Alors que Ferrari relance la boîte manuelle, Lamborghini dit non sans hésiter
Dans un contexte où les constructeurs de voitures d’exception rivalisent d’inventivité pour séduire les passionnés de sensations traditionnelles, Lamborghini vient de prendre une position à contre-courant. Au moment où Ferrari et Koenigsegg misent sur des transmissions à l’esprit « trois pédales », la maison italienne refuse catégoriquement de suivre cette tendance, s'appuyant sur un choix stratégique fort et la certitude que l’hybridation et l’efficacité priment sur la nostalgie. Ce positionnement audacieux façonne l’identité de sa nouvelle création, la Temerario, et illustre tout l’enjeu du débat contemporain autour de la passion automobile et de la technicité.
L’essor des boîtes manuelles… mais sans Lamborghini
Ces derniers temps, les grands noms du segment supercar ont multiplié les initiatives pour remettre la boîte manuelle à l’honneur. Ferrari, avec sa 12Cilindri Manuale, et Koenigsegg, pionnier avec la CC850 dotée de la technologie LST, ont choisi de proposer des solutions mêlant tradition et innovation. Ces systèmes ne sont cependant pas des manuels classiques : ils simulent la présence d’une vraie boîte mécanique tout en exploitant les transmissions double embrayage modernes. Mais à rebours de ce courant, Lamborghini clame haut et fort son refus de s’y associer.
Un refus assumé et argumenté
Federico Foschini, responsable marketing et des ventes de Lamborghini, a exprimé publiquement cette stratégie : la marque ne proposera aucun modèle équipé d’un levier mécanique, même simulé. Selon lui, bien que cette technologie puisse séduire une niche de passionnés, elle ne correspond pas à l’ADN de la marque, façonné autour de la recherche constante de performances. Chez Lamborghini, la boîte manuelle, même « by wire », est perçue comme un obstacle technique et non un atout émotionnel. Contrairement à Ferrari qui tire profit de la plateforme DCT existante sans perte de compatibilité, Lamborghini considère que l’intégration d’une telle technologie coûterait bien plus qu’elle n’apporterait : chaque cheval fiscal compte et la moindre concession technique est jugée inadmissible.
Hybridation et performances, piliers de la nouvelle génération
Le point décisif de ce désaccord concerne la place centrale de l’électrification au sein de la gamme du taureau. Désormais, l’ensemble des modèles Lamborghini repose sur des architectures hybrides dont la synergie avec la transmission est essentielle à la performance globale. Introduire une simulation de boîte mécanique reviendrait, selon la marque, à saboter délibérément cette harmonie. L’analogie avec un athlète entravé pendant sa course n’est pas fortuite : pour Lamborghini, toute réduction d’efficacité au profit du folklore nostalgique n’a pas sa place dans une gamme obsédée par la chasse au chrono.
La Temerario, vitrine de cette philosophie
Lamborghini illustre ce positionnement à travers la Temerario, dont le ticket d’entrée s’établit à 310 084 € en France. Cette nouveauté surpasse de 100 000 € le prix de la Huracan lors de son lancement en 2014, conséquence directe de l’apport technologique de l’hybridation. Le surcoût s’explique autant par la progression des performances que par la montée en gamme des équipements. Et cette somme représente un point de départ : dans sa version Alleggerita, orientée allègement, l’addition culmine à 499 864 €, flirtant avec la barre symbolique du demi-million d’euros.
Des exemplaires déjà prisés sur le marché de l’occasion
Malgré ces tarifs élitistes, la demande ne faiblit pas. Sur le marché français de la seconde main, certaines Temerario hybrides millésime 2025, totalisant 12 000 km, s’affichent aux alentours de 324 990 € dans le Bas-Rhin, tandis que des configurations plus luxueuses atteignent 379 900 € dans le Haut-Rhin. La décote reste marginale, caractéristique des modèles très récents à succès, ce qui souligne l’attractivité de la supercar auprès de sa clientèle, indifférente à la question du levier.
Les boîtes manuelles simulées, une vraie demande ou un bruit médiatique ?
Lamborghini s’appuie sur un constat partagé après expérience : la clientèle qui réclame ce genre d’innovation, comme la simulation d’une boîte manuelle, est finalement bien plus réduite qu’on ne l’entend dans les débats. Ferrari et Koenigsegg en témoignent à leur manière : l’agitation sur les forums n’a pas engendré un véritable raz-de-marée de commandes. Le phénomène reste avant tout médiatique, bien plus que réellement commercial à grande échelle.
Le choix de préserver l’ADN de la marque
La grande question qui agite les passionnés, à savoir le retour possible d’une Lamborghini à trois pédales, obtient une réponse sans équivoque : la firme préfère rester fidèle à son identité et prioriser la performance, même si cela implique de décevoir une frange d’aficionados du pilotage à l’ancienne. La Temerario, forte de 650 ch et de tarifs approchant les 500 000 €, symbolise cette volonté de ne rien sacrifier à la mode du moment.
Chez Lamborghini, la passion mécanique passe résolument par l’innovation technique et non par un retour en arrière, et la Temerario le démontre chaque fois qu’elle prend la route.


