Audi 200 Turbo : il n’y a pas que le quattro dans la vie
Youngtimers
Youngtimers
Audi
Turbo

Audi 200 Turbo : il n’y a pas que le quattro dans la vie

Par Nicolas Fourny - 06/02/2026

"Quand la 200 Turbo déboule sur l’Autobahn, ni les BMW ni les Mercedes ne peuvent alors suivre le rythme"

Apparu il y a quarante-cinq ans (eh oui…), le système quattro a joué un rôle essentiel dans la spectaculaire transformation de l’image d’Audi. Grâce à lui, le constructeur bavarois est très vite devenu le chantre incontesté de la transmission intégrale, laquelle s’est très vite répandue dans la quasi-totalité de son catalogue. Assez rapidement, le quattro est devenu indissociable des modèles les plus performants de la marque, ce d’autant plus que le mode de transmission privilégié à Ingolstadt – la traction avant – n’était pas forcément compatible avec la course à la puissance engagée par les constructeurs allemands. Pourtant, avant que toutes les « grosses » Audi se convertissent aux préceptes des quatre roues motrices et la relèguent au second plan, la 200 Turbo « traction » a séduit plus d’un amateur de berlines rapides…

Le quattro pour tous (ou presque)

Le génie de Ferdinand Piëch et du directoire d’Audi réside, entre autres, dans le fait d’avoir compris que le quattro ne devait pas se cantonner aux versions les plus performantes de la gamme mais avait, au contraire, vocation à essaimer très largement au sein d’icelle, de façon à répondre aux besoins d’une clientèle bien plus large que celle des amateurs de conduite sportive. Dans cet esprit, la Ur-quattro lancée à Genève au printemps 1980 (pour mémoire : cinq-cylindres turbo, 2,1 litres, 200 chevaux) va se voir adjoindre, à partir du millésime 1983, une berline 80 quattro animée par le même moteur, mais en version atmosphérique, développant 136 ch – et c’est le même groupe que l’on retrouve sous le capot des variantes les plus puissantes de la 100 « C3 ». Présentée à l’automne de 1982 et découlant des solutions imaginées pour le prototype « Auto 2000 » datant de l’année précédente, celle-ci marque son temps en proposant des innovations inédites dans son segment (vitres affleurantes, absence de gouttières, etc.) qui dictent une esthétique singulière et aboutissent à un coefficient de pénétration dans l’air de 0,30, lequel souligne cruellement la sénescence de ses concurrentes à cet égard. Et, à l’instar de sa devancière, la nouvelle 100 va se doter d’une version plus ambitieuse encore : la 200 !

230 chrono !

Héritière de la 200 première du nom dévoilée en 1979, la nouvelle venue en reprend la philosophie lors de son apparition à l’été 1983 : il s’agit en quelque sorte d’une « super 100 », plus luxueuse et disponible en plusieurs motorisations atmosphériques ou turbo – mais seules les 200 suralimentées seront importées en France, recevant, en exclusivité, un turbocompresseur KKK qui transforme les ressources du cinq-cylindres. Par rapport à l’ancienne 200 5T, les progrès du moteur ne sont pas considérables sur le papier, la puissance passant de 170 à 182 ch ; mais les exceptionnelles qualités aérodynamiques de la nouvelle carrosserie font le reste en autorisant une vitesse maximale de 230 km/h. Une valeur qui, certes, sera très vite dépassée dans les années qui vont suivre mais qui, à l’époque, impressionne les observateurs car, quand la 200 Turbo déboule sur l’Autobahn, ni les BMW ni les Mercedes ne peuvent alors suivre le rythme. Handicapée par son profil hérité des seventies, la 528i E28, en dépit des indéniables qualités de son six-cylindres dont la puissance avoisine celle du groupe Audi, se voit ainsi reléguée vingt bons kilomètres/heure derrière la voiture d’Ingolstadt…

