Ferrari a construit une voiture moins puissante qu'une Golf GTI, à cause d'un impôt
Quand on pense Ferrari, on imagine d'abord des bolides rouges prêts à rugir et à laisser tout le monde au feu. Pourtant, la marque italienne a parfois produit des modèles bien éloignés de ce cliché, à la croisée de la contrainte fiscale, des réglementations ou de l'hommage familial. Comment expliquer que certaines Ferrari soient à peine plus vives qu'une simple compacte, voire moins rapides qu'une Corolla moderne ? Un V8 de seulement 2,0 litres, 155 chevaux et une boîte automatique General Motors font frissonner les puristes.
La firme de Maranello, symbole de passion et de performances extrêmes, a aussi surpris au fil de son histoire avec des modèles inattendus. Loin du mythe de la voiture ultra-sportive, certaines Ferrari ont dû s'adapter pour survivre économiquement ou répondre à des exigences bien précises, quitte à s'attirer la perplexité –voire les moqueries– de ses fans. Retour sur ces exceptions techniques et humaines qui ont rythmé l'histoire du Cavallino Rampante.
Des Ferrari conçues pour contourner le fisc italien
En Italie, l'année 1973 marque un tournant pour les constructeurs : la taxe sur la valeur ajoutée passe à 38 % pour les modèles dépassant 2,0 litres de cylindrée, alors qu'elle reste à 18 % pour ceux en dessous. Pour continuer à vendre, Ferrari réduit la cylindrée de son V8 à 1 990 cm³ pour la 208 GTB et GTS, qui se contentent ainsi de 155 chevaux. Ce tout petit V8 de série fait de ce modèle la Ferrari la plus peu puissante jamais sortie d'usine, n'offrant qu'environ 40 % de puissance de plus qu'une Volkswagen Golf GTI 1,6 l de la même période.
Mondial 8, la GT plus posée que performante
Lancée en 1980, la Ferrari Mondial 8 confirme ce choix étonnant. Dotée d'un V8 2,9 l avec injection Bosch K-Jetronic développant 214 chevaux, elle doit cependant emmener près de 1 500 kg, avec seulement deux soupapes par cylindre. Sa version américaine atteint les 100 km/h en 9,4 secondes, se retrouvant devancée par une Toyota Corolla hybride actuelle. Malgré son style contesté et ses accélérations modestes, la Mondial 8 se vendra bien, même si ce sont ses versions revigorées à venir qui redoreront l'image de ce nom.
Queen Mary, la grande routière à la sauce Ferrari
En 1967, la présentation de la 365 GT 2+2 chamboule les puristes du cheval cabré, du fait de proportions imposantes : près de 4,97 m de long, un poids de 1 480 kg à sec. Ce grand coupé, surnommé "Queen Mary", embarque pourtant un excellent V12 de 4,4 l et 320 chevaux. Mais l'accent est mis sur le confort, avec première apparition d'une suspension arrière à correcteur d'assiette, de la direction assistée de série et, selon les marchés, la climatisation intégrée. Le 0 à 100 km/h demandé en huit secondes et 245 km/h en pointe sont respectables pour une GT, mais plutôt sages pour une Ferrari.
400 Automatic, V12 et boîte américaine : la rupture assumée
La Ferrari 400 Automatic pousse encore plus loin ce choix du confort brutal. À l'origine, plusieurs 365 GT modifiées avec une boîte automatique General Motors à trois rapports connaissent un tel engouement auprès des clients de Luigi Chinetti, importateur aux États-Unis, qu'Enzo Ferrari autorise en 1976 la sortie d'une version en série. Sous le capot, on trouve un V12 de 4,8 l développant 340 chevaux pour environ 1 700 kg, accouplé à cette transmission à convertisseur typiquement conçue pour des V8 américains. Le sprint de 0 à 100 km/h en un peu plus de 7 secondes fait tiquer les défenseurs du mythe, mais le public suit : 355 exemplaires vendus en automatique, contre seulement 147 modèles à boîte manuelle.
Dino 206 GT, histoire d'un hommage devenu icône
Apparue sous le label Dino, dépourvue du traditionnel cheval cabré, la 206 GT célèbre la mémoire d'Alfredo, fils d'Enzo Ferrari disparu en 1956. Depuis, Ferrari a réintégré officiellement la 206 GT dans son patrimoine, reconnaissance confirmée par ses cotes élevées lors des ventes aux enchères. Cette berlinette élancée en aluminium, frôlant les 900 kg, atteint les 100 km/h en huit secondes environ, non sans effort.
Un V6 typé moto pour une conduite différente
Cette performance modeste s'explique par son V6 2,0 l de 180 chevaux délivrant 187 Nm de couple à 6 500 tr/min, une architecture moteur plus proche d'une grosse moto sportive que des GT traditionnelles. Ce moteur, assemblé chez Fiat à Turin et partagé avec la Fiat Dino (annoncée à 160 chevaux), privilégie les montées dans les tours et la sonorité, au détriment des sensations de catapulte. Rapidement, la 206 GT cédera la place à la 246 GT, mieux servie en couple et en vitesse de pointe. Mais la petite Dino, tout comme la 208 GTB, restera l'une des Ferrari les moins prompes à accélérer, et paradoxalement parmi les plus attachantes à évoquer.
Au final, ces Ferrari atypiques prouvent que la légende de Maranello ne se résume pas à la brutalité et au chrono, mais puise aussi sa richesse dans ces audaces et compromis qui intriguent et fascinent encore les passionnés.


