
Classics
FASA-Renault : le second constructeur espagnol
Par Paul Clément-Collin - 16/11/2016
L’histoire automobile est parfois étonnante, car si Renault est aussi présent en Espagne aujourd’hui, c’est grâce à un colonel (puis général) d’artillerie de l’armée espagnole, Manuel Gimenez Alfaro y Alaminos. A l’origine, notre officier n’a rien à voir avec l’automobile, mais il est artilleur, c’est à dire ingénieur. Il sera d’ailleurs l’un des fondateurs, à la fin de la guerre civile, du Corps des Ignénieurs de l’Armement et de la Construction. Il sera d’ailleurs professeur à l’Ecole Polytechnique militaire, s’intéressant aux problèmes… d’automobiles. Nous y voilà.
<p>Le sujet le passionne au point de vouloir développer l’<strong>industrie automobile en Espagne</strong>. Alors que la Seat sera supportée par l’Etat et son bras industriel, l’INI, Alfaro va devoir, lui, porter un projet totalement privé : construire des <strong>Renault 4CV</strong> dans la péninsule. C’est le 12 février 1951 qu’Alfaro va signer (à titre personnel) avec le PDG de Renault, Pierre Lefaucheux, l’accord de fabrication de modèles Renault en Espagne. Reste alors à convaincre d’autres entrepreneurs de s’embarquer dans l’aventure avec lui. Alfero va choisir <strong>Valladolid</strong>, un bassin industriel adapté à la construction automobile, déposer son dossier, démarcher des industriels locaux, puis créer le 29 décembre 1951 la <strong>FASA</strong> (Fabricaciones de Automoviles Sociedad Anonima). Il devra alors démissionner de l’armée pour mener à bien son projet.</p>
<img decoding="async" loading="lazy" src="https://public.carjager.com/content/2016/11/Défilé-des-1eres-4CV-dans-Valladolid.jpg" alt="Les premières 4CV défilent dans Valladolid en 1953" width="1309" height="756">
<em><strong>Les premières 4CV défilent dans Valladolid en 1953</strong></em>
<p>Bien que la <strong>FASA</strong> soit une entreprise totalement privée, il est toujours bon d’avoir de bonnes relations avec le pouvoir en place. Alfaro va donc offrir le poste de Président de la société au propre frère du Général Franco, Nicolas Franco, se réservant celui d’Administrateur. L’usine est construite durant l’année 1952, et les premières <strong>4CV</strong> (ou 4/4) sortent enfin en <strong>1953</strong>. Les 12 premiers modèles paraderont dans les rues de Valladolid. Moteurs et boîtes proviennent alors de France, et si la FASA est le constructeur, c’est la filiale de Renault, Société Anonyme Espagnole des Automobiles Renault (SAEAR) qui se charge de la distribution et de l’après-vente. La petite <strong>4CV</strong>, parfaitement adaptée au marché, petite voiture populaire bon marché, va connaître un grand succès en Espagne.</p>
<p>De nouveaux actionnaires vont entrer au capital de la <strong>FASA</strong> : en 1954, le Groupe Fiero, puis en 1955, le groupe Santander. C’est sans doute pour cette raison que Manuel Gimenez Alfaro quitte ses fonction en 1956 pour rejoindre à nouveau l’armée, où il atteindra le grade de général. En 1957, la FASA lance la <strong>Dauphine</strong>, et cette fois-ci, elle est presque totalement espagnole, des moteurs à la boîte de vitesse, en passant par la carrosserie. D’ailleurs, les boîtes de vitesses sont fabriquées à Séville par ISA, dont FASA prendra <strong>20 % du capital</strong>.</p>
<img decoding="async" loading="lazy" src="https://public.carjager.com/content/2016/11/A108-02-Cabrio.jpg" alt="L'A108 Cabriolet (en haut-1963-1967) et l'A110 (en bas 1967-1978) seront aussi produite chez FASA" width="1024" height="768">
<em><strong>L’A108 Cabriolet (en haut-1963-1967) et l’A110 (en bas 1967-1978) seront aussi produite chez FASA</strong></em>
<p><strong>1963</strong> est une grande année pour la <strong>FASA</strong> : elle a vendu près de <strong>25 000 Dauphine</strong>, et lance en Espagne la Renault 4 mais aussi l’Alpine A108 (lire aussi : <a href="https://www.carjager.com/blog/article/.html">Les cousines étrangères de la Berlinette</a>). Renault commence à s’intéresser de plus près à ce partenaire espagnol, et finira par en prendre le contrôle (<strong>49,5 %</strong>) en <strong>1965</strong>. L’entreprise devient <strong>FASA-Renault</strong>, fusionne avec la SAEAR, et rachète l’usine de boîte de vitesse ISA à Séville. Un bureau d’étude va même être créer pour réfléchir à des modèles adaptés au marché espagnole.</p>