Une nouvelle référence

Alors collégien, je me souviens encore des discussions sans fin dans la cour de récréation au sujet de la faramineuse vitesse de pointe de la nouvelle Audi, au sujet de laquelle la firme communiquait d’ailleurs généreusement. Pour la première fois, la suprématie de Mercedes et BMW se trouvait sérieusement remise en cause, balayant au passage les efforts d’autres constructeurs généralistes tels qu’Opel, Ford ou Peugeot qui, au cours des années 1970, avec les Senator, Granada ou 604, avaient eux aussi – mais en vain – tenté de se hisser à leur niveau. Jusqu’alors peu connue du grand public, Audi venait de changer de statut et j’eus la chance, du haut de mes treize ans, d’y goûter dès son lancement en France car le père d’un de mes copains ne tarda pas à se séparer de sa Classe S au profit de l’une des premières 200 Turbo immatriculées dans l’Hexagone. Longue, polie comme un galet, impeccablement finie dedans comme dehors, exsudant toutes les vertus d’une ingénierie de pointe et d’un luxe propre à ébahir les conducteurs de Renault 30, l’auto m’impressionnait beaucoup dans sa combinaison de coloris éminemment classique mais toujours efficace (gris métallisé pour la carrosserie et cuir noir pour l’habitacle). À chaque fois que je prenais place à son bord, son heureux propriétaire ne se faisait pas prier pour exploiter comme il convenait les ressources du cinq-cylindres, dont la tessiture inusitée divergeait nettement de celle d’un « six pattes » allemand, sans parler de l’infortuné V6 PRV… Car la 200 Turbo ne se résumait pas à sa vitesse de pointe : ses accélérations et ses reprises la situaient, elles aussi, tout en haut du tableau !

N'oubliez pas votre reine déchue

VAG France avait, de surcroît, choisi de jouer la carte du « tout compris » en matière d’équipements – même si un copieux catalogue d’options demeurait disponible –, ce qui contrastait sensiblement avec les mœurs en vigueur à Munich ou Stuttgart… De la sorte, la 200 Turbo, avec, entre autres, ses quatre vitres électriques, ses jantes alu et sa climatisation automatique de série (une première en Europe !) ridiculisait, sur ce plan, une vieillissante Mercedes 280 E imposant de coûteuses options pour se hisser au niveau de l’Audi. Bien sûr, tout n’était pas rose et, comme c’était le cas pour d’autres grosses tractions à moteur turbo de son temps (je pense à la Renault 25, à la Lancia Thema ou à la Saab 9000), la 200 ainsi gréée ne brillait pas par sa motricité si son conducteur avait le pied lourd, en particulier sur le mouillé. Problème résolu dès 1984 avec l’apparition de la 200 quattro, animée par le même moteur que la Turbo mais dotée, comme son nom l’indiquait, de la fameuse transmission intégrale maison. Unanimement saluée pour ses qualités de grande routière « tous temps », la nouvelle venue renvoya dès lors son aînée dans un anonymat aussi injuste qu’inévitable, la Turbo s’apparentant, en comparaison, à une sorte de talentueux brouillon, par ailleurs vite rattrapé par la très convaincante Mercedes 300 E… Figurant au catalogue de la marque jusqu’en 1990, l’auto se fait rare aujourd’hui sur le marché de la collection mais, comme il y a quarante ans, conserve ses adeptes, modérément convaincus par les avantages des quatre roues motrices et appréciant les coups de pied où je pense que le turbo prodigue à la demande. Un choix original, à n’en pas douter !

2144 cm3Cylindrée
182 chPuissance
230 km/hVmax
Nicolas Fourny

Nicolas Fourny

Nicolas Fourny est rédacteur indépendant pour Car Jager, diplômé de l'ESJ Paris (École Supérieure de Journalisme). Passionné par l'automobile sous toutes ses formes, il explore le passé et le présent des plus grandes mécaniques avec une plume exigeante et documentée. Nicolas met son expérience journalistique au service d'une écriture à la fois précise, évocatrice et fiable. Chaque article est le fruit d'une recherche approfondie et d'un regard passionné, porté par une connaissance fine de l'histoire automobile. Rigueur, style et curiosité guident son travail, dans une quête permanente de justesse éditoriale, au service des lecteurs exigeants et des passionnés.

Autos similaires en vente

Audi Rs6 C5 Avant
Audi Rs6 C5 Avant
Audi Rs6 C5 Avant
Audi Rs6 C5 Avant
Audi Rs6 C5 Avant
Audi R8 V8 Fsi
Audi R8 V8 Fsi
Audi R8 V8 Fsi
Audi R8 V8 Fsi
Audi R8 V8 Fsi
Audi R8 Audi Exclusive
Audi R8 Audi Exclusive
Audi R8 Audi Exclusive
Audi R8 Audi Exclusive
Audi R8 Audi Exclusive
Audi S5 B8
Audi S5 B8
Audi S5 B8
Audi S5 B8

