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SPORTS CARS

Monteverdi Hai 650 F1 : le dernier baroud de Peter Monteverdi

PAUL CLÉMENT-COLLIN - 14 mars 2017

Même lorsque l’on est dans un Salon comme celui de Genève, dédié à la nouveauté automobile, on tombe toujours sur une référence au passé. Sur leurs stands, certaines marques apportent toujours dans leurs bagages un modèle emblématique, histoire d’expliquer le présent. Mais tomber sur le stand d’une marque disparue depuis belle lurette est un peu plus étrange. Pas à Genève où une petite place est toujours laissée à l’ancienne marque nationale Monteverdi. Enfin, plus précisément aux gardiens du temple, qui gère le musée Monteverdi Automuseum sur les lieux même ou furent fabriqués la plupart des modèles, près de Bâle.

La Hai 450 SS, ancêtre de la 650

Entre 1967 et 1984, Monteverdi va produire des coupés puissants et luxueux (High Speed 375 S dessinée par Frua, puis 375 C dessinée par Fissore), tentera d’imposer sans succès une supercar face à Ferrari et Lamborghini (Hai 450), avant de proposer un SUV haut de gamme sur base d’International Harvester Scout (lire aussi : International Harvester Scout), le Safari, puis des berlines luxueuses à partir de 1977, comme la Sierra sur base Plymouth Volaré (lire aussi : Monteverdi Sierra) ou la Tiara, sur une base de Mercedes W126 (lire aussi : Monteverdi Tiara). Ce sera, d’une certaine manière, le début de la fin. En 1984, Peter Monteverdi, malgré une fortune conséquente acquise dans la distribution en Suisse de marque comme Ferrari (dont il sera le plus jeune concessionnaire), Rolls-Royce ou Bentley, préférera jeter l’éponge plutôt que d’y laisser sa chemise. La marque sera déclarée en faillite.

Mais voilà, quand on est passionné de bagnole, on replonge assez rapidement ! Si notre ami Peter a eu la sagesse de s’arrêter à temps, il ne pourra pas résister, en 1990, à venir au chevet de l’écurie de Formule 1, Onyx Grand Prix, en prenant 50 % des parts. En cours de saison, il réussira même à rebaptiser l’équipe Monteverdi Onyx Formula One. Il faut dire qu’une idée lui trotte dans la tête, depuis le lancement avorté de la Hai 450 SS au début des années 70 : rivaliser enfin avec les meilleurs en proposant une Supercar comme il en fleurit depuis le milieu des années 80. Aller taquiner Ferrari et sa Testarossa vieillissante (lire aussi: Ferrari Testarossa), Lamborghini et sa toute nouvelle Diablo (lire aussi : Lamborghini Diablo), Bugatti qui s’apprête à revenir avec de gros moyens (lire aussi : Bugatti EB110), Jaguar qui fait le buzz avec sa XJ220, et faire de l’ombre à la jeune marque Cizeta (lire aussi : Cizeta Moroder V16T), voilà ce qui botte l’ami Peter.

Est-ce que c’est le rachat d’Onyx qui lui en a donné l’idée, ou est-ce pour réaliser son dessein qu’il s’offrira l’écurie de F1 ? Bonne question, toujours est-il que c’est la monoplace qui va lui servir de base pour réaliser sa supercar, qui reprendra le nom de Hai, comme son ancêtre (requin en allemand). Enfin, pour être précis, Hai 650 F1. Le chiffre indique la puissance (en fait, 658 chevaux), et F1 veut bien dire ce que cela veut dire : la voiture se veut une F1 de route, avec son châssis de compétition et son moteur de course certes un peu dégonflé, un Ford V8 DFR de 3.5 litres.

La voiture sera présentée en 1992, notamment à des clients fortunés : Peter Monteverdi, commerçant en voitures de luxe, savaient à qui s’adresser. Mais il ne suffit pas d’avoir un réseau et une certaine expérience. L’image de marque de Monteverdi, malgré ses productions des années 70, est proche du néant, et le client veut du show off, de l’image, du pedigree. Cizeta en fera les frais. Pire, la surenchère technologique du moment fait augmenter le prix du ticket d’entrée dans le monde fermé des fabricants de supercars : Bugatti ne s’en remettra pas. Monteverdi non plus : même si Peter Monteverdi annoncera avoir reçu des commandes fermes, seuls deux prototypes (un rouge, un gris) seront fabriqués, et jamais un modèle de série ne verra le jour.

En 1995, il faut se rendre à l’évidence : la Hai 650 F1 ne trouvera jamais de clientèle, et l’aventure sera stoppée. Peter, atteint d’un cancer, s’éteindra 3 ans plus tard à l’âge de 64 ans. La Hai 650 F1 sera donc son dernier baroud d’honneur, et c’est cette voiture qui était mise à l’honneur sur le stand Monteverdi du GIMS 2017, dans sa livrée rouge. N’espérez pas un jour vous offrir l’un des deux prototypes : les deux modèles sont la propriété du Monteverdi Automuseum. Mais si vous l’avez loupée à Genève, vous pouvez toujours vous rattraper en visitant le musée de Bâle : vous y verrez en outre l’intégralité des productions de Peter Monteverdi.

Monteverdi Automuseum : http://www.monteverdi.ch

Photos : Paul Clément-Collin / Monteverdi / DR

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