
Jusqu’à il y a peu, la Toyota Yaris n’avait guère de chances d’émouvoir les conducteurs sportifs. Si l’on met de côté la très confidentielle GRMN présentée en 2017, les timides déclinaisons baptisées « TS » (pour Toyota Sport), qui avaient égayé la gamme des deux premières générations du modèle, ont disparu depuis belle lurette pour laisser la place à des déclinaisons hybrides, spécialité du constructeur japonais, aussi excitantes qu’un bol d’eau tiède. On en était là lorsque le département GR de la firme (pour Gazoo Racing) a décidé de remettre le couvert, mais à un tout autre niveau. C’est bien simple : la GR Yaris – telle est sa dénomination officielle – ne connaît aucune rivale. La sophistication de sa fiche technique, inusitée à ce niveau de gamme, ses qualités routières et ses performances chiffrées la hissent au niveau de sportives bien plus prestigieuses. Voici le portrait d’une machine aussi exotique que séduisante…



Sans rivale
Chacun a pu le constater, celles que l’on appelait autrefois les « mini-bombes » sont mortes, assassinées à petit feu par les normes de dépollution et les malus « écologiques » délirants ; à l’heure où ces lignes sont écrites, seule la VW Polo GTi continue de faire de la résistance, mais son acte de décès est d’ores et déjà rédigé. Et, de toute façon, ses ressources la situent plusieurs degrés en-dessous de la GR Yaris – un modèle si atypique qu’il en devient inclassable. C’est bien simple : pour retrouver, dans les annales, un tel niveau de puissance sous le capot d’une citadine, il faut remonter à la très caractérielle Renault Clio V6, dont le moins qu’on puisse dire est qu’elle n’a pas laissé que de bons souvenirs… Et, en l’espèce, la philosophie retenue par Gazoo Racing s’avère très différente de tout ce que nous avions connu jusqu’alors.
La surprise de Tokyo
Si quelques amateurs éclairés se souviennent encore de l’éphémère Yaris GRMN, développée sur la base de la troisième génération du modèle et construite à seulement six cents exemplaires, cette version, déjà épicée puisque faisant appel à un 1,8 litre à compresseur développant 210 chevaux, n’était pourtant qu’un zakouski en comparaison de ce qui allait suivre. Car, au début de 2020, c’est-à-dire quelques mois après la commercialisation de la Yaris de quatrième génération, Toyota présente la première GR Yaris dans le cadre du Salon de Tokyo ! Une variante inattendue, dont les caractéristiques s’éloignent résolument de celles de ses sœurs de gamme, voitures de ville sans histoire dont les vertus cardinales concernent la fiabilité et les économies de carburant.

Née de la course
Rien de tel avec la Yaris revue à la sauce GR qui, à la vérité, s’inspire très directement des solutions retenues pour la version « course » de l’auto conçue pour le championnat du monde des rallyes. Pourtant, la GR Yaris ne s’éloigne pas autant de sa matrice que la Renault 5 Turbo ou la Peugeot 205 Turbo 16 en leur temps, par exemple ; ici, le moteur (toujours un trois-cylindres) reste implanté à l’avant, ce qui permet de conserver les places arrière, ainsi qu’un coffre digne de ce nom. Bien sûr, nous objectera-t-on à juste titre, là ne sont pas les principales motivations d’achat d’un tel engin… Car c’est confortablement installé dans un siège baquet digne des meilleures réalisations que le conducteur sportif peut apprécier le package d’une voiture dont la fiche technique se révèle, elle aussi, très au-dessus du lot. Le trois-cylindres n’a pas grand-chose à voir avec ses congénères chargés de déplacer les Yaris ordinaires ; gavé par un turbocompresseur, il développe, en toute simplicité, 261 chevaux atteints à 6500 tours/minute, tandis que le couple maximal s’établit à 360 Nm dès 3000 tours. Une puissance de surcroît transmise aux quatre roues par l’intermédiaire d’un embrayage multi-disques et – ça devient rarissime ! – d’une boîte manuelle à six rapports.
Une sportive pure et dure déguisée en petite voiture
Ce n’est pas tout : la répartition du couple peut être modulée au choix du pilote, pouvant ainsi passer de 60/40 (en mode Normal) à 30/70 (en mode Sport), cette dernière étant privilégiée par les amateurs de drift. Au volant, le bilan est extrêmement flatteur pour la petite Japonaise, capable de procurer beaucoup de plaisir grâce à une structure très rigide, des trains roulants de très bonne qualité (l’essieu arrière est bien entendu spécifique), la sophistication de sa transmission et, bien entendu, les capacités de sa mécanique. Au reste, même si le modèle demeure immédiatement identifiable, la carrosserie (qui ne compte que trois portes) ne partage pratiquement aucun élément avec les Yaris « civiles », proposées quant à elles exclusivement en cinq portes. Plus large de 6 centimètres et plus basse de 4,5 centimètres, la GR arbore par ailleurs des boucliers spécifiques au design agressif qui ne laissent aucun doute quant à sa vocation. À l’automne 2025, le modèle a bénéficié d’une puissance accrue (280 chevaux désormais) et de diverses modifications destinées à en améliorer encore l’efficacité (direction plus précise, amortisseurs recalibrés), en sus d’un mobilier de bord inédit. Toujours disponible en neuf à partir de 52 000 euros (hors malus), la GR Yaris est accessible, en occasion, à partir de 35 000 euros environ. Sans doute l’un des meilleurs rapports prix/plaisir de conduite du moment !



