Jacques Poch et son réseau : l’aventure des voitures soviétiques en France

Vendredi 9 mai 2014
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Si aujourd’hui croiser une Lada sur les route française devient rare (malgré les quelques ventes annuelles de la marque russe), ce n’était pas le cas dans les années 80. A cette époque, dans les rues de Paris circulaient des Lada, Skoda, Tavria, ou Aleko en nombre. Ces marques bénéficiaient encore à l’époque d’un statut « low cost » avant l’heure, et jouissaient aussi sans doute d’un statut politique. Acheter une voiture de l’Est pouvait être une preuve d’engagement.

Ce qui m’avait frappé sur ces voitures, qui déjà paraissaient désuètes par rapport à la production occidentale, c’est l’éternel autocollant sur la vitre arrière : « Ets Poch ». Avant les années 90, l’heure n’est pas encore toujours aux filiales de distribution, et les constructeurs les plus petits (ou pour lesquels la France n’était pas encore prioritaire) faisaient appel à des importateurs privés. André Chardonnet (Autobianchi, Lancia, Maserati, Aro ou Yugo), Charles Delecroix (Mercedes), Jean-Pierre Richard (MG, puis Nissan) ou Auguste Veuillet (Sonauto Porsche), autant de figures qui firent beaucoup pour l’implantation de ces marques en France.

Jacques Poch fait partie de ces importateurs dont le nom était aussi connu que les marques qu’il distribuait. Comme souvent, l’aventure commence un peu par hasard. Dans cet après-guerre ou tout est à reconstruire, le marché automobile est à prendre. L’industrie automobile française se remet lentement de la guerre, et Poch a l’idée d’aller chercher par la route, avec des copains, des Aero Minor, des Tatra T600 ou des Skoda pour les ramener en France et les vendre. L’esprit d’aventure et l’audace sont déjà là. Si l’aventure tourne court fin 1948 avec l’interdiction d’importation automobile afin de favoriser l’industrie française, l’idée reste dans la tête de Jacques Poch, qui a aussi gagné de solides amitiés en Tchécoslovaquie. Dix ans plus tard, l’embargo levé, il relance son business avec un accord d’importation de Skoda.

Bon an mal an, Poch vend 200 à 300 Skoda par an. En 1965, les nouvelles Skoda rencontrent un succès plus important grâce au modèle 1000, permettant aux établissement Poch de vendre entre 1000 et 2000 véhicules par an. Le filon commence à être exploitable, et Jacques Poch se dit que ce qu’il a fait avec l’automobile tchèque, il peut le faire ailleurs. C’est vers l’URSS qu’il se tourne, et en 1965, il présente au Salon de Paris la Moskvitch, devant laquelle il se fait photographier avec le Général de Gaulle. Mais Poch expériment aussi la qualité Russe : les deux Moskvitch destinées au Salon arrivent rouillées et en sale état. Il faudra les rafistoler pour qu’elle présentent bien. Il en vendra 389 l’année suivante.

A partir du moment ou Poch commence à distribuer des voitures Russes, il devient évident qu’il faudra se professionnaliser pour compenser la finition très moyenne. Il créé à Haguenau, en Alsace, un centre de réception des véhicules qui arrivent en train par l’Allemagne. Là, tous les véhicules sont inspectés. Il faut souvent tout revisser et reboulonner.

Le vrai essor de Poch viendra avec la Lada Niva (lire aussi :Lada Niva) qui permettra aux Etablissements Poch d’atteindre les 20 000 ventes annuelles dans les années 80. Ce petit 4×4 répond à un vrai besoin et créé quasiment son segment. Jacques Poch lui donnera encore un peu plus de sex appeal en créant de série spéciales spécifiques à la France. Son fils Jean-Jacques s’occupe avec lui des affaires et Jacques prend peu à peu de la distance.

En 1990, premier coup dur : Skoda est rachetée par Volkswagen qui récupère l’importation en France. Poch tente bien de lancer les Tavria et Aleko, sans réussir à remplacer la talentueuse Skoda Favorit. Peu à peu, l’avantage tarifaire des Lada s’effrite, et les ventes chutent. Coup de chance, Lada désire réorganiser sa distribution internationale et rachète un bon prix les Etablissements Poch en 1992, qui deviendra Lada France. Les ventes ne cesseront de baisser jusqu’à la faillite en 2009.

Jacques se retire, et Jean-Jacques se redéploie en important le japonais Daihatsu avec une nouvelle structure, et surtout investit dans le textile et le luxe, comme le chausseur Emling. Jacques décèdera en 2009. Notons qu’il fut aussi un pilote automobile et qu’il participa plusieurs fois aux 24 heures du Mans.

