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Road Trip en Peugeot 205 : retour aux sources

PAUL CLÉMENT-COLLIN - 8 mars 2019

En 1982, Peugeot sauvait sa peau grâce à un nouveau modèle à forts volumes, un sacré numéro signé Gérard Welter, la 205. Plombée par la crise de 1979 et le rachat malheureux de Chrysler Europe, PSA jetait toutes ses forces dans la bataille pour repartir de l’avant, menée par un nouveau PDG, Jacques Calvet. Plus de 30 ans plus tard, le scénario diffère mais on peut trouver quelques similitudes : en 2012, PSA frôlait la faillite, se redressant in extremis grâce à l’arrivée d’un nouveau patron, Carlos Tavares, mais aussi au travail initié en amont par ses prédécesseurs et à un tout nouveau modèle à succès, la 308. 5 ans après, Peugeot enchaîne les succès (3008 notamment), réussissant même à reprendre puis à redresser Opel, et renouvelle enfin son best-seller, la 208. C’est dans cette logique de filiation évidente que Peugeot, à l’occasion de la présentation de son nouveau modèle, nous a invité à profiter de sa glorieuse aînée pour un road-trip de l’usine de Mulhouse jusqu’au salon de Genève.

Certains auraient pu dire, en descendant du train par un temps gris et humide, que « Mulhouse, c’est la loose ». Pourtant, quelques kilomètres plus loin, le sourire revenait : garées sur le parking, une douzaine de 205 attendaient journalistes français ou étrangers, comme à la parade et dans un état proche du neuf. Pour notre groupe, 5 modèles sont à disposition : une Champion, série spéciale d’entrée de gamme, une Lacoste, première déclinaison un peu luxueuse de la petite lionne, une CTI, version cabriolet fabriquée par Pininfarina, une Rallye (la sportive pure et dure à l’ancienne) et le Graal pour tout amateur éclairé, une très rare i16v réalisée par le préparateur allemand Gutmann. Avouez qu’il y a pire comme sélection !

La 205 Rallye, « c’est musclé ».

Avant le départ, Xavier Crespin, directeur de l’Aventure Peugeot, co-organisatrice de l’événement avec Peugeot, me glisse à l’oreille : « tu vas voir, la Rallye, c’est musclé ». En effet, les 103 chevaux du TU24 1.3 à deux carburateurs double corps Weber sont bien présents, tandis que la voiture est vive, monte dans les tours, mais se passe de freinage : il faut quelques kilomètres pour comprendre que les freins ne commencent à s’actionner qu’en bout de course, sans grand mordant. Pour compenser, frein moteur et anticipation sont obligatoires, sans quoi la CTI qui me devance risque gros. Par chance, les premiers contreforts du Jura permettent de profiter pleinement de la voiture, la pente ascendante servant de frein naturel au lâcher d’accélérateur et obligeant à faire monter dans les tours le petit « treize cents » sans danger. Rageur, bruyant, il entraîne la caisse légère de la 205 à bon rythme, mais je suis surpris par l’étonnant confort de la Rallye, malgré un équipement spartiate et des réglages typés « sport » comparés à une 205 « de base ».

A son volant, je comprends mieux pourquoi la Rallye fait toujours autant fantasmer. Avec elle, on est dans la lignée des voitures « d’apprentissage » comme l’ont été chez Renault la 8 Gordini, puis la 12 éponyme, chez Simca la 1000 puis chez Talbot la Samba Rallye : des voitures brutes de décoffrage, dépourvues du superflue, faites pour « apprendre » la conduite sportive. Pas besoin de puissances énormes ni de sophistication, retour aux fondamentaux : alors que la GTI s’offre l’injection depuis 1984, la Rallye (sortie 4 ans plus tard) revient aux bons vieux carbus. A propos de GTI, il est l’heure d’en tester une justement… Enfin pas tout à fait.