Carjager vous recommande

Nicolas Fourny / 07 mai 2020

Audi 100 C3: le couteau suisse d’Ingolstadt

C’est une auto que bien des gens ont oubliée. Elle fait partie de ces compagnes jadis familières, que l’on a croisées des années durant sur les routes, puis qui ont disparu de la circulation comme de la mémoire collective. Celle qui nous occupe aujourd’hui n’est certes pas la seule dans ce cas ; cependant, l’Audi C3 (également connue sous le nom de Typ 44 par les initiés), sous ses multiples identités, fait partie de ces créations qui ont changé le destin de leur constructeur — en l’occurrence, pour le meilleur. Retour sur l’histoire et la carrière d’une voiture fondatrice dont l’apparition — même si tout le monde ne s’en est pas rendu compte immédiatement — apparaît rétrospectivement comme un véritable séisme.
Audi
Audi 100
Audi 200
Nicolas Fourny / 12 nov. 2025

Audi Q7 V12 TDI quattro : pour la beauté du geste

« Dans un grondement qui n’appartient qu’à elle, la seule Audi de route à moteur V12 arrache ses 2,6 tonnes avec une fulgurance qui laisse pantois »
Allemande
Audi
V12
Nicolas Fourny / 12 nov. 2025

Audi RS4 B5 : la légende en héritage

« L’auto s’approche des temps réalisés par la Porsche 996 Turbo, voire par la Ferrari 360 Modena, presque deux fois plus chères »
Allemande
Audi
V6
Nicolas Fourny / 12 nov. 2025

Audi allroad 4.2 quattro : un break dans l'antichambre des SUV

« L’allroad justifie son appellation en adjoignant deux équipements décisifs : une suspension pneumatique capable de rehausser la garde au sol de la voiture et un réducteur »
Allemande
Audi
V8
Nicolas Fourny / 12 nov. 2025

Audi Ur-Quattro : quand tout a commencé

« Il s’agit d’adapter à un véhicule de tourisme la transmission aux quatre roues jusqu’alors réservée aux modèles tout-terrain »
Allemande
Audi
Quattro
Nicolas Fourny / 12 nov. 2025

Audi RS6 (C5) : puissance, quattro et Bauhaus attitude

« Tout en restant relativement discret, l’accastillage « RS » ne pouvait qu’attirer l’attention du connaisseur, avec ses ailes rebondies, ses grandes roues de 18 pouces et son assiette abaissée de 10 mm versus celle de la S6″
Allemande
Audi
V8
Carjager / 12 nov. 2025

Audi 80 : les vertus secrètes de l’abbé Un

Sur les routes européennes d’aujourd’hui, les Audi A4 sont aussi répandues que les épidémiologistes sur les plateaux des chaînes d’information en continu. Cependant, la plupart de ceux qui conduisent cette remarquable berline n’ont probablement aucune idée de ses origines, ni de son héritage technique, ni de l’histoire de ses aînées. C’est fort regrettable car, s’ils se donnaient la peine d’effectuer quelques recherches, ils s’apercevraient qu’il y a près de cinquante ans, l’histoire de la firme bavaroise — et, au-delà, de l’ensemble du groupe VAG — a pris un tournant décisif lors de l’apparition de la toute première 80. Une voiture fort injustement oubliée et dont les derniers exemplaires encore en état de rouler font la joie d’amateurs éclairés. Après avoir lu ce qui suit, vous aurez sans nul doute envie de les rejoindre…
80
Abbé Un
Allemande
Paul Clément-Collin / 12 nov. 2025

Audi Cabriolet 8G/B4 : une occasion à saisir

Il est étonnant comme la perception des marques peut changer (en bien ou en mal, et parfois de façon irrationnelle) en à peine quelques années. Pour beaucoup, Audi est sorti des limbes pour se positionner comme une marque premium, alors que pour moi, en perdant son côté challenger et (un peu) iconoclaste, elle a perdu beaucoup de ses attraits. Au début des années 90, je l’avoue, j’étais très fan d’Audi car elle représentait « l’alternative » aux BMW et Mercedes, tout en restant encore peu connue du grand public : c’était à mon sens une excellente façon de rouler original tout en tutoyant de très près le premium ou la performance. Aujourd’hui, tout le monde roule en Audi. Tant mieux pour la marque et pour ses finances, mais à mes yeux, elle a perdu tout intérêt (enfin presque hein, ne me faites pas dire ce que je n’ai pas dit).
8g B4
Allemande
Audi

Vendre avec CarJager ?

Voir toutes nos offres de vente