Des Ferrari et des Bentley créées rien que pour lui : les trésors du garage du sultan de Brunei
Longtemps, l'existence et l'ampleur de la collection du sultan de Brunei ont alimenté les rumeurs dans le monde automobile, sans que personne ne puisse en apporter la moindre preuve visuelle. La récente mise en ligne de centaines de photos issues d’une fuite vient bouleverser la donne, révélant pour la première fois au public l’étendue de ce parc unique au monde.
Des chiffres qui donnent le vertige
Réunir près de 7 000 voitures de prestige pour un total estimé à 5 milliards de dollars, soit environ 4,2 milliards d'euros, relevait jusque-là du mythe, entretenu aussi bien par des médias généralistes que par des influenceurs du secteur automobile. La collection, sur laquelle couraient d’innombrables légendes, rassemble des modèles mythiques tels que Ferrari, Rolls-Royce, McLaren, Bugatti ou Porsche, alignés dans des hangars aux dimensions quasi industrielles. Si l’on divise ce montant par le nombre de véhicules, la moyenne s’élève à plus de 700 000 dollars par automobile. Toutefois, ces images laissent deviner des états très inégaux entre les exemplaires.
L’inventaire d’un trésor d’exception
En analysant les photographies enfin rendues publiques, il apparaît que la collection inclut plus de 400 Ferrari et plus de 600 Rolls-Royce. Certaines raretés frappent l’œil, comme la présence de huit Ferrari F40, plusieurs Bugatti EB110, une enfilade de Porsche 959 multicolores et jusqu’à huit McLaren F1 sur seulement 106 existantes dans le monde. Parmi les curiosités, on distingue un unique exemplaire de Ferrari 288 GTO Evoluzione et même une Batmobile. Certains de ces modèles sont véritablement uniques, tels le fameux Bentley Dominator ou encore des Ferrari 456 GT transformées en break.
Les coulisses d’une constitution hors normes
Le cœur de cette extraordinaire série de véhicules s’est principalement formé au cours des années 1990, sous l’impulsion du Prince Jefri Bolkiah, frère du souverain. Il avait pour habitude de passer des commandes personnalisées auprès des constructeurs les plus prestigieux au monde. Suite à des soupçons de détournements de fonds se chiffrant en milliards de dollars imputés à Prince Jefri, une partie de ce patrimoine roulant a ensuite été saisie par l'État du Brunei puis revendue sur le marché, notamment plusieurs des modèles fabriqués exclusivement pour la famille royale.
Un éclairage rétrospectif grâce au numérique
L’apparition soudaine de ces clichés n’est pas due au hasard. Principalement publiées sur le compte Instagram @brunei_cars_2001, qui comptabilise à lui seul 95 publications regroupant de nombreuses images, assorti d’un dossier Google Drive répertoriant les modèles par marque, ces photos datent majoritairement du début des années 2000. Restés longtemps aux mains d’un cercle restreint, ces documents n’ont été diffusés que récemment, à la suite d’une discorde interne qui a poussé l’un des membres à révéler ce trésor caché, créant ainsi une véritable machine à remonter le temps pour les amateurs.
Splendeurs et négligence : l’envers du décor
En parcourant cette galerie inattendue, on oscille entre émerveillement et désolation. Certaines allées rappellent l’ambiance feutrée d’un salon automobile, les carrosseries alignées et impeccables semblaient prêtes à prendre la route. À l’opposé, il n’est pas rare de tomber sur des enfilades glauques de véhicules abandonnés, ensevelis sous la poussière, pneus à plat et peintures passées, à peine distinguables alors qu’ils paraissent ne pas avoir bougé depuis de longues années. Beaucoup passent ainsi lentement du simple dépôt au début de la corrosion, soulignant que la valeur astronomique de l’ensemble n’assure pas à chaque modèle de rouler ni d’être préservé avec égards, ce qui pose question sur le sort global de la collection et son avenir.
Rien n’illustre mieux le contraste entre utilité, passion et accumulation que ces hangars où cohabitent joyaux automobiles et trésors laissés à l’abandon.


