Mercedes-Benz 560 SEC AMG 6.0 Wide Body : ex-fan des eighties
par Nicolas Fourny le 4 septembre 2026Je vous parle d’une époque désormais lointaine, où AMG était encore une petite officine indépendante de la Daimler-Benz et où ses créations recelaient tous les charmes d’un artisanat certes maîtrisé, mais moins borné qu’aujourd’hui par les exigences du marketing. Ainsi, le coupé le plus sulfureux jamais sorti des ateliers d’Affalterbach – j’ai nommé la 560 SEC « Wide Body » qui nous intéresse aujourd’hui – n’a connu aucune descendance réelle, même les rarissimes CL 73 AMG de la génération suivante s’avérant moins bestiales. Incarnation même de l’esprit de son temps, délicieusement outrancier, charismatique au-delà de toute raison, exsudant une puissance aussi jouissive que superfétatoire, l’engin s’est peu à peu transformé en star des ventes aux enchères. Voici pourquoi…

Attention, chef-d’œuvre
De nos jours, il ne viendrait à l’idée de personne de contester leur statut de grande classique aux premiers coupés Mercedes SEC, construits de 1981 à 1992. Car si la série 126 – dont ces autos constituent l’interprétation la plus exclusive – a été unanimement saluée, dès son apparition, comme une réussite exceptionnelle à tous égards, les 380, 420, 500 et 560 SEC ont ajouté aux qualités de fond de cette génération une élégance plus foudroyante encore. Renouant avec la tradition des grands coupés Mercedes, qui s’était interrompue en 1971 avec la disparition de la série W111, le coupé codé C126 imposa immédiatement sa suprématie dans le domaine des routières de grand tourisme, les 500 puis 560 SEC, en particulier, pouvant même rivaliser avec des modèles plus prestigieux, comme par exemple les Ferrari 400i et 412… avec une sérénité d’usage pas forcément à la portée du légendaire V12 italien.
Le grand tourisme vu par Mercedes
Pour autant, si la presse spécialisée n’a jamais hésité à les comparer aux Porsche 928 ou aux BMW Série 6, les Mercedes SEC ne revendiquaient aucun caractère sportif – ce qui, à la vérité, n’avait rien d’étonnant pour des coupés de luxe mesurant 4,94 mètres de long et pesant 1,7 tonne au bas mot. À leur sujet, le discours officiel du constructeur s’épanchait généreusement sur les aspects liés à la sécurité, au confort, à l’innovation technique ou à la sophistication des équipements ; la puissance des V8 – seule architecture proposée – n’ayant rien de phénoménal en considérant leur cylindrée. À l’évidence, les motoristes souabes avaient privilégié l’équilibre de marche et la durabilité à la performance pure, ce qui n’a jamais empêché ces coupés d’afficher des chronos respectables. En 1986, le magazine Auto-Hebdo avait d’ailleurs titré l’essai de la 560 SEC « 200 000 kilomètres à 200 de moyenne », ce qui en disait long quant à la philosophie de l’engin…

Une grande bourgeoise qui s’encanaille
Les choses auraient pu en rester là si le préparateur – bientôt constructeur à part entière – mentionné plus haut n’avait pas décidé de s’intéresser de près aux coupés C126, comme d’ailleurs à l’ensemble du catalogue Mercedes de l’époque. En ce temps-là, AMG, fondé à Grossaspach en 1967 par Werner Aufrecht et Erhard Melcher, était encore une entité entièrement indépendante de la firme à l’étoile, même si elle lui consacrait la quasi-totalité de ses réalisations. N’importe quel propriétaire d’une Mercedes neuve ou d’occasion pouvait ainsi se rendre à Affalterbach pour que sa paisible berline en sorte plus ou moins transfigurée, tantôt par un simple kit carrosserie, tantôt par des modifications apportées au châssis, tantôt par des préparations moteur – et, plus rarement, par tout cela à la fois. Au fil du temps, AMG avait gagné la considération des connaisseurs (et des dirigeants de Mercedes, avec lesquels la collaboration, si elle demeurait discrète, n’en était pas moins fructueuse) par le sérieux de son travail, de la conception à la réalisation. De la sorte, une berline 500 ou 560 SEL, patricienne jusqu’au bout des pneus, pouvait fort bien se muer en créature alliciante après être passée par les ateliers du préparateur – ceux qui, dans les années 1980, ont visionné la série américaine Miami Vice ont d’ailleurs souvent pu le constater, les gangsters mis en scène roulant le plus souvent à bord de Classe S transformées à cette aune.
La fonction précède la forme
Ainsi en va-t-il de la plus démoniaque des réalisations d’AMG sur la base des S-Klasse de ce temps-là. Si, il y a quarante ans, vous trouviez la 560 SEC de série trop timide ou insuffisamment affirmée, les équipes du préparateur avaient de quoi vous satisfaire par une transformation en profondeur, mais sans dénaturer l’auto, loin des délires vulgaires d’un Willy Koenig. Le V8 M117 recevait ainsi de nouvelles culasses à quatre soupapes par cylindre et un réalésage faisant passer la cylindrée de 5547 à 5956 cm3. En termes de puissance nominale et de couple, le gain était significatif puisque, en partant des 300 ch et 455 Nm originels, on en arrivait à 385 ch et 556 Nm ! Rappelons, pour fixer les idées, qu’une Ferrari Testarossa ne dépassait alors pas les 390 ch pour 490 Nm… Bien entendu, la SEC ainsi gréée s’accompagnait de liaisons au sol largement modifiées, se dotant d’amortisseurs Bilstein et de jantes spécifiques à fort déport de 17 pouces. Sans oublier les ailes hypertrophiées que justifiait l’élargissement des voies et qui lui ont valu le nom sous lequel le plus fantasmatique des coupés C126 est passé à la postérité. À l’intérieur en revanche, hormis le volant AMG, les sièges baquets électriques Recaro et le tachymètre gradué jusqu’à la barre magique des 300 km/h, il n’y avait pas de quoi dépayser les habitués du modèle, lequel reste avant tout une Mercedes de la meilleure eau.


Post-scriptum : moins de cinquante unités de cette AMG très spéciale ont été assemblées par le préparateur. Pour les amateurs du genre, en raison de cette grande rareté comme de ses caractéristiques, l’auto représente une sorte de Graal et, comme on s’en doute, le mythe a un prix : en 2025, RM Sotheby’s, lors d’une vente organisée en Californie, affichait une estimation comprise entre 650 000 et 850 000 dollars pour un exemplaire de 1991 – mais la voiture ne s’est pas vendue… Cela donne cependant une idée de la progression de la cote pour un modèle estimé à environ 150 000 euros il y a dix ans !


Nicolas Fourny


