Hartge : la fin des BMW survitaminées sarroises

Publié le vendredi 3 janvier 2020.
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Beckingen, dans la Sarre : jusqu’à peu se nichait, dans ce coin d’Allemagne proche de la frontière française et à quelques encablures de Thionville et de Metz, un préparateur devenu constructeur, à l’instar d’Alpina, j’ai nommé Hartge. Cela faisait longtemps que je n’avais pas entendu parler de cette petite firme allemande, et en ce début d’année, j’avais envie d’en parler, tout simplement. Commençant mes recherches, je m’aperçus alors qu’une information était passée totalement en dehors des radars de la plupart des médias automobiles européens : Hartge n’existe plus !

J’avais rêvé sur les Hartge, en ces temps immémoriaux (les années 80) où le tuning n’était pas encore totalement l’apanage des amateurs de gros sons, d’oriflammes sur les flancs et de jantes 23 pouces argentées. La Hartge H35-24S m’avait, à l’époque, fortement impressionné : jugez plutôt, un 6 en ligne sous le capot quand la M3 E30 se contentait de 4 cylindres, et pas n’importe lequel d’ailleurs puisqu’il s’agissait du M88. Ce dernier avait connu le baptême du feu avec la fabuleuse M1, puis trouvé refuge dans les entrailles des M5 E28, M635 CSi, voire même de la rare 745i E23 sud-africaine.

Une BMW H35, développant entre 240 et 254 chevaux selon les versions.

Un M88 dans une E30

Avec Hartge, il fallait s’attendre à un peu plus de puissance : de 286 chevaux (à l’origine), le M88 passait allègrement à 330 bourrins grâce aux doigts de fée des ingénieurs sarrois. En 1988, une telle puissance n’était pas anodine, surtout sur une voiture de ce segment. Bon, en même temps, cette H35-24S se réservait à l’élite puisque la base était une M3 neuve qui coûtait déjà un bras. En rajoutant la transformation, vous aviez l’équivalent d’un appartement dans votre garage. Ceci expliquant cela, seuls 6 exemplaires furent produits.

La H35-24 pouvait proposer jusqu’à 330 chevaux dans sa version export

La petite entreprise d’Herbert Hartge, fondée en 1971 afin de développer des modèles issus de la gamme BMW et destinés à la compétition, commença à transformer des voitures pour le grand public au début des années 80 avec la H6S (une Série 6 E24) puis la H5S (une E28 retravaillée). C’est en 1985 que la petite firme obtint du TÜV le sésame tant convoité de constructeur patenté. Entre les victoires en compétition (le plus souvent en Allemagne) et la réputation grandissante, Hartge devint, au même titre que Alpina, une institution outre-Rhin. 

Les H5 (en haut) et H6 (en bas) firent la réputation de Hartge au début des années 80.

Des Renault chez Hartge

Du côté français, la réputation de Hartge commença à rayonner au sein de la petite communauté des amateurs d’automobiles, et chez les grands constructeurs, bien que jamais importée officiellement (le Garage du Bac tenta quelques imports isolés). Chez Renault, depuis quelques années, on n’avait d’yeux que pour l’Allemagne, au point de tenter de rendre sexy sa Renault 11 chez Zender. Vaste chantier ! 

Hartge s’occupait de la préparation moteur de la Renault Safrane Biturbo

Au début des années 90, la Régie, qui venait de lancer sa grande berline, la Safrane, chercha à en proposer une version survitaminée : elle se tourna vers Irmscher (pour le look) et Hartge (pour le moteur) afin de développer la fameuse Safrane Biturbo. Malgré l’échec de la voiture, le contrat juteux signé avec Renault permit à la société de se développer. Entre temps, Herbert Hartge se sépara de ses deux frères Rolf et Andreas, partis fonder Carlsson en 1989, spécialisée dans les Mercedes.

L’apogée des années 90

En même temps que Hartge tentait de séduire Renault avec un projet de Laguna Biturbo (sur le modèle de la Safrane, avec encore moins de réussite puisque seuls 3 à 5 exemplaires furent réellement produits), elle se développa aussi sur le créneau juteux des modifications sur la base du best-seller de Munich, la BMW E36, qu’elle soit M3 ou non, en coupé, berline, cabriolet ou Touring. Poursuivant sur sa lancée, Hartge proposa même, à partir de 1997, une 323 ti Compact revue et corrigée à sa sauce : L6 de 3,5 litres et 280 chevaux sous le capot, rien que cela.

La fin des années 90 marqua l’apogée de la firme sarroise. Avec le lancement de la fabuleuse 540i E39 portée à 4.7 litres, Hartge atteignit le summum avec son V8 de 340 chevaux. Les années 2000 furent plus compliquées : moins connue (ou moins réputée, à tort ou à raison) que son concurrent Alpina (sans doute mieux positionné), sans réseau de distribution et face à la montée en puissance des productions officielles de BMW, l’aura de Hartge commença à baisser, l’obligeant à élargir ses propositions aux marques Mini et Range Rover. Ce fut pire encore chez les autres frères Hartge puisque Carlsson, pour survivre, s’abaissa à produire pour le compte de Citroën Allemagne des C5 (puis C5 II) customisées et à peine gonflées.

Un lent déclin

Mais voilà, Hartge existait toujours, proposant des H50 (sa vision de l’E46), des Z50 (E85), ou H1 (E87) à un public averti, mais de moins en moins nombreux. Vint alors la période, pour survivre, d’un quasi retour au tuning avec des préparations sur base X3, X5, X6, des SUV au look de plus en plus vulgaire dont les performances importaient finalement peu ! Si quelques clients frappaient encore à la porte de l’atelier de Beckingen, il fallait se rendre à l’évidence : Hartge n’avait plus la cote, au point de disparaître des actualités malgré des préparations sur les Série 5 F10, Série 1 E82 ou Série 4 F32. 

Tandis que Herbert tentait de tenir la baraque coûte que coûte, Rolf et Andreas furent contraints en 2012 de céder les rênes à des Chinois qui, deux ans plus tard, lâchèrent l’affaire à des Coréens qui eux-même conduisirent Carlsson à la faillite ! Chez Hartge, l’ambiance n’était pas à la fête puisque dès 2014, il devint de plus en plus difficile pour les clients ou les amateurs d’obtenir quelqu’un au téléphone, tandis que les ateliers semblaient de plus en plus vides. Il fallut attendre 2017 pour que les comptes de 2015 soient publiés, puis plus rien : le site internet disparut tandis qu’enfin était prononcée fin 2019 la radiation du registre du commerce. Ironie du sort, Henrik Hartge, fils de Rolf et neveu d’Herbert, avait relancé en début d’année Rolf Hartge GmbH, spécialiste des Mercedes, dans l’indifférence quasi-générale.

 

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2 commentaires

Vadim

Le 04/01/2020 à 00:13

Cool

Kévin

Le 09/01/2020 à 17:36

Triste de l’apprendre. Je me souviens des couvertures de magazines de l’époque, c’était souvent Hartge ou AC Schnitzer… Snif

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