
Un prototype de Lamborghini Sián sauvé in extremis : l’histoire rare d’une voiture qui n’aurait pas dû exister
819 chevaux, 47 000 kilomètres d'essais et un aller simple prévu pour le broyeur. Voilà le destin qui attendait le tout premier prototype de la Lamborghini Sián, la première hypercar hybride de l'histoire de la marque au taureau. Sauf qu'un collectionneur roumain en a décidé autrement. Comment une voiture condamnée à disparaître s'est-elle retrouvée immatriculée et garée dans un garage privé de Timișoara ?
Lamborghini ne l'a jamais raconté officiellement. Pourtant, quelque part en Roumanie, roule aujourd'hui une Sián FKP 37 qui n'aurait jamais dû exister en dehors des murs de l'usine. Ce n'est pas un des 63 coupés ni un des 19 roadsters produits en série. C'est le prototype numéro un, celui qui a tout validé avant que la production ne commence. Et il appartient désormais à un particulier, un cas pratiquement sans précédent pour un véhicule issu de la division "Few-Off" de Sant'Agata Bolognese.
Née pour être détruite
L'histoire commence en 2019. Lamborghini prépare alors la Sián FKP 37, dont le nom rend hommage à Ferdinand Piëch, ancien président du groupe Volkswagen, disparu cette année-là. Le chiffre 37 fait référence à son année de naissance, 1937. "Sián" signifie "éclair" en dialecte bolonais, une allusion directe au système hybride embarqué. Sous la carrosserie en fibre de carbone se loge un V12 atmosphérique de 6,5 litres, épaulé par un moteur électrique alimenté non pas par une batterie classique, mais par un supercondensateur. Une première mondiale à l'époque. La puissance combinée atteint 819 chevaux, pour un 0 à 100 km/h abattu en moins de 2,8 secondes. Seuls 63 exemplaires coupé et 19 roadsters seront assemblés, un clin d'œil à 1963, année de fondation de Lamborghini.
Mais avant de lancer la production, il faut tester. Lamborghini construit trois prototypes de développement. Le premier, celui dont il est question ici, va tout encaisser\u00A0: essais d'émissions, validation mécanique, tests à haute vitesse sur l'anneau de Nardò en Italie, roulages intensifs en Allemagne. Au total, ce prototype accumule plus de 47 000 kilomètres, un chiffre vertigineux pour une hypercar de ce calibre. Normalement, une fois le programme de développement terminé, ces voitures sont envoyées au broyeur. C'est le sort réservé à la quasi-totalité des prototypes de présérie dans l'industrie automobile.
Le sauvetage inattendu
Sauf que cette Sián échappe à la destruction. Les circonstances exactes restent floues, mais le prototype est discrètement conservé après son retrait du service d'essais, puis racheté par un collectionneur basé à Timișoara, en Roumanie. En 2024, la voiture est entièrement reconditionnée. En 2025, elle obtient son immatriculation. Elle circule désormais légalement sur route ouverte. Son propriétaire n'est pas un novice. Son garage abrite déjà une Ferrari 488 Pista Piloti, une McLaren 750S Spider, une Lamborghini Revuelto et une Porsche 911 GT3 RS. Mais c'est bien la Sián bleue qui trône au sommet de sa collection.
Les stigmates d'une vie d'essai
En apparence, cette Sián ressemble à n'importe quel exemplaire de série. Mais en s'approchant, les détails trahissent son passé. La carrosserie est recouverte d'un film de protection bleu Uranus, sous lequel se devine encore la teinte blanche d'origine. À l'intérieur, l'Alcantara porte les marques de milliers de kilomètres d'essais. Certaines pièces sont imprimées en 3D, des éléments de prototypage que la version de série a remplacés par des composants définitifs. Quelques badges manquent. Autant de traces qui rappellent que cette voiture a été construite pour être testée, pas pour être conservée.
Malgré ces détails, le V12 est intact. En mode Corsa, le prototype délivre toujours ses 819 chevaux avec la brutalité caractéristique de la Sián : accélérations violentes, boîte robotisée à passage rapide et une sonorité d'échappement qui justifie à elle seule le surnom d'"éclair" donné à ce modèle. Condamnée à la destruction après ses essais, cette Sián FKP 37 est devenue la preuve vivante qu'un prototype peut avoir une seconde vie, à condition de croiser la route du bon collectionneur.
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