Six voitures inconnues au monde : le mystère absolu des collections royales dévoilé
À la fin des années 1980, une manœuvre discrète, orchestrée entre l’Asie du Sud-Est et l’Italie, aboutit à la création d’un modèle Ferrari inouï, resté invisible pendant de longues années. Six voitures issues d’un projet confidentiel, spécialement construites pour la cour de Brunei, sont imaginées par l’équipe de Pininfarina, dans le dos de Ferrari. Cette histoire, longtemps restée dans l’ombre, éclaire la démesure et le goût du secret des plus grandes collections privées de la planète.
Un projet clandestin entre Pininfarina et Brunei
La genèse de la F90 remonte à la sollicitation du prince Jefri Bolkiah, frère du sultan de Brunei. Désireux d’une supercar véritablement unique, il fait appel à l’expertise de Pininfarina grâce à l’entremise d’un importateur basé à Singapour. Le designer Enrico Fumia, responsable du design avancé pour le carrossier italien, propose une vision audacieuse qui retient immédiatement l’attention du client royal. Mais une condition essentielle s’impose : Ferrari ne doit être informé d’aucun détail. Initialement commandée comme un exemplaire unique, l’affaire prend rapidement de l’ampleur grâce à un budget conséquent, permettant la fabrication de six voitures au lieu d’une seule.
Naissance d’un modèle fantôme : la Ferrari F90
Le coupé secret, baptisé F90 pour Ferrari for the 90s, prend appui sur la base de la Testarossa, exploitant son célèbre flat-12 de 4,9 litres. Cependant, tout l’habillage et le concept visuel évoluent radicalement par rapport à la donneuse d’organe : la carrosserie, l’intérieur et les proportions mêmes de la voiture sont transformés. Ces six pièces uniques sont ensuite expédiées directement au sultanat de Brunei, où elles s’intègrent dans une collection colossale d’environ 7 000 automobiles, dont la valeur serait estimée à 15 milliards de dollars, soit près de 12,9 milliards d’euros.
Tests nocturnes et camouflage extrême
Pendant le développement, la discrétion est impérative. Les essais des prototypes ne se font quasiment jamais de jour. L’équipe de Pininfarina multiplie les allers-retours nocturnes, toujours avec des voitures sans le moindre logo Ferrari et camouflées pour rester méconnaissables. Enrico Fumia se rappelle avoir conduit ces essais en évitant tout indice susceptible de les trahir, si bien que jusqu’au début des années 2000, même dans le petit monde des passionnés et des employés du constructeur, personne ne sait réellement quelle machine se cache derrière le nom F90.
Design révolutionnaire et options inédites
Au-delà de l’aspect technique, l’audace du style saute aux yeux. Inspiré par la Testarossa, Enrico Fumia métamorphose ses lignes, supprimant la calandre traditionnelle pour favoriser des radiateurs latéraux voyants et des optiques étirées, prémices de certains codes esthétiques de la future Enzo. Les lignes pointues qui dessinent les flancs sont caractéristiques de la patte Fumia. Autre prouesse, le toit targa coulissant, particulièrement sophistiqué, demeure parmi les systèmes les plus évolués que Pininfarina ait réalisés.
L’apparition du secret sur Internet
Ce fragile équilibre bascule en 2002, lorsqu’une photo d’une des F90, prise dans un des nombreux garages du palais, circule sur Internet. Les connaisseurs commencent à spéculer et les interrogations se multiplient. C’est finalement en 2005 qu’un journaliste italien veut intégrer la F90 dans un annuaire officiel de la marque. À ce moment, Enrico Fumia révèle l’histoire au responsable de la communication Ferrari, dévoilant qu’un modèle complet, estampillé du Cavallino Rampante, avait échappé au contrôle de Maranello.
La réaction inattendue de Ferrari
Contre toute prédiction, Ferrari ne s’offusque pas de cette opération secrète. Enrico Fumia rapporte que la réaction de la marque fut bien plus conciliante qu’il ne l’aurait imaginé. Le constructeur accorde l’autorisation de publier les photos dans l’annuel 2005, diffusé l’année suivante à ses clients. Maranello reconnaît officiellement la F90 comme une véritable Ferrari, même si aucun cadre de la marque n’a jamais eu accès à l’une de ces automobiles exceptionnelles.
À ce jour, les six F90 reposeraient toujours quelque part à Brunei, dans des garages conçus pour abriter chacun au moins 110 voitures. Depuis la fugace diffusion de leur image, aucune n’a de nouveau été vue par le monde extérieur.
Incarnation ultime du secret dans l’univers automobile, la Ferrari F90 rappelle que certains trésors dorment à l’abri des regards, même parmi les passionnés les plus avertis.


