Audi Ur-Quattro : quand tout a commencé
Youngtimers
Allemande
Audi
Coupé
Youngtimers

Audi Ur-Quattro : quand tout a commencé

Par Nicolas Fourny - 12/11/2025

« Il s’agit d’adapter à un véhicule de tourisme la transmission aux quatre roues jusqu’alors réservée aux modèles tout-terrain »

wp2317655-audi-quattro-wallpapers.jpg

Disons-le sans ambages : Audi, telle que nous la connaissons aujourd’hui, doit absolument tout à la Quattro, dont la première apparition date d’il y a exactement quarante-quatre ans et qui constitue une impeccable synthèse de tout ce sur quoi la firme aux anneaux a lentement bâti sa réputation : ingénierie de haut vol, technicité et innovation, performance, qualité de construction et, bien sûr, succès en compétition. Sans crier gare, ce coupé aux formes un peu balourdes a enclenché une authentique révolution technique en même temps qu’il permettait à son constructeur de gravir la première marche du très long escalier au sommet duquel BMW et Mercedes-benz le toisaient encore et qui allait le conduire vers ce qui s’appelait le « haut de gamme ». Comment imaginer, alors, que cette obscure sous-marque de Volkswagen allait s’avérer capable de lancer une voiture de sport sans aucun équivalent sur le marché, de remporter quatre titres en championnat du monde des rallyes et d’ouvrir de nouvelles perspectives dans lesquelles ses concurrents seraient bientôt contraints de s’engouffrer à sa suite ?

photos_audi_quattro_1980_5-aspect-ratio-1280-905.jpg
wallpapers_audi_quattro_1980_5-aspect-ratio-1024-727.jpg
audi_quattro_1980_wallpapers_3-aspect-ratio-1024-728.jpg

Il y a belle lurette que le nom « Quattro » ne désigne plus un modèle en particulier, mais est devenu un suffixe désignant les variantes à quatre roues motrices de la gamme Audi, qu’il s’agisse de la « vraie » transmission Quattro des origines, conçue pour les moteurs longitudinaux, des systèmes à coupleur Haldex équipant les voitures à moteur transversal, voire même de certains bathyscaphes électrifiés qui pullulent désormais dans le catalogue d’Ingolstadt. C’est la raison pour laquelle la voiture au volant de laquelle Michèle Mouton, Hannu Mikkola ou Walter Röhrl s’illustrèrent dans le cadre du championnat du monde des rallyes est rétrospectivement appelée « Ur-Quattro » par les amateurs – le « Ur » qualifiant, en quelque sorte, l’objet originel dans la langue de Goethe. Car plus de quatre décennies se sont écoulées depuis la présentation de l’auto au Salon de Genève 1980, sous la forme d’un coupé fastback établi sur la base de la berline 80 « B2 » commercialisée deux ans plus tôt et dont l’Auto-Journal, sous la plume d’André Costa, avait ainsi titré son premier galop d’essai : « Le 4×4 à l’assaut de la voiture de sport ».

Il y a belle lurette que le nom « Quattro » ne désigne plus un modèle en particulier, mais est devenu un suffixe désignant les variantes à quatre roues motrices de la gamme Audi, qu’il s’agisse de la « vraie » transmission Quattro des origines, conçue pour les moteurs longitudinaux, des systèmes à coupleur Haldex équipant les voitures à moteur transversal, voire même de certains bathyscaphes électrifiés qui pullulent désormais dans le catalogue d’Ingolstadt. C’est la raison pour laquelle la voiture au volant de laquelle Michèle Mouton, Hannu Mikkola ou Walter Röhrl s’illustrèrent dans le cadre du championnat du monde des rallyes est rétrospectivement appelée « Ur-Quattro » par les amateurs – le « Ur » qualifiant, en quelque sorte, l’objet originel dans la langue de Goethe. Car plus de quatre décennies se sont écoulées depuis la présentation de l’auto au Salon de Genève 1980, sous la forme d’un coupé fastback établi sur la base de la berline 80 « B2 » commercialisée deux ans plus tôt et dont l’Auto-Journal, sous la plume d’André Costa, avait ainsi titré son premier galop d’essai : « Le 4×4 à l’assaut de la voiture de sport ».

