Fiat Pandina Tributo Autobianchi : on en mangerait !
par Nicolas Fourny le 30 octobre 2026Depuis quelque temps, des rumeurs insistantes faisaient état d’un possible retour du label Autobianchi, occis par Fiat Auto en 1995. Las, c’est finalement sur une simple version haut de gamme de l’actuelle Pandina que revient la marque si chère au cœur des collectionneurs. Mais si l’opération menée par Stellantis dans le cas d’espèce fleure davantage l’opportunisme que le respect de l’héritage, que cela ne nous empêche pas de poser un regard attendri sur l’objet…

Anatomie d’un laboratoire
Créée en 1955 à l’instigation du petit constructeur Bianchi, associé à Fiat et à Pirelli pour la circonstance, Autobianchi a longtemps servi de laboratoire au géant turinois, avant que ce dernier n’en prenne totalement le contrôle en 1970. Ainsi, c’est sous ce label qu’ont été commercialisées les premières tractions du groupe, avant que Fiat, en tant que marque, ne franchisse à son tour le Rubicon en adaptant ce principe pour ses 128 et 127. Par la suite, en dépit d’un catalogue circonscrit à un seul modèle, Autobianchi parvint, durant plus de vingt ans, à préserver un statut de marque un peu « à part ». Car le modèle en question n’était autre que la fabuleuse A112, construite de 1969 à 1986 à plus de 1,2 million d’exemplaires !
L’A112, voiture culte
Déclinée en de multiples variantes, dont la cultissime Abarth, l’A112 avait tout pour elle. Idéale en ville avec ses 3,23 mètres de long, elle se signalait avant tout par un design à la fois élégant et jovial, ainsi que par des moteurs dont la pétillance s’alliait à merveille avec le poids contenu de l’auto. La petite Autobianchi prodiguait ainsi un plaisir de conduite inversement proportionnel à sa taille comme à sa cylindrée, qui n’excéda jamais les 1049 cm3. En somme, c’était une petite Italienne comme on les aimait, de celles qui n’ont pas besoin d’un déferlement arrogant de chevaux pour donner le sourire à leur conducteur. Malheureusement, la suite fut moins glorieuse pour la petite firme, dont l’Y10, présentée en 1985, ne retrouva jamais la popularité de sa devancière.

Trente ans après
Produite jusqu’en 1995, l’Y10 joua en fait le rôle peu enviable de fossoyeur pour Autobianchi, qui disparut peu à peu en tant que marque de la plupart des marchés, son unique modèle étant dorénavant badgé Lancia, sauf en France et en Italie. Selon les registres transalpins, c’est toutefois en octobre 1996, il y a donc exactement trente ans à l’heure où ces lignes sont écrites, que la toute dernière Y10 a été immatriculée. Un excellent prétexte pour une commémoration, et les dirigeants actuels de Fiat n’ont pas hésité à s’en saisir, d’une façon un peu particulière cependant. Car, ainsi que l’on pouvait s’en douter, il n’est pas question de relancer Autobianchi en tant que telle, Stellantis ayant déjà fort à faire pour administrer correctement son portefeuille de quatorze marques, dont toutes ne sont pas au mieux de leur forme, à commencer par Lancia. Pour autant, vous pourrez bientôt faire de nouveau l’acquisition d’une Autobianchi neuve, par l’un de ces tours de passe-passe dont le marketing a le secret. Enfin, pas tout à fait, car en guise de résurrection, vous devrez vous contenter d’un déguisement. L’accoutrement est plutôt réussi, certes, mais l’opération se résume en réalité au rhabillage d’un modèle déjà ancien, en jouant sur la fibre nostalgique d’une partie de la clientèle.
Une vraie Autobianchi ?
Le tout en s’efforçant de rehausser l’image très populacière de la Pandina, laquelle n’est autre que la Panda de troisième génération, apparue en 2011, et rebaptisée afin de ne pas être confondue avec la Grande Panda, établie pour sa part sur les médiocres substrats de l’actuelle Citroën C3. La Tributo Autobianchi vient donc couronner la gamme Pandina, sans aucune modification technique (vous devrez vous coltiner l’ineffable trois-cylindres FireFly de 65 chevaux), mais avec suffisamment de colifichets pour se rendre séduisante. De la sorte, vous pouvez choisir un toit et un hayon noirs, rappel direct des spécificités de l’Y10. De surcroît, l’auto arbore le logo Autobianchi au centre de ses jantes alliage à finition diamantée (eh oui…). On trouve aussi une inscription « Autobianchi » stylisée au bas des portes arrière, et la carrosserie peut être revêtue d’une teinte inédite, dénommée « Platino » et réservée à cette version. Quant à lui, l’habitacle témoigne également de plusieurs attentions, avec des écrans d’accueil affichant « Tributo Autobianchi » pour le bloc instrumental et l’infodivertissement. Enfin, vous pourrez vous installer dans des sièges dont les appuie-tête comportent eux aussi le logo Autobianchi. Le tout pour la modique somme de 20 250 euros sur le marché italien !

Post-scriptum : cet « hommage » à Autobianchi n’aurait pas vu le jour si Stellantis ne se trouvait sous la menace d’une loi italienne prévoyant la confiscation (puis la cession éventuelle) des marques automobiles inutilisées par leurs propriétaires depuis plus de cinq ans. Plutôt que de voir sa défunte filiale passer sous pavillon chinois, le groupe italo-franco-américain a donc préféré se livrer à cet émouvant bricolage, afin de préserver ses droits sur le label. Cela suffira-t-il à faire un collector de cette Pandina très spéciale ? Rien n’est moins sûr…




Nicolas Fourny
