
Elle vaut 30 millions d'euros, elle a été vendue 10 € : cette Alfa Romeo a disparu sans laisser de trace
Une famille pensait hériter d’un joyau italien. Elle aurait finalement vu partir une Alfa Romeo 33 Stradale pour 10 euros. Comment une voiture estimée à 30 millions d’euros peut-elle disparaître ainsi ?
L’histoire ressemble à un scénario judiciaire, mais elle concerne bien l’une des Alfa Romeo les plus précieuses jamais construites. Après la mort d’un collectionneur lié à Brescia, ses héritiers se retrouvent avec une 33 Stradale conservée depuis longtemps dans un atelier spécialisé près de Naples. Selon Il Giorno, cette voiture estimée à environ 30 millions d’euros aurait été cédée pour une somme symbolique de 10 euros, dans un contexte de pressions présumées. Depuis, l’auto reste introuvable, tandis qu’une enquête est ouverte à Milan.
Une Alfa au sommet du marché
L’Alfa Romeo 33 Stradale n’est pas une ancienne sportive comme les autres. Produite entre 1967 et 1969 à environ 18 exemplaires, elle dérive directement de l’univers de la course. Son dessin est signé Franco Scaglione, et son moteur V8 2,0 litres en position centrale participe à son statut de machine d’exception. Sa rareté la place parmi les automobiles les plus recherchées de la planète. Les estimations évoquées autour de ce châssis atteignent environ 30 millions d’euros. À ce niveau, elle entre dans la même sphère que les Ferrari les plus mythiques.
La comparaison avec la Ferrari 250 GTO permet de situer l’enjeu. Cette dernière, souvent présentée comme l’une des voitures les plus chères du monde, vaut couramment autour de 60 à 70 millions d’euros. Elle a été assemblée à 36 exemplaires entre 1962 et 1964. La 33 Stradale, avec environ moitié moins d’exemplaires, possède donc une légitimité comparable, même si son nom parle moins au grand public.
Un héritage devenu explosif
L’exemplaire au centre de l’affaire appartenait à un collectionneur décrit comme français et lié à la région de Brescia. La voiture se trouvait depuis longtemps dans un atelier spécialisé du sud de l’Italie, près de Naples. Aucune date précise n’est fournie concernant cette période de stockage.
Après le décès du propriétaire, sa veuve et les héritiers héritent d’un actif extrêmement sensible. La valeur de la voiture, sa rareté et les enjeux administratifs en font immédiatement un sujet délicat.
C’est alors qu’intervient un homme présenté comme un ami de la famille. Selon les récits publiés, il connaissait bien le dossier et aurait insisté sur le risque de procédures longues, lourdes et coûteuses. Dans ce climat tendu, les héritiers acceptent d’entrer dans une médiation, puis dans un arbitrage.
Dix euros pour une icône italienne
Au terme de cette procédure, l’Alfa Romeo 33 Stradale est attribuée à deux acheteurs français pour 10 euros. Les noms de ces acquéreurs ne sont pas mentionnés.
Le contraste entre la somme versée et la valeur estimée de la voiture donne à l’affaire son caractère presque irréel. On ne parle pas d’un modèle oublié dans une grange, mais d’une supercar italienne rarissime, susceptible d’intéresser les plus grands collectionneurs mondiaux.
La famille conteste aujourd’hui les conditions dans lesquelles cette cession aurait été obtenue. Le dossier ne se limite donc pas à une mauvaise décision patrimoniale. Il porte sur la façon dont cette vente symbolique aurait été imposée ou orientée.
Une société créée dès le lendemain
Un élément attire particulièrement l’attention dans les informations rapportées par la presse italienne. Le lendemain de la médiation, une structure nommée Fabre 33 società semplice est créée. La 33 Stradale y est ensuite immatriculée.
Un avocat ayant auparavant travaillé pour la famille aurait participé à cette opération. Les accords internes à cette société ne sont pas détaillés publiquement.
Puis les événements s’enchaînent. Les plaques d’immatriculation sont déclarées perdues. La voiture est radiée du registre italien avec la mention d’une exportation vers l’Europe. Ensuite, plus rien. Une Alfa Romeo estimée à 30 millions d’euros sort des radars.
Milan ouvre une enquête
Face à cette disparition, les héritiers saisissent la justice. Le Parquet de Milan ouvre une enquête visant des faits d’extorsion et de faux en écriture publique. À ce stade, aucune précision n’est donnée sur le calendrier exact de la procédure, ni sur d’éventuelles mises en cause formelles.
Les avocats de la famille, Angelo Pisani, Sergio Pisani à Naples et Francesco Sacchetti à Milan, ont décidé d’élargir la recherche. Un appel à témoins international a été lancé.
Une récompense de 100 000 euros est promise à toute personne capable de fournir des informations permettant de localiser la voiture. Malgré cette somme et la notoriété grandissante de l’affaire, la 33 Stradale reste introuvable.
Une disparition presque impossible à croire
La situation paraît d’autant plus étonnante qu’une Alfa Romeo 33 Stradale ne circule pas discrètement sur le marché. Avec une production d’environ 18 exemplaires, chaque châssis possède une histoire, une identité et une visibilité particulières auprès des spécialistes.
Pourtant, l’auto a disparu après sa radiation italienne. Elle pourrait avoir quitté le pays, avoir changé de lieu de stockage ou se trouver dans une collection privée. Aucune hypothèse n’est confirmée publiquement. Ce dossier rappelle aussi que les voitures les plus rares ne sont pas seulement des objets de passion. Elles deviennent parfois des actifs financiers, familiaux et juridiques d’une extrême complexité.
Cette Alfa Romeo 33 Stradale vendue 10 euros incarne désormais un mystère à 30 millions d’euros, quelque part entre chef-d'œuvre automobile, succession impossible et thriller judiciaire.