Quattro forever

Les conclusions du célèbre essayeur sont dépourvues d’ambiguïté : « Tout comme avec l’engin le plus poussif, il est ici possible d’écraser quasiment sans retenue l’accélérateur en cours de virage. Avec une voiture à deux roues motrices aussi puissante, cela se traduirait immanquablement par une mise en travers ou par un « tout droit » dangereux. Avec la Quattro, la voiture se contente d’accélérer puissamment en conservant sa trajectoire avec une ténacité stupéfiante. » Toutefois, dans le même numéro de l’A-J, on apprend que le père de la Quattro – est-il nécessaire de rappeler qu’il s’agit du légendaire Ferdinand Piëch ? – considère que l’avènement de celle-ci constitue un événement aussi important que l’apparition des freins sur les quatre roues dans les années 1920… Avec le recul du temps, cette assertion semble à tout le moins exagérée car, contrairement à ce que certains croyaient à l’époque, la transmission intégrale ne s’est pas généralisée, loin s’en faut, en dépit des avantages de la formule en matière de sécurité active. Il est vrai que la création de l’ESP a changé beaucoup de choses… Dans la foulée d’Audi, plusieurs constructeurs ont eux aussi lancé des modèles à quatre roues motrices « full time », avec des fortunes diverses et, dès le milieu des années 1990, la plupart d’entre eux (Renault, Opel ou le groupe PSA) y avaient plus ou moins renoncé. Rien de tel en Bavière, où le « Quattro » ne s’est pas borné à une errance du marketing ou à un vulgaire effet de mode ; la transmission aux quatre roues fait à tout jamais partie de l’ADN d’Audi…

Entre la Range Rover et la Porsche

Elle a même amplement contribué à édifier l’identité de la firme, plutôt du genre insaisissable depuis sa renaissance inespérée sous l’égide de Volkswagen, en 1965, le géant de Wolfsburg utilisant sa filiale (à laquelle fut rattachée NSU dès 1969) comme une sorte de laboratoire destiné à expérimenter des solutions techniques inenvisageables sous le label VW. De la sorte, quinze ans durant Audi va laborieusement se construire une image de marque sérieuse, certes pétrie de rigueur technique, mais réfractaire à toute innovation réelle (à titre d’exemple, la malheureuse Ro 80 fut commercialisée jusqu’au terme de sa carrière sous la marque NSU) jusqu’au moment où, fraîchement débarqué de la maison Porsche, Ferdinand Piëch fut nommé à la direction du développement technique du constructeur, en 1972. Quatre ans plus tard, le cinq-cylindres Audi poussait ses premiers vagissements sous le capot de l’anodine berline 100 « C2 », avant que la 200 5T, en 1979, n’en adopte la première version suralimentée, annonçant déjà le moteur de la Quattro alors à l’étude. En ce temps-là, les voitures européennes à moteur turbocompressé ne sont pas légion, mais c’est bien la transmission de l’engin qui recèle l’innovation décisive voulue par Piëch, dont le raisonnement est imparable : il s’agit d’adapter à un véhicule de tourisme la transmission aux quatre roues jusqu’alors réservée aux modèles tout-terrain, l’objectif consistant à exploiter le bénéfice obtenu en termes de motricité, non pas dans le but de crapahuter hors goudron mais, bien au contraire, afin d’améliorer le comportement de l’auto sur route ouverte !

audi_quattro_1980_photos_3-aspect-ratio-1280-914.jpg

Le coup de génie de l’ingénieur Piëch

Bien entendu, le principe retenu est celui d’un 4×4 permanent, par opposition aux systèmes enclenchables encore nombreux à l’époque ; modèle de route également destiné à la compétition au plus haut niveau, la nouvelle Audi ne saurait se contenter d’une solution aussi rustique ; son conducteur devra pouvoir compter en toutes circonstances sur les avantages d’une authentique transmission intégrale. Piëch et son équipe n’ont pas à aller chercher bien loin pour s’en procurer les composants ; le confidentiel VW Iltis, initialement développé pour la Bundeswehr et vainqueur du Paris-Dakar 1980, dispose d’une chaîne cinématique bien plus sophistiquée que ses rivaux, notamment japonais. L’ingénieur Jörg Bensinger a en effet conçu un système permettant de distribuer le couple aux quatre roues, selon une répartition fondamentale de 50/50 entre les deux essieux, l’ensemble comportant un différentiel interponts – indispensable pour permettre un entraînement permanent des quatre roues –, celui-ci étant blocable manuellement, de même que le différentiel arrière, atout précieux pour se sortir de certaines situations extrêmes, dans la boue ou la neige par exemple. Lorsque la Quattro apparaît, seuls Subaru et, dans une moindre mesure, AMC proposent des modèles de tourisme à quatre roues motrices. L’originalité de la démarche des Allemands consiste à concevoir la première Audi ainsi gréée comme une authentique voiture de sport, dont les premières sorties en course laissent au demeurant entrevoir le potentiel – rappelons qu’au début de 1981, la voiture remporte sans coup férir les six premières épreuves du rallye Monte Carlo, courues sur la neige… avant qu’Audi remporte le championnat du monde des rallyes en 1982 et 1984, tandis que Hannu Mikkola et Stig Blomqvist s’arrogeaient le titre pilotes, respectivement en 1983 puis 1984. L’issue est implacable : malgré le baroud d’honneur de la Lancia 037, après la Quattro, tous les compétiteurs aligneront des voitures à quatre roues motrices.