<p>Les <strong>Renault 8 et 10</strong> sont aussitôt lancées en Espagne, l’<strong>Alpine A110</strong> en 1967 (elle sera fabriquée jusqu’en mai 1978, à 1904 exemplaires) puis la 6 en 1969. Cette année-là, <strong>FASA-Renault</strong> fabrique presque <strong>100 000 exemplaires</strong>. En 1970, la Renault 12 remplace les 8/10, et la 5 arrive en 1972. La période est faste, et la filiale de Renault se tire la bourre avec Seat, qui lance cette année là une concurrente directe : la 127. En 1972, c’est aussi l’inauguration d’une nouvelle usine à <strong>Valladolid</strong>, et le lancement du projet d’une 3ème usine à Palencia, à 45 km de là.</p>
<em><strong>En 1974, un incendie (volontaire semble-t-il) fera 10 morts à Valladolid</strong></em>
<p>Pour mieux contrer la Seat 127, et séduire une population adepte des carrosseries tricorps, le bureau d’étude de Valladolid va concevoir une version 4 portes de la Renault 5, appelée <strong>Renault Siete</strong> puis <strong>Renault 7</strong> (ce qui revient un peu au même hein!). Cette voiture sera strictement réservée au marché espagnol (lire aussi : <a href="https://www.carjager.com/blog/article/.html">Renault Siete</a>), et sera représentative, pour beaucoup de français partant se dorer la pilule, de l’automobile ibérique. D’ailleurs, pour beaucoup d’espagnols, <strong>FASA-Renault</strong> est une marque nationale au même titre que Seat.</p>
<img decoding="async" loading="lazy" src="https://public.carjager.com/content/2016/11/Incendie-Usine.jpg" alt="En 1974, un incendie (volontaire semble-t-il) fera 10 morts à Valladolid" width="660" height="371">
<p>En 1975, un drame se joue à <strong>Valladolid</strong> : les grandes grèves de 1974 avaient déjà paralysé l’usine, mais cette fois-ci, c’est un <strong>incendie</strong>, qui semble volontaire, qui interrompra la production, avec <strong>10 morts</strong> à la clé, tout de même. Le projet d’usine à Palencia est stoppé, pour n’être repris qu’en 1976. En 1977, <strong>Renault monte à 62 % du capital</strong>, et met le turbo sur Palencia, qui ouvre enfin en 1978. Dès lors, l’intégration au groupe Renault va être de plus en plus forte… <strong>FASA-Renault</strong>, qui jusqu’ici ne produisait que pour le marché espagnol, va devenir une des pièces maîtresses du dispositif industriel de Renault, notamment après 1986 et l’adhésion de l’Espagne à la CEE. La Renault 7 disparaît en 1984, tandis que les 9 et 11 sont fabriquées à partir de 1982, la Supercinq en 1984, la 21 en 1986, la 19 en 1989 et la Clio en 1990.</p>
<em><strong>L’usine de Valladolid aujourd’hui (en haut) et de Palencia (en bas)</strong></em>
<p>En 1987, l’usine « historique » de Valladolid appelée « Montage 1 » est fermée au profit de la deuxième usine, « Montage 2 » dont les capacités sont doublées. Dès lors, <strong>FASA-Renault</strong>, avec l’usine Montage 2 de Valladolid et l’usine de Palencia, va produire des Clio mais aussi des Mégane, pour atteindre un record en <strong>2000</strong>, avec <strong>536 000 véhicules produits</strong>. Un chiffre qui ne sera plus jamais atteint. Cette année-là, FASA-Renault, désormais totalement intégrée au groupe, prend le nom de <strong>Renault Espagne</strong>. Les usines Renault produisent aujourd’hui, notamment, le Kadjar (à Palencia) et le Captur (à Valladolid). Le succès de ces deux modèles permettent de croire à un avenir plutôt radieux pour l’ex-FASA.</p>
<img decoding="async" loading="lazy" src="https://public.carjager.com/content/2016/11/Usine-05.jpg" alt="L'usine de Valladolid aujourd'hui (en haut) et de Palencia (en bas)" width="644" height="248">
<p>Images: Renault et DR</p>
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Paul Clément-Collin
Paul Clément-Collin est une figure reconnue du journalisme automobile français. Fondateur du site culte Boîtier Rouge, sacré meilleur blog auto aux Golden Blog Awards 2014 et cité parmi les médias auto les plus influents par Teads/eBuzzing et l’étude Scanblog Advent, il a ensuite été rédacteur en chef de CarJager et collaborateur de Top Gear Magazine France. Journaliste indépendant, spécialiste des voitures oubliées, rares, iconiques ou mal-aimées, il cultive une écriture passionnée et documentée, mêlant culture auto, design, histoire et anecdotes authentiques, et intervient également sur des événements majeurs comme le Mondial de l’Auto.