Mercedes-AMG CLE 646 Spezialanfertigung : le V8 n’est pas mort !
par Nicolas Fourny le 3 novembre 2026Ces derniers temps, comme d’autres fabricants de GT et de voitures de sport, Mercedes-AMG semble se trouver à la croisée des chemins. Entre électrification massive de l’offre, qui n’est pas toujours bien acceptée par les amateurs, et préservation d’une identité longuement forgée sur la base de « vrais » moteurs à la tessiture avantageuse, le chemin à suivre ressemble beaucoup à une ligne de crête. Ainsi, l’abandon du V8 sur les Classe C, E et CLE labellisées AMG avait pu décontenancer une bonne part de la clientèle fidèle de la marque. Alors rassurez-vous, le huit-cylindres revient… mais malheureusement, il n’y en aura pas pour tout le monde !

La grande époque
Jadis, les choses étaient simples et compréhensibles par à peu près n’importe qui. Quand AMG sortait un modèle particulièrement épicé, il portait l’appellation Black Series. Ce sont d’ailleurs aujourd’hui d’authentiques collectors, comme par exemple la très sulfureuse SL 65 AMG à toit fixe commercialisée à 351 exemplaires en 2008 et 2009. En ce temps-là, AMG appliquait sans sourciller le paradigme fixé depuis des temps immémoriaux par les Américains : « rien ne remplace les centimètres-cubes ». Et la course à la puissance à laquelle se livraient sans vergogne les constructeurs allemands ne lésinait pas non plus sur le nombre de cylindres, de sorte que l’officine sise à Affalterbach put exercer ses talents aussi bien sur des V6 que des V8 ou des V12 – sans oublier l’atypique et controversé cinq-cylindres Diesel de la C 30 CDI…
Le cercle des cylindres disparus
Mais toutes les bonnes choses ayant une fin, la transition écologique est passée par là et AMG s’est peu à peu pliée aux exigences du politiquement correct. On a ainsi vu disparaître l’attachant V8 4 litres biturbo de la C 63 AMG au profit d’un vulgaire « quatre pattes » hybridé, issu en droite ligne de la Classe A et qui n’avait d’autre argument qu’une puissance nominale certes impressionnante sur le papier, mais qui souffrait d’un net déficit de charisme par rapport à sa devancière. De son côté, le coupé CLE, qui est une sorte de CLK contemporaine – comprenez par-là que l’auto ressemble à un coupé Classe E tout en reposant sur les substrats de la Classe C –, a ensuite reçu, sans doute afin de consoler les amateurs, une très intéressante déclinaison 53 AMG, animée par un valeureux six-cylindres de 449 chevaux…

De six à huit
Certes, on reste assez loin du V8 en termes de sensations, mais au moins l’engin présente une physionomie en pleine adéquation avec ses chronos et, par-dessus le marché, épargne à son conducteur la corvée de la recharge – ce à quoi, d’ailleurs, très peu d’utilisateurs de véhicules hybrides rechargeables s’astreignent, mais c’est là un autre débat. Dans un mélange de résignation et d’enthousiasme (après tout, la CLE 53 demeure dans l’absolu une machine tout à fait sympathique à mener), les nostalgiques des anciens coupés Classe C à moteur huit-cylindres avaient fini par faire plus ou moins leur deuil et s’attendaient à ce que le coupé à l’étoile ne pousse pas la plaisanterie plus loin. Que nenni : sans crier gare, voici que Mercedes-AMG semble de nouveau céder à ses vils penchants d’autrefois et s’est décidé à donner naissance à une variante « extrême » de la bourgeoise CLE (laquelle, rappelons-le, est également disponible avec un quatre-cylindres Diesel…). Le résultat, vous l’avez sous les yeux. Et regardez bien cette auto, car vous aurez plus de chance de la voir en photo que sur la route, étant donné que sa production ne dépassera pas les trente exemplaires. Ce qui, là aussi, s’inscrit bien dans la défunte tradition des Black Series – des voitures bien plus onéreuses que leurs matrices et construites en séries (très) limitées, ce qui garantit à leurs acquéreurs le maintien de cotes élevées, là où certaines AMG un peu trop répandues finissent par devenir trop accessibles et subissent alors une forme de déchéance.
À vos souhaits
Voilà qui ne risque pas d’arriver à la CLE 646 Spezialanfertigung, terme à peu près imprononçable pour les non-germanophones et qui signifie littéralement « fabrication sur mesure » – ce qui signifie bien qu’on s’éloigne des triviaux rivages de la confection. De fait, la Spezialanfertigung ne sera jamais confondue avec une CLE 200 de base. Avec sa carrosserie encore plus hypertrophiée que celle de la 53, son faciès menaçant et son aileron digne d’un prototype destiné à courir au Mans, l’auto ne fait pas dans la dentelle, en phase avec les 646 chevaux (vous l’aviez deviné) du V8 M177. Lequel existe toujours dans l’AMG GT et dans le roadster SL. Tout était donc disponible sur l’étagère, mais la 646 pousse délibérément plus loin tous les curseurs. D’abord parce que son V8 dispose d’un vilebrequin à plan plat, ce qui réduit les masses en rotation et favorise les hauts régimes, même si le couple de 850 Nm est disponible de 2500 à 4500 tours/minute. De surcroît, la CLE ainsi gréée abandonne la transmission intégrale de la 53 – c’est toujours ça de gagné en termes de poids, et cela facilite certaines postures récréatives, à réserver toutefois à une utilisation sur circuit. Ce qui ne devrait pas effrayer outre mesure une machine qui, a priori, a davantage l’air d’être calibrée pour la compétition que pour un usage routier. On en a la confirmation en découvrant l’habitacle, qui reprend les recettes d’allègement habituelles : suppression des sièges arrière, insonorisation réduite et système audio simplifié.

Post-scriptum : on peut toutefois regretter qu’AMG ait pris le parti d’un tel niveau d’exclusivité. À notre connaissance, la 646 Spezialanfertigung, deuxième rejeton de la très confidentielle lignée Mythos, n’annonce pas une autre CLE V8 intégrée à la gamme « courante » (si l’on ose écrire). Il n’en reste pas moins que le pedigree de ce collector en puissance a de quoi séduire les plus exigeants. Surtout lorsqu’ils prendront conscience que l’actualité d’AMG est avant tout électrique ces derniers temps, et que cette CLE paroxystique, dont le prix n’a pas été communiqué, est sans doute la dernière représentante du genre…



Nicolas Fourny


