Personne n'imaginait que cette collection de Ferrari et d'Alfa Romeo partirait à ces prix-là
Avec quelques mois de recul, la vente de la collection Fritz Neuser apparaît comme un moment plus nuancé qu’annoncé. Sur le papier, tout semblait réuni pour séduire les amateurs : des Ferrari, des Alfa Romeo, une Lancia attachante, des raretés, aucune voiture avec prix de réserve et surtout le parcours d’un homme ayant consacré une grande partie de sa vie à l’automobile italienne. Fritz Neuser parlait lui-même de cette collection comme du travail d’une vie, mais les enchères ont rappelé que l’émotion ne suffit plus toujours à faire grimper les prix.
1Une vente complète, mais moins flamboyante que prévu
Le 15 mars 2026, Artcurial a proposé à Paris une large partie de la collection personnelle de Fritz Neuser. Aucun lot automobile n’est resté invendu. Dans le monde des enchères, on parle alors d’une vente à guants blancs, un résultat toujours flatteur pour une collection aussi personnelle.
Derrière cette réussite apparente, les chiffres racontent pourtant une histoire plus froide. Selon l’analyse détaillée publiée par Il Parcheggio, 77 % des voitures ont été adjugées sous leur estimation basse, avec un écart moyen d’environ 25 %. Les acheteurs étaient bien là, mais ils ont refusé de payer n’importe quel prix. Le total des estimations basses atteignait 4.028.000 euros, tandis que les estimations hautes montaient à 5.784.000 euros. Le montant réel des ventes s’est établi à 4.006.230 euros. Grâce à quelques beaux résultats, le vendeur sauve donc une opération correcte, mais l’ensemble reste loin de l’euphorie que l’on pouvait imaginer.
2Ferrari domine encore, sans tout emporter
La voiture la plus chère de la journée fut la Ferrari 365 GTB/4 Daytona de 1970. Son état remarquable, sa couleur rare et les importants travaux réalisés en Italie sous la supervision de Fritz Neuser ont joué en sa faveur. Elle a été adjugée 602.000 euros, frais inclus.
D’autres Ferrari ont confirmé l’attrait persistant du Cavallino. La 365 GT4 BB de 1975 a atteint 367.220 euros. La 575 Superamerica de 2006, équipée du pack HGTC, a été vendue 355.180 euros. La 308 GTB Vetroresina, recherchée pour sa carrosserie en polyester et sa certification Ferrari Classiche, a trouvé preneur à 176.988 euros.
Mais toutes les Ferrari n’ont pas déclenché la même fièvre. La 512 BBi de 1983, estimée entre 220.000 et 260.000 euros, s’est arrêtée à 180.600 euros. La Ferrari Roma de 2021, trop récente et déjà présente sur le marché de l’occasion, n’a pas non plus provoqué de duel spectaculaire, avec une adjudication à 144.480 euros.
Le constat est limpide. Un blason Ferrari reste puissant, mais il ne suffit plus à lui seul. Les collectionneurs paient cher lorsque la configuration, l’état, la traçabilité ou la rareté apportent une vraie différence. Le reste se discute.
3Alfa Romeo, le cœur sentimental de la collection
L’histoire de Fritz Neuser ne se limite pas à Ferrari. Avant de vendre des modèles de Maranello, il a été profondément lié à Alfa Romeo. Cette relation allait même jusqu’à la création d’une petite série spéciale sur base Spider.
L’Alfa Romeo 2L Auto Neuser Breitspider de 1987, produite à l’époque par sa propre entreprise en série limitée, a été vendue 30.100 euros. Ce résultat paraît cohérent pour une voiture plus attachante que spéculative, qui raconte bien l’esprit d’un concessionnaire capable de transformer une difficulté commerciale en projet original.
Plus prestigieuse, l’Alfa Romeo GTAm de 1970, authentifiée et accompagnée de certificats Alfa Romeo, a atteint 201.068 euros. La somme reste importante, mais inférieure aux attentes les plus hautes. Même une Alfa aussi désirable doit désormais convaincre par son état, son authenticité et son historique.
