Il n'existe que 4 exemplaires de cette Bugatti, et Ralph Lauren en possède un
Passionnés d’automobile et férus de lignes audacieuses trouveront leur bonheur dans "The Atlas of Car Design", ouvrage de référence publié chez Phaidon. Œuvre collective orchestrée par Jason Barlow, Guy Bird et Brett Berk avec l'appui de designers, collectionneurs et journalistes spécialisés, ce livre propose une exploration détaillée de 650 carrosseries majeures, illustrant un siècle et demi de créativité technique et esthétique. De la naissance de l’automobile à aujourd’hui, la sélection révèle comment le style, tantôt osé, tantôt consensuel, façonne la légende de chaque modèle.
Une encyclopédie sur roues : choix, experts et anecdotes
La création de ce livre titanesque a mobilisé une multitude de spécialistes du secteur automobile. Ensemble, ils ont choisi 650 modèles marquants entre 1893 et notre époque. Chaque fiche relate la genèse de la voiture, tantôt une grosse cylindrée incontournable, tantôt une rareté confidentielle. Ces histoires incluent pour chacune un aperçu technique, une analyse de l’esthétique et parfois une anecdote surprenante, révélant les secrets de conception et l’aura qui entoure certaines silhouettes.
De Cisitalia à MoMA : l’innovation comme art
Parmi ces créations, la Cisitalia, fruit de la collaboration entre Piero Taruffi, Piero Dusio et le maître carrossier Battista Pinin Farina, incarne l’innovation italienne d’après-guerre. Née en 1944, elle ambitionnait à la fois la largeur d’une Buick, la hauteur d’un bolide de Grand Prix, un confort digne d’une Rolls-Royce et la légèreté extrême. Malgré seulement 170 exemplaires produits et une notoriété effacée avec le temps, cette voiture de sport luxueuse fit sensation en étant exposée dès 1951 au musée d’Art moderne de New York comme « sculpture en mouvement », rejoignant ainsi l’élite des objets mécaniques du MoMA.
Quand la discrétion devient icône : la Mini et ses charmes
L’apparence sobre de la première Mini, imaginée par Alec Issigonis, fut rapidement repensée par le département design de BMC, qui lui offrit une calandre ronde et attachante. Mais l’audace ne résidait pas que dans la ligne : dimensions compactes, roues fines, moteur réduit et esthétique inédite firent de la Mini une star des villes. La demande reste forte et les premiers exemplaires sont très prisés par les collectionneurs.
L’héritage d’Alfa Romeo : puissance et rareté
Enzo Ferrari, alors aux commandes sportives d’Alfa Romeo, chapeauta la création de la 8C, parmi les tout premiers modèles identifiés comme supercar. La 2900B, véritable GT dérivée de la version course 2900A, fut réalisée à 32 unités par les carrossiers Touring, Pininfarina et Vittorio Jano, tous maniant magistralement la technique « Superleggera » pour optimiser élégance et poids. Aujourd’hui, la 8C 2900B trône au sommet des voitures de collection, sa valeur ayant atteint des sommets vertigineux.
Edsel : le crash stylistique qui a coûté cher
Ford, en quête de conquérir la classe moyenne américaine, lança la marque Edsel. Le projet, véritable catastrophe commerciale, engloutit 2,4 milliards de dollars et accoucha d’une auto très mal accueillie. Les explications abondent, mais sa calandre atypique et son esthétique jugée datée compteront parmi les causes de cet échec cuisant, symbole d’un divorce entre audace et bon goût du public.
Multipla Fiat : le génie de la discorde
Rares sont les autos à diviser comme la Fiat Multipla. D’un côté, sa silhouette provoque la moquerie, de l’autre, elle est encensée pour son originalité et sa conception fut saluée pour son intelligence. L’édition originale est aujourd’hui une rareté qui pourrait bien prendre de la valeur, même si la Multipla figure régulièrement dans les classements des voitures les moins séduisantes de l’histoire.
Élégances extrêmes : des modèles de rêve parfois confidentiels
La compétition automobile a donné naissance à certaines des plus somptueuses créations, telles l’Alfa Romeo Giulia TZ2, due à Ercole Spada, ou encore le coupé Alfa Romeo à la carrosserie si fragile que le moindre choc suffisait à l’altérer. Ces voitures, produites en quantités extrêmement limitées – 19 pour la Giulia TZ2 – valent aujourd’hui jusqu’à 17 millions d’euros pièce, prisées pour leur raffinement et leur audace.
Mythes du Grand Tourisme et classiques éternels
Le luxe britannique s’est exprimé avec la Bentley R-Type, signée John Blatchley et optimisée par Ivan Everden autour de l’aérodynamisme. Résultant en une carrosserie bicorps alliant confort et performances (160 km/h), l’auto incarne le sommet du design sans excès. Dans le même esprit d’intemporalité, la Mercedes SL conçue par le Français Paul Bracq reprend le concept de la « petite robe noire » chère à Coco Chanel : chic et hors du temps.
