Cette Ferrari était très attendue… son design fait aujourd’hui polémique
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Cette Ferrari était très attendue… son design fait aujourd’hui polémique

Par Camille Delcourt - 21/06/2026

La Ferrari Luce devait ouvrir une nouvelle page pour le cheval cabré. Elle a surtout déclenché une vague de critiques, notamment sur son style. Un ancien designer de Fiat et Nio analyse les choix de cette Ferrari de 1 050 chevaux. La première Ferrari électrique serait-elle victime d’un design trop pensé comme un objet ?

Ferrari vient d’entrer dans l’ère électrique avec la Luce, son premier modèle de série 100 % électrique. Mais cette nouveauté, attendue comme un tournant historique, ne fait pas l’unanimité auprès des fans de la marque. Au-delà de la motorisation, c’est surtout son dessin extérieur et intérieur qui alimente les débats, malgré une signature prestigieuse confiée à Marc Newson et sir Jony Ive, deux noms associés à l’univers Apple. Le site Car News China a demandé l’avis d’Alexey Semenov, ancien designer chez Fiat et Nio, aujourd’hui à la tête du cabinet A3 Agentur, afin de comprendre pourquoi cette Ferrari divise autant.

Une Ferrari électrique sous haute tension

La Luce n’est pas une Ferrari comme les autres. Par son architecture, sa motorisation et son image, elle porte une rupture majeure pour Maranello. Mais cette rupture ne passe pas facilement. Les puristes reprochent déjà à la voiture son abandon du moteur thermique. Pourtant, la mécanique n’est pas le seul sujet sensible. Son apparence provoque presque autant de réactions que sa fiche technique. La première Ferrari électrique de l’histoire arrive donc dans une ambiance électrique au sens figuré aussi. Elle intrigue, elle choque, elle fait parler. Mais elle semble peiner à convaincre ceux qui attendaient une transition plus fidèle aux codes visuels de la marque.

Quand le design produit rencontre l’automobile

Pour Alexey Semenov, le problème central vient du rapprochement entre deux mondes qui ne répondent pas aux mêmes règles. Le design industriel et le design automobile partagent certaines méthodes, mais ils ne travaillent pas avec les mêmes contraintes. Un objet peut séduire par sa pureté, son minimalisme ou sa logique fonctionnelle. Une voiture, surtout une Ferrari, doit aussi exprimer du mouvement, de la tension, de la présence et une forme d’émotion mécanique. Selon lui, la Luce montre précisément les limites de cette rencontre. L’intention n’est pas mauvaise, mais le résultat crée une tension visuelle difficile à ignorer.

Des proportions qui manquent d’élan

La première critique porte sur les proportions générales. Alexey Semenov estime que la voiture paraît à la fois courte et assez haute. Cette combinaison donne une impression de carrosserie comprimée. L’auto semble moins étirée, moins fluide, moins posée qu’on ne l’attendrait d’une Ferrari. Ce ressenti nuit à l’équilibre global. Là où une voiture de Maranello doit habituellement dégager une force naturelle, la Luce paraît plus difficile à lire. Elle manque, selon cette analyse, de cette présence immédiate qui fait souvent la signature des Ferrari.

Les jantes, une occasion manquée

Le designer se montre aussi critique sur les roues. Pour lui, les jantes auraient pu renforcer l’assise de la voiture et allonger visuellement sa silhouette. Elles produiraient pourtant l’effet inverse. Leur dessin donnerait l’impression que les roues sont plus petites qu’en réalité, ce qui affaiblit la posture générale de l’auto. Sur une sportive, même électrique, ce détail compte beaucoup. Les roues participent à la tension visuelle, à l’impression de puissance et à la manière dont la voiture s’ancre sur la route. Sur la Luce, cet effet serait trop discret, voire contrarié.

Un arrière jugé trop lourd

La partie arrière ne convainc pas davantage Alexey Semenov. Il la juge massive et difficile à équilibrer. La transition entre le pavillon et la poupe manquerait de naturel. Ce passage donne selon lui une impression de lourdeur, comme si la carrosserie peinait à trouver sa respiration. Même les feux arrière inspirés de l’héritage Ferrari ne suffisent pas à sauver l’ensemble à ses yeux. Ils rappellent bien l’histoire de la marque, mais leur intégration ne parvient pas à compenser les déséquilibres de volume.

Une carrosserie pensée, mais trop prudente

Le jugement n’est pas uniquement négatif. Alexey Semenov reconnaît que le traitement des surfaces extérieures paraît réfléchi. Mais il le juge aussi trop retenu. L’idée de départ avait, selon lui, un vrai potentiel. Ferrari pouvait utiliser cette première électrique pour ouvrir une voie forte, nouvelle et cohérente. Le paradoxe, c’est que la Luce semble audacieuse par son concept, mais prudente dans certaines exécutions. Elle ose rompre avec la tradition, sans toujours aller assez loin pour créer une nouvelle évidence esthétique.

Un habitacle plus convaincant

L’intérieur reçoit en revanche un accueil beaucoup plus favorable de la part du designer. Alexey Semenov y voit un exemple réussi de design produit appliqué à l’automobile. L’habitacle mélange des commandes physiques et des écrans dans une ambiance à la fois analogique et moderne. Le style revendique une forme d’esprit néo rétro, sans tomber entièrement dans la nostalgie. Ce traitement paraît cohérent, soigné et intéressant. Mais là encore, une réserve demeure. Selon Semenov, cet intérieur conviendrait mieux à une citadine électrique haut de gamme conçue par une jeune marque ambitieuse. Dans une Ferrari vendue à un niveau de prix très élevé, la question de sa pertinence reste donc ouverte.

Une fiche technique spectaculaire

Sous son dessin controversé, la Luce reste une machine aux chiffres impressionnants. Elle reçoit quatre moteurs électriques pour une puissance totale de 1 050 chevaux. Ferrari annonce un 0 à 100 km h en 2,5 secondes et une vitesse maximale de 310 km h. La batterie affiche 122 kWh de capacité brute et permet jusqu’à 530 kilomètres d’autonomie.

Sur le papier, la performance est bien là. Mais pour une Ferrari, les chiffres ne suffisent jamais tout à fait. L’émotion, la posture et la cohérence visuelle pèsent presque autant que l’accélération. La Ferrari Luce restera peut être comme un tournant essentiel pour Maranello, mais son style prouve déjà qu’une révolution électrique ne se gagne pas seulement avec des chevaux et une batterie.

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