
Elle est élue "meilleure voiture à conduire au monde", mais son propriétaire ne roule pas avec
Elle a coûté plus de 8 millions de dollars à son nouveau propriétaire. Pourtant, cette Gordon Murray T.50 n’est pas homologuée aux Etats Unis. Peut-on vraiment parler de gâchis quand une hypercar de 670 ch n’a parcouru que 43,4 km ? Avec son V12 atmosphérique et sa place centrale, elle incarne pourtant l’une des expériences les plus pures du moment.
La Gordon Murray T.50 n’est pas l’hypercar la plus médiatique de sa génération, mais elle occupe déjà une place très particulière chez les collectionneurs. Pensée comme une descendante spirituelle de la McLaren F1, elle reprend une recette devenue presque impossible à retrouver aujourd’hui : trois places, moteur atmosphérique, boîte manuelle et obsession de la légèreté. Un exemplaire vient pourtant d’être vendu aux Etats Unis pour 8,035 millions de dollars, soit environ 6,85 millions d’euros, alors que la voiture ne respecte pas les normes américaines classiques de sécurité et de pollution.
Une plus value spectaculaire sans avoir vraiment roulé
Dans le monde des hypercars, le rapport à l’usage devient parfois étrange. Certaines voitures changent de propriétaire avant même d’avoir eu une vraie vie sur route, simplement parce que leur rareté suffit à faire monter les enchères.
C’est exactement ce qui vient d’arriver à cette Gordon Murray T.50. Son prix neuf dépassait légèrement les 3 millions de dollars. Revendue 8,035 millions de dollars, elle offre donc à son premier propriétaire une plus value impressionnante.
Reste un détail presque cruel pour une voiture conçue par l’un des plus grands ingénieurs de Formule 1. Le compteur affiche seulement 27 miles, soit 43,4 km. Et encore, ce kilométrage correspond uniquement aux essais réalisés par le constructeur et aux opérations nécessaires à la livraison.
Une hypercar pensée pour conduire, pas pour dormir
Sur le papier, cette T.50 n’a pourtant rien d’un objet décoratif. Gordon Murray l’a conçue autour d’une idée simple : remettre le conducteur au centre de l’expérience.
Le moteur est un V12 3,9 litres atmosphérique développant 670 ch. Il peut dépasser les 12 000 tr/min, un régime devenu rarissime sur une voiture de route. La transmission est confiée à une boîte manuelle à six rapports, choix presque provocateur à l’heure des hypercars hybrides et des boîtes robotisées ultra rapides.
La fiche technique mise aussi sur la légèreté, avec un poids à sec inférieur à 1 000 kg. La voiture reçoit en plus un ventilateur arrière destiné à améliorer l’appui aérodynamique, une solution qui rappelle l’approche radicale de Gordon Murray en compétition.
L’ombre assumée de la McLaren F1
La T.50 multiplie les clins d’œil à la McLaren F1, première voiture de route signée Gordon Murray. Le plus évident reste la position de conduite centrale, avec deux places passagers légèrement reculées de chaque côté.
Comme la F1 des années 1990, la T.50 ne cherche pas seulement à battre des records de vitesse. Elle revendique une autre vision de la performance, plus sensorielle, plus légère, plus mécanique. Face aux hypercars hybrides récentes comme la Ferrari F80 ou la McLaren W1, elle ne joue donc pas exactement le même match. Elle préfère miser sur le plaisir de conduite, la pureté des réactions et l’efficacité en virage plutôt que sur la seule démonstration de puissance.
Cette philosophie a d’ailleurs convaincu Top Gear, qui l’a élue hypercar de l’année en 2023, en la présentant comme l’une des voitures les plus enthousiasmantes à conduire au monde.
Une voiture trop spéciale pour les règles américaines
Le nouvel acheteur américain ne pourra pas utiliser sa T.50 comme une voiture ordinaire. Le modèle n’est pas homologué selon les standards habituels des Etats Unis, notamment en matière de sécurité et d’émissions.
Il existe toutefois une solution pour ce type d’automobile rare. Le régime américain Show or display permet à certains véhicules jugés importants sur le plan historique ou technologique de circuler légalement, même sans homologation classique.
Cette autorisation a une limite importante. La voiture ne doit pas parcourir plus de 2 500 miles par an, soit environ 4 023 km. Cette restriction disparaît seulement quand le véhicule atteint 25 ans, âge à partir duquel une voiture étrangère peut être importée et utilisée plus librement aux Etats Unis. Depuis l’an dernier, même la Renault Avantime entre dans cette catégorie.
Le paradoxe des hypercars trop précieuses
Rien ne garantit donc que cette Gordon Murray T.50 roulera beaucoup plus avec son nouveau propriétaire. Son cas illustre une tendance bien connue sur le marché des voitures d’exception : plus un modèle devient rare, plus ses propriétaires hésitent à l’utiliser.
Bugatti, Pagani, Ferrari ou McLaren, toutes ces marques voient régulièrement leurs modèles les plus exclusifs apparaître aux enchères avec des kilométrages très faibles. La logique est parfois frustrante pour les passionnés, mais elle reste implacable. Moins une voiture roule, plus elle conserve souvent son pouvoir spéculatif.
Le phénomène touche aussi des modèles plus anciens. En début d’année, une Ferrari Enzo s’est vendue près de trois fois plus cher que sa descendante hybride, notamment grâce à un kilométrage exceptionnellement bas.
La Gordon Murray T.50 a été imaginée comme une célébration absolue de la conduite, mais son prix, sa rareté et les règles américaines risquent bien de la transformer en chef d’œuvre presque immobile.