Bugatti, Cadillac et les audaces américaines
Parfois, la carrosserie automobile flirte carrément avec l’art. C’est le cas de la Bugatti signée Jean Bugatti, remarquable par sa couture dorsale et ses panneaux Electron inspirés de l’aviation, dont il n’existe que quatre exemplaires – Ralph Lauren en détient un. Outre-Atlantique, l’Eldorado Biarritz marque les années 1950 avec ses ailerons dantesques façon fusées. Initialement présentée comme concept car, elle est finalement commercialisée comme cabriolet de luxe.
L’icône indétrônable : Porsche 911
Difficile de trouver un classement où la Porsche 911 n’est pas citée. Tous les experts sollicités par les auteurs de "The Atlas of Car Design" l’évoquent immanquablement. Chacune de ses évolutions récentes parvient à conserver la philosophie originelle, tout en adoptant des technologies contemporaines. L’identité de la 911 reste ainsi préservée, traversant le temps sans perdre de sa superbe.
Design à la française et élégance intemporelle
Signée Flaminio Bertoni pour Citroën sous la houlette de Pierre Boulanger, la DS fit sensation dès 1955. Véritable ovni futuriste arrivé d’un autre temps, elle impressionne toujours soixante-dix ans plus tard, preuve que le style peut survivre à toute mode.
Ferrari et Hollywood : l’audace italienne sur tapis rouge
Si Pininfarina a forgé l’image de la plupart des Ferrari, c’est Sergio Scaglietti qui dessine la 250 GT California Spyder. Adaptée à l’élite du cinéma hollywoodien des années 1950, cette décapotable devient un symbole de glamour, surtout dans sa version à empattement court, considérée comme l’une des plus réussies de la gamme V12 du constructeur italien.
Élites sportives et carrosseries sur mesure
André Dubonnet, héritier célèbre, aviateur, sportif polyvalent et pilote automobile, commanda en 1932 à Jean Andreau et Jacques Saoutchik la création d’une Hispano Suiza H6B d’une élégance rare. Ce modèle reste aujourd’hui une référence absolue en matière de raffinement stylistique.
Les lignes pures au cinéma et sur la route
La Lincoln Continental, plébiscitée par les designers pour ses volumes maîtrisés et son audace linéaire novatrice dans les années 1960, contraste avec les exubérances de son époque. Son aspect visionnaire lui valut de fréquenter régulièrement les plateaux de films de science-fiction, grâce au génie créatif d’Elwood Engel et de son équipe.
La jeunesse triomphante du style italien
L’Alfa Romeo TZ2, alliant finesse et efficacité, est née du talent de Carlo Chiti, passé par Ferrari, et de l’inspiration d’Ercole Spada, qui n’avait alors que 25 ans. Sa ligne basse et sobre la place au panthéon des plus belles voitures jamais construites.
McLaren F1 : échec commercial, gloire posthume
À la fin des années 1980, McLaren s’associe aux talents de Gordon Murray et Peter Stevens pour concevoir une GT dotée d’atouts inédits : un châssis en fibre de carbone, trois places malgré son gabarit compact, et un V12 BMW ultrapuissant. Sortir des chemins battus ne garantit pas le succès immédiat : seules 64 F1 de route trouvent preneur à l’époque, mais leur valeur avoisine désormais les 17 millions d’euros. Quand design et ingénierie s’opposent : la voiture de Breaking Bad Certains modèles partent d’un concept séduisant mais trébuchent lors de la production, faute d’entente entre stylistes et ingénieurs. Présentée au salon de Chicago en 1999, cette auto va s’imposer... comme la monture de Walter White dans « Breaking Bad », sa silhouette peu flatteuse renforçant finalement sa notoriété.
Fiat et l’esprit Giugiaro : simplicité et efficacité
Sous le nom de code "Rustica", Fiat fait le choix de confier le dessin de sa nouvelle citadine à Italdesign et à son fondateur Giorgetto Giugiaro, génie du style automobile. Le résultat, simple dans la forme mais délicat dans l’exécution, illustre la patte inimitable de Giugiaro, où chaque élément sert à la fois l’usage et la beauté. La voiture ainsi obtenue démontrera l’alliance parfaite entre technique et art, loin de l’idée de rusticité qu’aurait pu inspirer son premier nom.
Lamborghini Countach : provocation pure du wedge design
La Lamborghini Countach s’affiche comme l’emblème absolu du « wedge design », caractérisé par ses lignes tendues et anguleuses. Marcello Gandini, figure incontournable et rival de Giugiaro, explique qu’elle est née du refus de suivre la tradition afin de proposer une oeuvre ayant sa propre âme, peu importe si le public la trouvait belle ou non. Cette aspiration à l’anticonformisme fait de la Countach un jalon artistique autant que technique.
Finalement, l’histoire du design automobile retient autant les lignes acclamées que les formes controversées, certaines voitures heurtant les habitudes, d’autres redéfinissant la notion même de beauté sur quatre roues.