Découvrir l’histoire de la Peugeot 205 rallye ici

Au volant de la rare 205 i16v Gutmann

Face à nous, la 205 ressemble à une GTI 1.9 normale et ses 130 chevaux. Mais en passant à l’arrière, le logo i16v rouge indique au spécialiste qu’il s’agit d’une toute autre voiture. Si la base est la même, cette Gutmann préparée en Allemagne s’avère différente : ligne d’échappement spécifique, suspensions surbaissées, mais surtout un moteur de 405 Mi16 légèrement gonflé lui offrant 160 chevaux. D’entrée de jeu, le caractère de la bête s’exprime dans un tout autre registre que celui de la Rallye. Les 160 chevaux passent sans problème malgré le poids plume, mais ils sont moins rageurs que les 103 de la Rallye. Ici, plus de couple, plus de souplesse et surtout plus de modernité : l’i16v pousse tout le temps. Les petites routes du Jura permettent de s’amuser tout en restant dans les limites légales françaises ou suisses. La voiture pousse sans effort malgré l’angle de la pente sans forcément avoir besoin de rétrograder.

Découvrir l’histoire de la Peugeot 205 i16v Gutmann ici

Tout le contraire de la 205 suivante, la Champion, une version d’entrée de gamme dotée du 1100 cm3 de 50 chevaux heureusement accouplé à une boîte 5 vitesses. Avec elle, que de la gueule : déco sportive, mais rien dans le ventre, a priori. Car finalement, elle ne s’en sort pas si mal dans la montagne et devient amusante à devoir jouer de la boîte pour arriver à garder une vitesse correcte en montée. Bon, il faut se rappeler ses fondamentaux à l’heure du démarrage en côte, mais elle réussit malgré tout à s’insérer dans la circulation des autoroutes suisses sans soucis, tant qu’on ne lui demande pas de monter à 130 km/h, les 110 semblant être sa vitesse idéale.

De la sobre Champion aux chics Lacoste et CTI

Etrangement, la Lacoste avec son 1400 cc et ses 10 chevaux de plus ne semble pas plus alerte. En revanche, côté look, c’est autre chose : un superbe blanc Meije en carrosserie comme sur les jantes, les crocos discrets mais visibles, l’intérieur mêlant habilement le blanc et le vert, la Lacoste initiait pour une série limitée le partenariat à venir avec Roland Garros et le concept d’une petite citadine chic. L’équipement est complet : toit ouvrant, fermeture centralisée des portes, vitres électriques, volant type « GTI », la Lacoste sans tomber dans le luxe des Gentry (et de la Supercinq Baccara) faisait le job dans les beaux quartiers.

Dernière voiture avant Genève, la 205 CTI. Un peu comme la Volkswagen Golf Cabriolet GLI (voir vidéo ici), la CTI n’est pas tout à fait une GTI décapotable. Si le moteur est bien le 1.6 de 115 chevaux, la voiture n’en est pas pour autant une sportive. Malgré son arceau, elle perd un peu en rigidité, mais surtout conserve ses trains roulants de 205 « normale ». Du punch donc, mais sans pour autant offrir toutes les sensations de ses sœurs vitaminées GTI 1.6 ou 1.9. Malgré tout, la route vers Genève se fait à bon rythme et la CTI se montre agréable à conduire malgré les bouchons aux abords de Palexpo et du « Geneva International Motor Show ».

Découvrir l’histoire des Peugeot 205 Cabriolet ici.

La descendante de la 205, la nouvelle 208

« Alors t’as aimé ? » me dit le soir même Jean-Philippe Imparato, directeur de Peugeot. « C’est quand même une sacrée bagnole la 205, mais tu verras, la 208 c’est de la balle ». Il faudra patienter le lendemain pour voir la toute nouvelle Peugeot, bien campée sous le lion monumental inauguré au Salon de Paris.

Difficile de juger sans l’avoir testée, mais il faut bien l’admettre : la dernière citadine sochalienne a fière allure et s’offre quelques clins d’oeil à sa devancière, particulièrement la forme de la custode, le petit renfoncement abritant le sigle de la finition et les élargisseurs d’ailes noires rappelant la GTI d’antan. Une chose est sûre, Peugeot est de retour, encore une fois.

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