Mercedes Maybach GLS 680 : une Range Rover à l’allemande
par Nicolas Fourny le 25 septembre 2026Rivaliser avec la Range Rover, beaucoup en rêvent depuis longtemps. Bien qu’elle ne soit pas dépourvue de défauts, l’aristocrate britannique survole sa catégorie depuis ses origines, il y a 56 ans déjà. Et n’a cessé, depuis lors, de gagner en raffinement – jusqu’à se retrouver capable de rivaliser avec les plus prestigieuses limousines. Avec sa classe GL, puis GLS, Mercedes a lui aussi tenté sa chance, poussant sans cesse plus loin les curseurs du luxe superfétatoire afin de démontrer que les Anglais n’étaient pas les seuls à pouvoir revendiquer une légitimité dans ce sous-segment de marché. La récente itération Maybach en constitue tout à la fois l’illustration la plus récente et la plus opulente !


L’avenir du luxe ?
Bien sûr, cette offensive feutrée recèle de multiples arrière-pensées. Les ventes de berlines s’essoufflent de plus en plus au profit des SUV, et ce phénomène n’épargne pas la Classe S, l’usine de Sindelfingen, le site historique de production des S-Klasse, ayant même dû récemment réduire les capacités de la Factory 56, l’atelier dédié à la plus grande berline de la firme… Dans ces conditions, renforcer la crédibilité du plus grand des Sport Utility Vehicles maison en tant qu’authentique voiture de luxe prend tout son sens. (On notera au passage que la notion de « sport » semble totalement déplacée, s’agissant d’un tel mastodonte.) Quoiqu’il en soit, les clients prêts à débourser plus de 200 000 euros dans une automobile sont désormais nombreux à lorgner du côté de ces grands breaks hauts sur pattes et qui ne quittent que rarement le goudron, même s’ils en auraient les capacités.
Le GL avant le GLS
Chacun aura remarqué que c’est précisément là le portrait-robot de la Range Rover, mais aussi du Bentley Bentayga, de l’Aston Martin DBX et du Rolls-Royce Cullinan – liste à laquelle nous n’ajouterons ni le Ferrari Purosangue, ni le Lamborghini Urus, dont le typage est avant tout sportif, en dépit d’un poids qui reste démesuré. Pour sa part, quand le Mercedes GL de première génération a été commercialisé, en 2006, les ambitions du modèle étaient bien plus modestes qu’aujourd’hui. Il faut se rappeler qu’au départ, l’auto avait pour mission de remplacer le mythique G-Wagen, qui avait déjà atteint un âge respectable à l’époque. Mais en cours de route, les plans de Mercedes évoluèrent, et le GL apparut finalement pour ce qu’il était, c’est-à-dire un ML W164 copieusement rallongé.


Un long apprentissage
Exclusivement construit, comme sa matrice, dans l’usine Mercedes de Tuscaloosa, en Alabama, le GL-Class semblait plus adapté aux highways de sa patrie d’adoption qu’aux rues étroites des villes européennes, où ce genre d’engin allait être de moins en moins le bienvenu, certains imbéciles militants allant jusqu’à dégonfler les pneus de tout ce qui ressemblait de près ou de loin à un véhicule tout-terrain. Il faut dire que l’engin s’apparentait davantage à un bus de ramassage scolaire qu’à un break compact. Bien équipé et pouvant être notablement enrichi grâce au traditionnel et épais catalogue d’options mis à la disposition de la clientèle, le GL n’obtient cependant que du dédain de la part des amateurs de Range Rover, lesquels le considèrent, au mieux, comme un véhicule familial destiné aux parvenus californiens ou texans dépourvus de goût. Puis, au fil des générations, vint l’embourgeoisement progressif du modèle, qui commença avec la nouvelle dénomination « GLS » en 2015 ; à quoi s’ajouta une version AMG puis, en 2021, une première exécution Maybach.
Le luxe n’est pas le prestige
Présenté en 2019 et récemment restylé, l’actuel GLS dérive toujours du GLE (appellation ayant pris la suite du ML il y a onze ans, et si vous trouvez que la nomenclature Mercedes est difficile à suivre, c’est tout à fait normal). Mais le plus gros SUV de la firme à l’étoile fait tout ce qu’il peut pour s’en émanciper, et le dernier GLS 680 Maybach en constitue le témoignage le plus abouti. Avec un tarif commençant à exactement 216 851 euros à l’heure où ces lignes sont écrites, l’auto peut néanmoins pousser la plaisanterie beaucoup plus loin puisque, selon le configurateur de la marque, le GLS ainsi gréé peut allègrement dépasser les 320 000 euros si vous cochez toutes les options possibles. Nous allons vous épargner la liste exhaustive des équipements, un article entier n’y suffirait pas ; sachez toutefois qu’aucun raffinement n’a été négligé et qu’en soi, avec son V8 biturbo de 612 chevaux et un couple monumental de 850 Nm, les 2,8 tonnes de l’engin (à vide, cela va de soi) s’arrachent sans coup férir, Mercedes revendiquant un 0 à 100 km/h abattu en 4,5 secondes !

Post-scriptum : en définitive, le problème de Mercedes est toujours le même. Une puissance superfétatoire, une ingénierie de haut vol et des équipements de grand luxe (on peut même obtenir des flûtes à champagne) suffisent-ils à égaler le prestige d’une Bentley ou d’une Rolls-Royce quand, sous le même logo, on trouve aussi des Classe A à 40 000 euros ? Par surcroît, ressuscité en 2002, le nom « Maybach » ne parle toujours pas à grand monde, même si la firme allemande ne ménage pas ses efforts pour en renforcer la notoriété…



Nicolas Fourny