Quatre roues motrices pour tous (ou pas)

Avec ses 200 ch, la Quattro de route pourrait théoriquement, si l’on se borne à considérer la puissance nominale de l’engin, se mesurer aux BMW 628 CSi (184 ch), Mercedes 280 CE (185 ch) ou Opel Monza 3.0 E (180 ch). Mais, à la vérité, l’auto ne connaît aucune rivale européenne véritable et il faudra attendre la sortie de la Porsche 911 Carrera 4, sept ans plus tard, pour qu’un autre coupé sportif à quatre roues motrices rejoigne Audi dans une catégorie décidément peu fréquentée. Notre Ur-Quattro, qui va recevoir en 1989 une culasse à 20 soupapes en guise de feu d’artifice final, est alors à son couchant mais, depuis sa naissance, sa transmission a largement essaimé chez Audi, y compris dans de paisibles berlines 100 animées par un modeste quatre-cylindres de 90 ch – tentative émérite de proposer la sécurité octroyée par les quatre roues motrices à une clientèle peu concernée par la quête de performances, à un moment où ni BMW, ni Mercedes ne sont en mesure de répliquer (il faudra attendre 1985 pour que Stuttgart propose son système 4MATIC et que Munich présente sa 325iX, les deux concurrents d’Audi limitant leur offre aux mieux motorisés de leurs modèles). La maîtrise de la suralimentation – plus tard associée aux culasses multisoupapes –, l’atypisme du cinq-cylindres et la transmission Quattro ont permis à Audi de développer des modèles de plus en plus performants, sans avoir à subir les problèmes de motricité rencontrés par les conducteurs de tractions puissantes telles que les Lancia Thema, Renault 25 ou Saab 9000. Pour parvenir à se ménager une place aux côtés de BMW et Mercedes, il fallait défricher un chemin inédit, s’extraire du classicisme ingénierial alors en vigueur, imposer une nouvelle approche. Désormais considérée, à juste titre, comme un jalon historique, la cote de la Quattro s’est mise à grimper et il faut désormais prévoir une enveloppe de 50 à 60 000 euros pour acquérir un bel exemplaire – c’est-à-dire autant qu’une Porsche 964. Choisis ton camp, camarade !

wallpapers_audi_quattro_1980_6-aspect-ratio-1280-917.jpg
2144 cm3Cylindrée
200 chPuissance
220 km/hVmax
wallpapers_audi_quattro_1980_1-aspect-ratio-1280-960.jpg
photos_audi_quattro_1980_6-aspect-ratio-1024-722.jpg
audi_quattro_1980_images_3-aspect-ratio-1024-719.jpg
audi_quattro_1980_images_5-aspect-ratio-2048-1476.jpg
pictures_audi_quattro_1980_5-aspect-ratio-1280-917.jpg
Nicolas Fourny

Nicolas Fourny

Nicolas Fourny est rédacteur indépendant pour Car Jager, diplômé de l'ESJ Paris (École Supérieure de Journalisme). Passionné par l'automobile sous toutes ses formes, il explore le passé et le présent des plus grandes mécaniques avec une plume exigeante et documentée. Nicolas met son expérience journalistique au service d'une écriture à la fois précise, évocatrice et fiable. Chaque article est le fruit d'une recherche approfondie et d'un regard passionné, porté par une connaissance fine de l'histoire automobile. Rigueur, style et curiosité guident son travail, dans une quête permanente de justesse éditoriale, au service des lecteurs exigeants et des passionnés.

Autos similaires en vente

Audi Rs6 C5 Avant
Audi Rs6 C5 Avant
Audi Rs6 C5 Avant
Audi Rs6 C5 Avant
Audi Rs6 C5 Avant
Audi R8 V8 Fsi
Audi R8 V8 Fsi
Audi R8 V8 Fsi
Audi R8 V8 Fsi
Audi R8 V8 Fsi
Audi R8 Audi Exclusive
Audi R8 Audi Exclusive
Audi R8 Audi Exclusive
Audi R8 Audi Exclusive
Audi R8 Audi Exclusive
Audi S5 B8
Audi S5 B8
Audi S5 B8
Audi S5 B8

