
Il s’offre une Valkyrie à 3 millions d’euros et porte plainte après 441 km
Juin 2025. Un acheteur allemand d’Aston Martin Valkyrie assigne la marque en justice. Motif invoqué : défauts techniques répétés et bruit excessif au point de ne pas entendre une ambulance approcher. Trois millions d’euros investis en 2018, livraison en 2022, 441 kilomètres parcourus… et déjà un conflit juridique. Derrière l’affaire spectaculaire, une question plus profonde : peut-on reprocher à une hypercar d’être extrême ?
Une voiture née pour dépasser les limites
La Valkyrie n’est pas une supercar conventionnelle. Présentée initialement sous le nom AM RB 001, elle est le fruit d’un partenariat entre Aston Martin et Red Bull Advanced Technologies, avec Adrian Newey, architecte de multiples monoplaces championnes du monde en Formule 1. Son moteur est un V12 atmosphérique de 6,5 litres développé par Cosworth. Plus de 1 000 chevaux à lui seul. Régime maximal de 11 000 tr/min. Une assistance hybride porte la puissance totale à 1 176 ch. Le tout pour 1 355 kg environ. Pour situer le niveau, on parle d’un 0 à 100 km/h en environ 2,5 secondes et d’une vitesse de pointe supérieure à 350 km/h. La voiture a même servi de base au développement de la Valkyrie AMR LMH engagée en championnat du monde d’endurance. Nous ne sommes pas dans l’univers d’une GT civilisée. Nous sommes dans celui d’un prototype homologué route.
Un bruit si extrême qu’il faut des écouteurs
C’est peut-être le point le plus fascinant du dossier. Le V12 Cosworth est si bruyant que la voiture est livrée avec un système de micros extérieurs. Les sons ambiants sont captés puis retransmis dans des écouteurs portés par le conducteur afin qu’il reste conscient de son environnement. C’est inédit dans l’automobile de série. Selon le propriétaire, ces écouteurs auraient dysfonctionné lors d’un incident avec une ambulance en août 2024. Il affirme ne pas avoir entendu le véhicule prioritaire approcher. Sur le principe, cela choque. Dans les faits, cela révèle surtout le niveau sonore d’un moteur atmosphérique extrême tournant à des régimes proches de la compétition. Un V12 à 11 000 tr/min ne chante pas. Il hurle.
Les autres griefs techniques
Le plaignant évoque également une alerte de panne électrique peu après la livraison, des dommages liés au transport vers l’atelier, ainsi qu’un problème avec le système dit Rocket Locker. Ce dispositif maintient la pression hydraulique de la suspension lorsque la voiture reste immobilisée, afin d’éviter qu’elle ne s’affaisse. Selon ses déclarations, la suspension se serait abaissée malgré tout. Aston Martin rétorque que ces éléments relèvent des spécificités d’un véhicule à très haute performance nécessitant un entretien spécialisé. C’est un point clé. Une hypercar comme la Valkyrie fonctionne dans des tolérances extrêmement serrées. Gestion thermique, calibrations hybrides, électronique embarquée complexe. Ce n’est pas une sportive de grande diffusion.
441 kilomètres en trois ans
Ce chiffre mérite qu’on s’y attarde. 441 kilomètres depuis 2022. Cela signifie que la voiture a roulé très peu. Or, les mécaniques de ce type supportent mal l’inactivité prolongée. Les batteries haute tension, les systèmes hydrauliques, les calculateurs, tout cela nécessite une mise en route régulière. Une hypercar n’est pas un tableau accroché au mur. C’est une machine conçue pour fonctionner. Aston Martin refuse pour l’instant le remboursement et rappelle qu’une éventuelle reprise inclurait une retenue de 55 000 livres pour les kilomètres parcourus. La marque conteste également la juridiction allemande, le contrat stipulant un règlement au Royaume Uni. Le bras de fer est autant technique que juridique.
L’extrême a un prix
Ce dossier me semble révélateur d’un malentendu moderne. Nous voulons des voitures toujours plus radicales, plus proches de la compétition, plus exclusives. Mais nous attendons en parallèle le confort d’usage et la fiabilité d’une berline premium. La Valkyrie est une machine née d’une logique d’ingénieur, pas d’une logique de compromis. Peut-on lui reprocher d’être bruyante quand son ADN repose sur un V12 atmosphérique libre de toute contrainte d’insonorisation excessive ? Peut-on exiger d’elle la douceur d’une GT quand elle a été conçue comme un laboratoire roulant pour l’endurance ? L’affaire suivra son cours devant les tribunaux.