BMW Série 7 E65 : faut-il la réhabiliter ?
par Nicolas Fourny le 29 septembre 2026Alors qu’elle entre peu à peu dans le petit monde des youngtimers, la BMW Série 7 de la génération E65 continue de souffrir des inévitables comparaisons avec ses devancières dont, bien entendu, l’insurpassable E38, unanimement considérée comme le chef-d’œuvre de Munich en la matière. Et il est vrai qu’il y a vingt-cinq ans, le choc fut violent pour les amoureux de la marque – et aussi pour les autres, d’ailleurs – lorsqu’ils découvrirent la physionomie de la nouvelle Siebener. Disruptive, provocatrice, iconoclaste, l’auto provoqua de leur part une fureur sans précédent, allant jusqu’à des pétitions réclamant avec virulence le départ de Chris Bangle, alors directeur du style BMW ! Un quart de siècle plus tard, les passions se sont apaisées, permettant sans doute de poser un nouveau regard sur l’auto…


Le vilain petit canard de Munich
Comme le temps passe : songez que, l’année prochaine, la première Série 7, codée E23 dans la nomenclature de Munich, fêtera ses cinquante ans ! Depuis lors, le modèle s’est plusieurs fois renouvelé, jusqu’à la septième génération actuelle, apparue en 2022 et dont on ne peut pas dire qu’elle ait suscité une admiration sans bornes de la part des thuriféraires de la marque. Revendiquant l’ostentation brutaliste de son design, en accord avec ses proportions de char d’assaut, l’auto a fait beaucoup de bruit lors de sa présentation officielle, certains n’hésitant pas à affirmer que BMW avait réussi à faire encore pire qu’avec la E65… ce qui en dit long quant aux piètres souvenirs que cette dernière a laissés dans la mémoire collective. Accueillie en son temps avec autant de stupéfaction que de désarroi, la première Série 7 du XXIe siècle, lorsqu’elle quitta la scène en 2008 au profit d’une F01 bien plus consensuelle, fut reléguée avec soulagement dans la catégorie des accidents de l’histoire – d’autant qu’entretemps, Chris Bangle, sous l’autorité duquel la E65 avait été dessinée par Adrian van Hooydonk, avait quitté BMW.
Une histoire de saucisses
Il n’empêche que van Hooydonk a pris la suite de son maître, et qu’il supervise toujours le style BMW à l’heure actuelle… À son tour, la génération G70 ressemble donc fort à un manifeste aussi dérangeant que le furent, à l’époque, les choix retenus pour la E65, à propos de laquelle Bangle avait déclaré : « C’en est fini du temps où BMW proposait la même saucisse en plusieurs tailles » – fine allusion à la ressemblance avérée entre, par exemple, les Série 5 E34 et Série 7 E32, difficiles à distinguer par les profanes sous certains angles. Il fallait donc s’attendre – et ce fut le cas – à ce que les futures berlines BMW arborent des styles plus différenciés ; mais la révolution Bangle ne s’arrêta pas là. Délibérément conçue pour dynamiter la quasi-totalité des préceptes en vigueur à Munich depuis le début des années 1960 et l’apparition de la Neue Klasse salvatrice pour la firme, la E65 ne constituait pourtant pas une surprise absolue dans la mesure où plusieurs de ses thèmes esthétiques avaient été annoncés dès l’automne 1999 avec la présentation, dans le cadre du Salon de Francfort, du coupé Z9, concept car décliné en cabriolet l’année suivante.

Du passé, faire table rase
Certes, la Série 7 commercialisée deux ans plus tard ne reprenait évidemment pas les portes papillon du coupé Z9, mais celui-ci avait néanmoins divulgué, en un teasing volontairement déstabilisant pour les puristes du style maison, de nombreux éléments de style de la nouvelle berline de Munich. À l’extérieur, l’on retrouvait ainsi les principes des clignotants ayant migré au-dessus des projecteurs, octroyant un regard étrangement mélancolique à la voiture, et, surtout, de la malle arrière non plus intégrée mais semblant posée sur le troisième volume de la carrosserie, comportant de surcroît un becquet massif qui allait faire couler beaucoup d’encre. L’habitacle n’était pas en reste : abandonnant la sacro-sainte planche de bord cintrée et orientée vers le conducteur, la E65 proposait un mobilier rectiligne d’où émergeait l’écran – de belles dimensions pour l’époque – associé au fameux système iDrive et à sa molette de commande baptisée controller, lesquels transfiguraient littéralement l’esthétique et l’ergonomie du poste de conduite, au même titre que la commande de boîte, déportée au volant (cela ne vous rappelle rien ?). À tel point que si un propriétaire de Série 7 E38 avait pénétré dans cet habitacle après que le logo BMW eût été retiré du volant, sans doute aurait-il eu beaucoup de mal à reconnaître sa marque fétiche dans cet environnement sans doute trop clinique, dont la qualité de finition avait régressé, froidement technologique et finalement plus déroutant que convaincant.
Classicisme ou disruption ?
Cela en surprendra peut-être certains, mais la E65 n’a pas été rejetée par tout le monde. Souvent vilipendée en Europe, elle a davantage séduit en Amérique et en Asie, comme en témoignent des volumes de production à peu près identiques à ceux de sa devancière (environ 340 000 voitures produites en sept années de présence au catalogue). Certaines de ses caractéristiques ont perduré jusqu’à nos jours et directement inspiré la concurrence – observez la planche de bord de la Mercedes Classe S W221 et vous comprendrez –, comme l’implantation de l’écran au sommet du meuble de bord ou bien l’iDrive qui, dans son principe, aura précédé les systèmes COMAND ou MMI chez Mercedes et Audi. Et si son style fut sensiblement adouci lors du restylage intervenu en 2005 avant que BMW ne revienne prudemment à l’orthodoxie stylistique avec la génération F01, les innovations dissimulées sous la carrosserie de la E65 ont fait école – qu’il s’agisse des barres anti-roulis actives, du frein de parking électrique ou des projecteurs directionnels. Disponible avec une large gamme de moteurs essence et Diesel, en six-cylindres, V8 et V12, l’auto aura préservé, sur ce point, la réputation de son constructeur. Toutefois, si l’aventure vous tente, ne perdez pas de vue le fait que cette génération de Série 7, tout comme ses contemporaines, est devenue aussi accessible à l’achat que coûteuse à entretenir, et très vite ruineuse à réparer : à bon entendeur…


Post-scriptum : comme bien d’autres, la Série 7 E65 paie son extrême sophistication technique et électronique par des coûts de maintenance prohibitifs deux décennies plus tard, lesquels ont découragé plus d’un utilisateur – ce d’autant plus que la fiabilité générale marquait un net recul par rapport à la E38. Résultat : l’auto a dorénavant à peu près disparu de nos routes et il faut être véritablement amoureux du modèle pour tenter l’aventure. Mais on en connaît qui, mezza voce, finissent par avouer leur coupable inclination pour cette créature atypique, transgressive et sans doute trop en avance à certains égards. Mais comme chacun sait, avoir raison trop tôt, c’est souvent avoir tort. CQFD !


Nicolas Fourny