Carjager vous recommande

Nicolas Fourny / 12 nov. 2025

Audi Q7 V12 TDI quattro : pour la beauté du geste

« Dans un grondement qui n’appartient qu’à elle, la seule Audi de route à moteur V12 arrache ses 2,6 tonnes avec une fulgurance qui laisse pantois »
Allemande
Audi
V12
Nicolas Fourny / 12 nov. 2025

Audi RS4 B5 : la légende en héritage

« L’auto s’approche des temps réalisés par la Porsche 996 Turbo, voire par la Ferrari 360 Modena, presque deux fois plus chères »
Allemande
Audi
V6
Nicolas Fourny / 12 nov. 2025

Audi allroad 4.2 quattro : un break dans l'antichambre des SUV

« L’allroad justifie son appellation en adjoignant deux équipements décisifs : une suspension pneumatique capable de rehausser la garde au sol de la voiture et un réducteur »
Allemande
Audi
V8
Nicolas Fourny / 12 nov. 2025

Audi RS6 (C5) : puissance, quattro et Bauhaus attitude

« Tout en restant relativement discret, l’accastillage « RS » ne pouvait qu’attirer l’attention du connaisseur, avec ses ailes rebondies, ses grandes roues de 18 pouces et son assiette abaissée de 10 mm versus celle de la S6″
Allemande
Audi
V8
Carjager / 12 nov. 2025

Audi 80 : les vertus secrètes de l’abbé Un

Sur les routes européennes d’aujourd’hui, les Audi A4 sont aussi répandues que les épidémiologistes sur les plateaux des chaînes d’information en continu. Cependant, la plupart de ceux qui conduisent cette remarquable berline n’ont probablement aucune idée de ses origines, ni de son héritage technique, ni de l’histoire de ses aînées. C’est fort regrettable car, s’ils se donnaient la peine d’effectuer quelques recherches, ils s’apercevraient qu’il y a près de cinquante ans, l’histoire de la firme bavaroise — et, au-delà, de l’ensemble du groupe VAG — a pris un tournant décisif lors de l’apparition de la toute première 80. Une voiture fort injustement oubliée et dont les derniers exemplaires encore en état de rouler font la joie d’amateurs éclairés. Après avoir lu ce qui suit, vous aurez sans nul doute envie de les rejoindre…
80
Abbé Un
Allemande
Paul Clément-Collin / 12 nov. 2025

Audi Cabriolet 8G/B4 : une occasion à saisir

Il est étonnant comme la perception des marques peut changer (en bien ou en mal, et parfois de façon irrationnelle) en à peine quelques années. Pour beaucoup, Audi est sorti des limbes pour se positionner comme une marque premium, alors que pour moi, en perdant son côté challenger et (un peu) iconoclaste, elle a perdu beaucoup de ses attraits. Au début des années 90, je l’avoue, j’étais très fan d’Audi car elle représentait « l’alternative » aux BMW et Mercedes, tout en restant encore peu connue du grand public : c’était à mon sens une excellente façon de rouler original tout en tutoyant de très près le premium ou la performance. Aujourd’hui, tout le monde roule en Audi. Tant mieux pour la marque et pour ses finances, mais à mes yeux, elle a perdu tout intérêt (enfin presque hein, ne me faites pas dire ce que je n’ai pas dit).
8g B4
Allemande
Audi
Paul Clément-Collin / 12 nov. 2025

Audi A8 Coupé: prudence est mère de toutes les vertus !

En 1994, Audi sortait du bois en présentant sa toute nouvelle Audi A8 (dite « D2 », lire aussi : Audi A8), au design superbe rompant avec les lignes carrées de sa devancière V8 (lire aussi : Audi V8). Avec ce tout nouveau modèle à la carrosserie en aluminium pour plus de légèreté, Audi atteignait enfin son but : être totalement crédible sur le terrain du haut de gamme face aux BMW Série 7 ou Mercedes Classe S.
A8
Bmw
Luxe
Paul Clément-Collin / 12 nov. 2025

Audi 200 : les prémices d'Audi !

Savez-vous pourquoi je suis assez fan de l’Audi 200 ? Tout simplement parce qu’à l’époque où commençait mon « éducation automobile » passait tous les dimanches, entre l’école des Fans et Dimanche Martin le fameux feuilleton Magnum (lire aussi : Magnum PI). Si Thomas Sullivan Magnum conduisait une Ferrari 308 , l’inénarrable Higgins disposait quant à lui de l’Audi 200 de Robin Masters. Audi 200 ? Pas tout à fait puisqu’il s’agissait de sa déclinaison américaine, dénommée outre atlantique (et dans ce cas précis « outre-pacifique ») Audi 5000 !
200
Allemande
Audi

Vendre avec CarJager ?

Voir toutes nos offres de vente