4Une Zagato presque raisonnable
L’une des opportunités les plus intéressantes de la vente était peut être l’Alfa Romeo GT 1300 Junior Zagato de 1972. Estimée entre 45.000 et 65.000 euros, elle a finalement été adjugée 38.528 euros. Ce prix surprend d’autant plus que la voiture avait bénéficié de 20.000 euros de travaux récents réalisés par la Scuderia Auto Neuser. Pour un modèle signé Zagato, produit en nombre limité et doté d’une vraie personnalité, le montant paraît presque sage.
À l’inverse, l’Alfa Romeo Giulia Spider 1600 Veloce de 1965 a souffert d’un détail majeur. Son moteur n’était plus celui d’origine. Malgré une restauration soignée, elle n’a atteint que 48.160 euros, alors que son estimation basse était fixée à 70.000 euros. Dans cette catégorie, l’authenticité pèse très lourd. Une belle restauration peut séduire, mais elle ne remplace pas une mécanique conforme à l’origine.
5La Lancia Fulvia rappelle que le plaisir reste accessible
Parmi les italiennes les plus charmantes de la collection, la Lancia Fulvia 1.3 Sport de 1971 méritait une vraie attention. Elle se présentait dans un bel état d’origine, avec une carte d’identité ASI et seulement 25.120 km indiqués. Estimée entre 15.000 et 25.000 euros, elle a été vendue 14.448 euros, frais inclus. Aucun record ici, mais peut être l’une des autos les plus séduisantes pour qui cherche une italienne de caractère sans entrer dans des budgets déraisonnables.
Cette Fulvia rappelle aussi que la passion automobile ne vit pas seulement à travers les Ferrari à plusieurs centaines de milliers d’euros. Certaines voitures plus modestes offrent encore une vraie saveur, avec une histoire, une ligne et une conduite qui parlent aux amateurs.
6De Tomaso rassure, Sbarro inquiète
La De Tomaso Pantera GT5S de 1988 s’en est plutôt bien sortie. Vendue 198.660 euros, elle a légèrement dépassé son estimation basse. Son état d’origine, sa documentation et sa configuration ont clairement rassuré les acheteurs. Les créations Sbarro ont connu un sort plus délicat. La Sbarro Alcador GTB, pièce unique construite sur base de Ferrari 360 Modena, a été adjugée 138.460 euros, loin de son estimation comprise entre 180.000 et 260.000 euros.
La Sbarro Alcador Roadster, basée sur une Ferrari Testarossa et estimée jusqu’à 400.000 euros, a fait encore moins bien avec un résultat final de 132.440 euros. Ces voitures sont rares, parfois uniques, mais cette rareté peut aussi faire hésiter. Sans marché de référence clair, les acheteurs avancent avec prudence. Une voiture très atypique peut fasciner, mais elle peut aussi devenir difficile à valoriser.
7Une collection vendue, un marché plus exigeant
La vente Fritz Neuser laisse donc une impression contrastée. D’un côté, toutes les voitures ont changé de mains. De l’autre, la majorité des lots a été vendue sous les estimations, ce qui en dit long sur l’état actuel du marché des anciennes.
La collection avait pourtant de solides arguments : une histoire humaine forte, une orientation très italienne, des Ferrari importantes, des Alfa Romeo rares, une Lancia attachante et plusieurs modèles au pedigree intéressant. Mais les collectionneurs ont trié avec méthode. Ils ont récompensé les voitures les plus cohérentes, les mieux documentées et les plus désirables. Ils ont sanctionné les modèles trop récents, trop modifiés, trop particuliers ou simplement trop ambitieux dans leur estimation.
La vidéo placée sous l’article revient justement sur l’analyse complète de cette vente et sur les écarts entre les attentes initiales et les résultats obtenus. La collection Fritz Neuser a bien été dispersée dans son intégralité, mais elle a surtout rappelé qu’en 2026, même une vie de passion ne garantit plus des enchères déraisonnables.