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13 commentaires

Jimmy B

Le 11/12/2014 à 14:42

« A cette époque, dans les rues de Paris circulaient des Lada, Skoda, Tavria, ou Aleko en nombre. »
Les Lada et Skoda, oui. Mais avec seulement 1606 Zaz Tavria et 769 Moskvitch Aleko distribuées en France de 1990 à 1993 par le Réseau Poch, ça m’étonnerait qu’il y en ait eu beaucoup en circulation dans Paris…
Aussi, c’est début 1992 et non en 1990 que Jean-Jacques Poch perdra l’importation et la distribution de Skoda, rachetée par Volkswagen.
Enfin, « Jacques se retire, et Jean-Jacques se redéploie en important le japonais Daihatsu avec une nouvelle structure » : Oui et non. En effet une nouvelle structure a été créée pour l’importation de cette marque japonaise, mais du fait de l’accord Bruxelles-Tokyo seules un millier de voitures auraient été livrée à Poch, il aurait été donc difficile de développer une marque dans ces conditions. Jean-Jacques Poch a donc passé la main à la filiale française du britannique Ichcape en novembre 1993, qui a repris la représentation en France des Daihatsu (qu’Ichcape distribuait déjà en Belgique, Grande-Bretagne et Suisse) et du Bertone Freeclimber 2. Dès lors, c’en était fini de l’aventure automobile pour Jean-Jacques Poch, qui a poursuivi ses participations dans le textile, le vin et l’immobilier.

Paul

Le 21/12/2014 à 18:51

Merci pour ces précisions supplémentaires… Effectivement, les Tavria et Aleko ne courraient pas les rues, contrairement au Lada qui restent gravées dans ma mémoire 😉

Jimmy B

Le 12/12/2014 à 21:36

Précision supplémentaire : Jacques Poch a cédé sa place à son fils Jean-Jacques début 1985, peu avant la commercialisation de la Lada Samara en France, mais Jean-Jacques travaillait dans l’entreprise aux côtés de son père depuis 1965. C’était donc bien avant le rachat des Ets Poch par Lada en 1993.

L'Ornithorynque

Le 14/01/2015 à 10:20

Y-a-t’il eu des Volga en France? (M21/23/24)

Les marques russes, ou plutôt soviétiques, se sont pas mal vendues en Belgique – les Lada « 1200 » ou « 1300 » ont fait un tabac ici, on croisait pas mal de Moskvitch jusqu’en 1975, mais elles étaient stylistiquement vieillissantes face à des Lada ou Skoda, ou la très moderne Wartburg 353, si on se réfère à la production de l’époque (R8, Skoda 100, Coccinelle) -traction avant, roues indépendantes, lignes très typées avec grandes surfaces vitrées, habitabilité canon , et le choix du 2 temps n’était pas si idiot techniquement – 50CV au litre n’était pas ridicule en 1966/67. Wartburg avait ici, comme Lada et Skoda, ses propres concessions. Les Volga, avec leur diesel Indenor ont aussi fait une belle carrière, gâchée par la rouille endémique de ces voitures. Les Volga étaient par ailleurs, suite à des accords commerciaux, fabriquées avec du métal belge (c’était un des arguments de vente).

Le modèle à succès reste le break familial (7 places, plus coffre … grand comme les plaines du Kazakstan), avec son diesel – il était qui plus est très concurrentiel face aux 404/504 ou même CX, qui naviguaient dans d’autres fourchettes de prix)

professeur tournesol

Le 04/11/2015 à 11:21

Poch est en effet un pan de l’histoire auto française,
il a surtout permis (avec les autres importateurs…..) les débuts des importations de véhicules étrangers bien attractives sur certains points, moins chers que les françaises, offrant en prime une originalité séduisante. en prenant des parts de marché aux constructeurs nationaux .
C’etait toujours plus sympa que de rouler dans des milliers de 4 L, R8, Ami, 1100… en tout genre, qu’on rencontrait à chaque coin de rue dans l’hexagone, ….qui avait aussi tendance à rouiller prématurément (pas que les Lada ….un mal endémique à l’epoque) et n’offrait guère mieux en fiabilité.
On peut remercier tous ces importateurs du début 60/70 pour le travail qu’ils ont fait !

Luc

Le 29/01/2017 à 15:09

Je relance un peu le sujet, car toutes les semaines dans mon village je croise une « belle » Lada break111 et je me fais souvent la réflexion qu’en effet Lada est la marque qui a raté son intégration à l’occident et à l’économie libérale. Ce break aurait pu être le renouveau de la marque qui n’était quasiment connue que pour ses archaïques 4×4 Niva et berlines 2102 et suivantes…
Qu’en reste-t-il aujourd’hui en regard de la guerre des marques pour l’hégémonie?

Docteur Oliv

Le 25/02/2017 à 16:09

En parlant de DELECROIX, il a aussi importé JAGUAR DAIMLER LOTUS

Marvista

Le 19/03/2017 à 19:44

Un jeu de mot très bête et complétement inutile: Jacques Poch ou JackPot?

Franck

Le 09/09/2017 à 18:33

Jamais su si on prononcait « poche » ou « pock »?

Paul

Le 09/09/2017 à 18:38

Pareil… dans le doute, je dis poche, mon côté alcoolo sans doute 😉

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