Sa Ferrari F40 a été préparée comme une voiture de course, il dirigeait Ferrari en F1
Le contexte : un nom, une histoire, une ambition
Sur le marché très fermé des voitures de collection, rares sont les F40 à déclencher autant d'attentes. L'échéance approche : début juillet 2026, la maison RM Sotheby's proposera lors de sa Woodcote Park Auction une Ferrari F40 qui, avant même le coup de marteau, affole les spécialistes. Ce coupé de 1990 porte le châssis numéro 84642 et une histoire sélective : livré neuf à Paris via Charles Pozzi, il rejoint aussitôt Jean Sage, figure du sport automobile français et ancien directeur sportif en Formule 1 chez Renault, puis acteur de premier plan chez Ferrari.
Très vite, Jean Sage cherche à rapprocher ce modèle routier du niveau d'une version de compétition. Dès 1994, il expédie la F40 à l'atelier Michelotto pour une conversion CSAI GT afin de l'approcher des performances des F40 LM conçues pour la course. Le carnet d'entretien et la traçabilité de cette voiture restent limpides, ce qui pose une question clé : jusqu'où les amateurs sont-ils prêts à monter pour s'offrir ce symbole aux spécifications quasi uniques ?
L'essentiel : spécificités techniques et pedigree
Derrière le montant attendu de plus de trois millions de dollars, c'est une combinaison rare d'attributs mécaniques et historiques qui distingue cette F40. La conversion Michelotto CSAI GT lui apporte des éléments habituellement réservés à la piste, à commencer par le moteur V8 biturbo 2,9 litres qui reçoit des turbos IHI spécifiques et un échappement signé Maurice Chabord, optimisant la puissance à environ 527 chevaux pour un couple de 849 Nm.
Sa configuration dite "non-cat, non-adjust" - référence à l'absence de catalyseur et de suspension pilotée - la rend précieuse pour les puristes : bruit brut, réactivité sans filtre, sensations de véritable machine de course. De multiples optimisations en faveur de l’allègement, du freinage et de la suspension achèvent ce profil radical. Ce parcours d’exception n’a pas empêché la voiture de rouler : 22 699 km sont affichés au compteur, preuve que la machine a été utilisée, et non confinée sous une bâche.
Ce que cela change sur le marché et pour les futurs propriétaires
Après avoir traversé plusieurs années en France sous la garde de Jean Sage, la voiture a rejoint le Royaume-Uni où un propriétaire méticuleux l’a conservée jusqu’à aujourd’hui. L’historique de cette F40 mentionne un moteur et une boîte "matching-numbers", c’est-à-dire le groupe propulseur d’origine, et un dossier complet comprenant les contrôles techniques britanniques ainsi que des factures d’entretien couvrant plus de vingt ans.
En 2025, ce modèle a bénéficié de réservoirs en aluminium flambant neufs, pour environ 43 000 dollars, incluant une révision complète (courroies, bougies, fluides). Sans surprise, c’est le lot phare du prochain catalogue RM Sotheby’s : estimée entre 3,1 et 3,7 millions de dollars, elle représente elle seule près de 15,9 % de la valeur totale annoncée pour la vente.
Que retenir de ce phénomène ?
Alors que le marché des Ferrari F40 de série reste déjà particulièrement recherché, cette version ayant appartenu à un patron de F1, dotée d’une conversion poussée et d’une mécanique à l’esprit puriste, incarne un test grandeur nature pour le segment. Elle cible ceux dont la passion du sport auto s’alimente tout autant de technique que d’histoire authentique.
On sait désormais qu’une F40 d’exception, lorsqu’elle allie une provenance forte à une préparation singulière, peut catalyser le désir et potentiellement redéfinir la hiérarchie des valeurs sur le marché. Pour les amateurs avertis, la démonstration sera faite en salle des ventes : combien sont prêts à franchir le seuil de ce mythe vivant ? Qui s’emparera de cette pièce, à la croisée de l’icône et de l’ingénierie, et ajoutera une page à l’histoire des supercars ?


