BMW Vision Alpina : une mutation hasardeuse
par Nicolas Fourny le 27 octobre 2026Rachetée par BMW en 2022, la maison Alpina, fondée par le regretté Burkard Bovensiepen en 1965, a depuis longtemps acquis ses lettres de noblesse auprès des amateurs. Ayant entièrement consacré sa production à la firme de Munich dont elle n’a cessé, plusieurs décennies durant, de sublimer la plupart des modèles, le nom de l’entreprise est aujourd’hui la propriété du groupe BMW. Pour autant, le rôle que joueront les futures Alpina est encore flou. Le concept car qui nous occupe aujourd’hui lève une partie du voile…

Un nom… et c’est tout
BMW devait-il racheter Alpina ? La question mérite d’être posée car, si la prise de contrôle d’AMG par Mercedes-Benz, en 1998, pouvait être considérée comme assez logique et allant dans le sens de l’histoire, le contexte bavarois est différent. Car chez BMW, il existe déjà, de longue date, la division Motorsport, plus connue sous la simple initiale « M » et justement chargée d’élaborer les variantes les plus épicées de la plupart des modèles de la firme munichoise. Dans ces conditions, on pouvait donc s’interroger quant au futur positionnement des Alpina made by BMW, d’autant plus qu’en réalité, un peu comme dans le cas de Rolls-Royce, le constructeur n’a en réalité acquis qu’un nom. Tous les autres actifs de l’entreprise sise à Buchloe, à seulement 70 kilomètres de Munich, demeurent la propriété de la famille Bovensiepen… qui, comme précédemment, va continuer de commercialiser des voitures élaborées sur base BMW, mais sous son propre nom cette fois !
Une énigme bavaroise
Voilà qui ne contribue guère à clarifier la situation, et tous les bons connaisseurs de l’histoire de BMW et d’Alpina, si intimement liées depuis six décennies, étaient donc très curieux de découvrir quel rôle allait être assigné au nom de l’un des préparateurs-constructeurs européens les plus respectés. Il aura fallu attendre l’édition 2026 du célèbre concours d’élégance de la Villa d’Este, manifestation historique organisée par BMW depuis dix-sept ans, pour obtenir une première réponse concrète, sous la forme d’un concept car très réaliste sur lequel il importe de s’attarder. Et il faut bien en convenir, ce long coupé de 5,20 mètres de long ne renverse pas la table : on a l’impression de contempler un dérivé à deux portes de l’actuelle berline Série 7 ; ce qui ne doit pas nous empêcher d’admirer la physionomie du résultat, de facture assez classique et – si l’on excepte une proue trop massive à notre goût – fort heureusement moins lourdingue que sa matrice.

La résurrection (avortée) de la Série 8
Telle qu’elle se présente, cette Vision Alpina fait donc irrésistiblement songer à une réincarnation de la défunte Série 8, abandonnée sans descendance l’année dernière, BMW étant parvenu à la même conclusion que Mercedes dans le cas d’espèce : ringardisés par les SUV, les grands coupés patriciens ne se vendent plus suffisamment pour justifier leur existence. C’est la raison pour laquelle on pourrait être surpris par ce qui aurait pu s’apparenter à une sorte de valse-hésitation, jusqu’au moment de comprendre qu’en dépit de son réalisme – l’auto semblant prête pour une production en série –, il n’est pas question de la commercialiser. En réalité, la Vision Alpina n’est là que pour annoncer les tendances stylistiques et la philosophie générale du nouveau label maison. Car BMW entend désormais exploiter le nom d’Alpina afin de créer une nouvelle série de véhicules, situés au-dessus de la gamme « classique » de la marque, mais en demeurant en-deçà du luxe ultime, qui reste bien sûr la chasse gardée des Rolls-Royce. Et c’est là que le bât blesse, car il nous semble pour le moins étrange de vouloir transformer Alpina en une sorte de division « prestige » de BMW, dont le narratif s’appuie sur la notion de « luxe sportif ». Ce qui, en somme, ne veut pas dire grand-chose.
Quand BMW veut faire du Maybach
Il va donc falloir faire preuve de patience pour découvrir, dans le courant de 2027, la première Alpina de cette nouvelle ère, laquelle devrait dériver directement de la Série 7. Et en examinant le prototype présenté en Italie, on peut déceler plusieurs indices indiquant dans quelle direction BMW souhaite projeter la marque. Bien que présentant des détails plus raffinés qu’à l’origine, le mobilier reprend les codes actuels de la maison : volant aux formes baroques, système Panoramic Vision remplaçant le bloc instrumental usuel et écrans XXL greffés sur la planche de bord. Côté matériaux, il est question de cuir pleine fleur, d’éléments en cristal ou de boiseries à pores ouverts. Rien de révolutionnaire, donc, et l’hypothèse la plus probable est de voir apparaître une Série 7 façon Maybach, qui ne se différenciera des variantes plus « ordinaires » que par une série de détails destinés à satisfaire les amateurs d’exclusivité. Il est donc peu probable d’assister au lancement de modèles originaux, sans parler de versions à caractère sportif qui, on l’a vu, se retrouveraient en concurrence frontale avec les BMW « M ». Une initiative pour le moins hasardeuse, car les fidèles d’Alpina iront sans doute se consoler chez Bovensiepen, tandis que les amateurs de luxe véritable risquent de ne pas s’enthousiasmer pour la proposition…


Post-scriptum : il y a de quoi s’avouer perplexe devant les choix de BMW concernant Alpina, tels qu’on peut les envisager à ce stade. Vouloir transformer un label réputé, dont l’ADN relève avant tout du « Freude am Fahren » poussé à son paroxysme, en sous-marque uniquement destinée à vendre des Série 7 suréquipées et nanties de quelques raffinements supplémentaires, voilà qui révèle une stratégie difficilement lisible. Qui sait ? L’avenir nous donnera peut-être tort…




Nicolas Fourny


