Bentley Bentayga EWB Chalet Edition : en route pour Gstaad
par Nicolas Fourny le 24 juillet 2026Lancé il y a onze ans, le Bentayga n’a pas réellement vieilli – ceux qui le trouvaient affreux dès le départ n’ont pas changé d’avis, et les autres ont appris à aimer ce break surélevé qui, au fil des millésimes, a su gagner en élégance tandis que, sous une robe tout de même imposante, la technique ne cessait d’évoluer. Le voici à présent parmi les doyens d’une catégorie très restrictive et qui, dans l’ensemble, a tardé à se renouveler. Pour autant, afin sans doute de faire patienter sa clientèle, Bentley a, comme une triviale firme généraliste, cédé à la tentation de la série limitée ; et nous voici donc aujourd’hui en face d’une « Chalet Edition », qui donne furieusement envie d’arpenter les plus belles routes de la Confédération…

Un univers à part
Comme on s’en doute, la notion de « série limitée » abordée depuis Crewe n’est pas tout à fait la même que lorsque Peugeot, Opel ou Ford s’astreignent à soutenir les ventes déclinantes d’un modèle populaire parvenu en bout de course. Bon, bien sûr, l’initiative de Bentley n’est peut-être pas tout à fait étrangère à la relative senescence du Bentayga, même si l’on ne peut pas dire que la concurrence soit particulièrement dense à ce niveau de gamme. Car hormis le Rolls-Royce Cullinan, l’Aston Martin DBX, le Lamborghini Urus et le Mercedes-Maybach GLS, sans oublier le Range Rover, le segment n’est guère encombré. Au sein de celui-ci, Bentley a indéniablement réussi à trouver sa place : il se construit, en moyenne, près de cinq mille Bentayga par an, ce qui, dans cette catégorie, constitue une jolie performance. On l’a dit, le modèle a sensiblement évolué depuis son apparition, exploitant sans vergogne les synergies mises en œuvre sous la férule du groupe Volkswagen – ce qui ne saurait constituer une critique en soi.
On a eu chaud
Pourtant, l’auto revient de loin ; ceux qui ont visité le Salon de Genève 2012 se rappellent sans doute la consternation qui s’était emparée de la plupart des observateurs après avoir découvert, sur le stand Bentley, un concept car dénommé EXP 9 F et qui préfigurait le premier SUV de la firme. Étrange agrégat d’influences et de styles disparates, l’auto n’était rien moins qu’harmonieuse, à mille lieues de l’élégance des Bentley contemporaines auxquelles elle tentait maladroitement de se rattacher en arborant ce renflement typique des ailes arrière censé rappeler la Type R Continental de 1952. Des roues surdimensionnées au design massif et un faciès indéfinissable au regard écarquillé complétaient un tableau fort peu convaincant, à la vérité – à tel point que l’engin, qui semblait pourtant industrialisable en l’état, subit de profondes modifications avant de se réincarner en 2015 sous la forme du Bentayga de série. Lequel fut néanmoins assez fraîchement accueilli, probablement parce qu’à l’époque, l’idée même d’un SUV Bentley demeurait offusquante aux yeux de beaucoup…


Légitime, finalement
Toutefois, on connaît la musique : à ce niveau de prix, les râleurs ne sont pas les payeurs – autrement dit, ceux qui ont critiqué le Bentayga, tout comme ils avaient descendu le Porsche Cayenne en flammes et conspuèrent ensuite le Cullinan n’appartiennent pas, de toute façon, à la clientèle ciblée par Bentley. Laquelle, on l’a vu, ne s’est pas fait prier pour signer des bons de commande. Le prestige du logo, la noblesse mécanique (merci encore, docteur Piëch…) du W12, seul moteur proposé au lancement, la sophistication générale de l’engin et la qualité exceptionnelle de la finition constituaient des arguments suffisants pour que la filiale de VW parvienne à chiper des clients au Range Rover. Par la suite, la gamme n’a cessé de se développer, parfois de façon déconcertante (nous songeons à l’éphémère et incongru V8 Diesel), mais souvent avec pertinence (le V8 essence, bien connu chez Porsche, Audi et Lamborghini, ainsi que la variante hybride animée par un plébéien six-cylindres assurent depuis déjà quelque temps l’essentiel des ventes), tandis que la version à châssis long (Extended Wheel Base), établie sur un empattement allongé de 18 centimètres, faisait son apparition en 2022.
Une Bentley sous influence
C’est sur cette base, qui confère au Bentayga Azure une longueur à peu près équivalente à celle du Cullinan, que Bentley a élaboré la « Chalet Edition » qui nous occupe ici, en collaboration avec l’influenceur The Gstaad Guy (1,6 million d’abonnés sur Instagram) – ce qui pouvait faire craindre le pire, mais force est de constater que le résultat a de quoi impressionner. Selon Bentley, la carrosserie, peinte à la main en Light Tudor Grey, nécessite à elle seule une soixantaine d’heures de travail. Les clins d’œil à la Suisse et à ses plus prestigieux chalets se retrouvent par des dessins gravés au laser sur les ailes avant, tandis qu’une fleur des Alpes est brodée sur les sièges et les appuie-tête tendus de cuir Saddle. Sur la planche de bord, on trouve des inserts de bois à pores ouverts, avec l’inscription « The Chalet » face au passager. La configuration retenue pour l’habitacle (quatre sièges individuels et console centrale traversante) renforce encore l’exclusivité de la proposition. Et sous le capot, c’est encore une fois le V8 d’origine Porsche/Audi qui officie, fort ici de 550 chevaux. De quoi rejoindre sans coup férir votre station de ski préférée (en Suisse, évidemment).


Post-scriptum : Bentley ne communiquant pas de tarif officiel pour le Bentayga Chalet Edition, il vous appartiendra de soudoyer le concessionnaire de la marque le plus proche de chez vous pour obtenir l’information. Rare, chère et hautement désirable, cette variante pousse à son paroxysme le raffinement déjà élevé que prodigue un engin dont le charme n’a fait que se renforcer au fil du temps. (Et ne le répétez pas mais, le cas échéant, un Bentayga Azure « de base », c’est très bien aussi…)

Nicolas Fourny


