parfaite de la voiture de Dieppe. Remarquablement équilibrée, plus polyvalente et dotée d’une mécanique bien plus convaincante, la 944 n’a qu’un seul défaut : son quatre-cylindres, certes moderne et efficace, manque cruellement de caractère, y compris en comparaison du V6 de l’Alpine, dont la tessiture n’a jamais charmé les connaisseurs. En particulier dans cette configuration, encore très proche de celle de l’A310 car, contrairement à la Turbo, la V6 GT n’a pas droit au PRV transfiguré – le mot n’est pas trop fort – par l’adoption du vilebrequin à manetons décalés venant corriger le déséquilibre naturel induit par l’architecture de ce moteur, ouvert à 90 degrés comme le V8 mort-né dont il partage les substrats. Ses utilisateurs doivent donc se contenter d’un groupe au fonctionnement bancal et dont la fiche technique semble avoir été rédigée dix ans auparavant ; de fait, les progrès sont maigres par rapport à l’A310 V6 présentée en 1976. Dix chevaux de gagnés et un réalésage portant la cylindrée à 2,8 litres, ce n’est vraiment pas le Pérou, d’autant plus que l’auto se voit semblablement privée de l’injection Renix (filiale de Renault et Bendix) qu’arbore fièrement la Turbo.

La défaite par d’autres moyens

Est-il acceptable, en 1985, de commercialiser un engin de ce calibre, présenté comme entièrement nouveau et néanmoins affublé d’une alimentation par carburateurs, pourtant abandonnée par la Renault 30, nantie du même V6, dès 1981 ? La réponse est contenue dans la question et ce qui est encore tolérable en ce temps-là dans une « petite bombe » comme la Supercinq GT Turbo ne l’est en aucun cas à bord d’une sportive censée rivaliser avec les Porsche, converties à l’injection depuis belle lurette. Commercialisée dix mois avant la Turbo, la V6 GT pâtit inévitablement de la comparaison et, on l’a vu, subit à ce titre un feu roulant de critiques : offrant quarante chevaux supplémentaires, le PRV gavé par un turbocompresseur Garrett peut non seulement se targuer de performances chiffrées très supérieures à celles de la V6 GT, mais aussi d’un agrément général plus conforme aux attentes des amateurs de ce type d’engin. Renault abandonnera d’ailleurs très vite la V6 GT à son sort et consacrera tous ses efforts au développement de variantes élaborées sur la base de la Turbo. Quand la production de la GTA s’arrête, en 1991, le verdict est sans appel : un peu de plus de mille cinq cents exemplaires de la V6 GT ont été construits, versus près de cinq mille versions Turbo – comme quoi, le prix ne fait pas tout… Quatre décennies plus tard, le collectionneur doit-il forcément se détourner d’un modèle si souvent décrié ?

Des séductions cachées

En premier lieu, il convient de rappeler que la V6 GT est avant tout une GTA, c’est-à-dire une automobile aussi attachante que perfectible à plusieurs égards. Seule voiture de sport, avec la Porsche 911, à avoir conservé une implantation moteur en porte-à-faux arrière, l’auto n’a perpétué cette architecture que pour de sinistres raisons budgétaires, dictant de la sorte un comportement délicat à maîtriser pour les conducteurs les moins aguerris – mais on en connaît qui apprécient ce côté rétif et caractériel invitant au « vrai » pilotage, là où une 944 peut se mener avec la même facilité qu’une bonne berline à propulsion. Il faut aussi composer avec une finition très « Renault d’époque » et un mobilier de bord vilipendé par la plupart des amateurs, mais dont certains continuent à défendre l’originalité. Et puis, bien sûr, il y a le PRV, plein de bonne volonté (et bien aidé par les qualités aérodynamiques du modèle, qui sauvent les meubles en matière de vitesse maximale) mais qui, en l’état, ne peut concurrencer valablement les meilleures réalisations allemandes ou italiennes. Tout cela n’empêche pas la V6 GT de se révéler plutôt agréable à fréquenter dans l’absolu ; étonnamment silencieuse et confortable pour une sportive, elle demeure capable de vous emmener vite et loin dans de bonnes conditions, demeurant facile à contrôler sur autoroute jusqu’à des allures largement prohibées. Délicieusement datée, percluse de carences diverses mais présentant toutefois des vertus inattendues, voilà bien une auto dont vous pourriez tomber amoureux sans même vous en apercevoir ! Vous voilà prévenus…

2849 cm3Cylindrée
160 chPuissance
235 km/hVmax
Nicolas Fourny

Nicolas Fourny

Nicolas Fourny est rédacteur indépendant pour Car Jager, diplômé de l'ESJ Paris (École Supérieure de Journalisme). Passionné par l'automobile sous toutes ses formes, il explore le passé et le présent des plus grandes mécaniques avec une plume exigeante et documentée. Nicolas met son expérience journalistique au service d'une écriture à la fois précise, évocatrice et fiable. Chaque article est le fruit d'une recherche approfondie et d'un regard passionné, porté par une connaissance fine de l'histoire automobile. Rigueur, style et curiosité guident son travail, dans une quête permanente de justesse éditoriale, au service des lecteurs exigeants et des passionnés.

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