Cette Lamborghini mythique vaut 2,8 millions d’euros, mais ce n’est pas ce qui impressionne le plus
Certaines voitures dépassent le simple statut d'automobile pour devenir de véritables icônes. La Lamborghini Miura appartient à cette catégorie très restreinte. Pour célébrer les soixante ans du modèle, Lamborghini a exceptionnellement confié une Miura SV à quelques journalistes sur le circuit italien de Varano. L'occasion de redécouvrir celle qui demeure l'une des sportives les plus influentes jamais construites.
La supercar qui a changé les règles
Lorsque Lamborghini dévoile la Miura en 1966, la jeune marque n'a que quelques années d'existence. Ferruccio Lamborghini, ancien constructeur de tracteurs déterminé à rivaliser avec Ferrari, commercialise alors les élégantes 350 GT puis 400 GT, toutes deux animées par un V12 conçu par Giotto Bizzarrini, ancien ingénieur de Maranello. Mais pour réellement bouleverser l'ordre établi, Lamborghini innove avec la P400 Miura. Son V12 de 60 degrés est installé en position centrale transversale, une architecture révolutionnaire pour une voiture de route.
Ce moteur reçoit plusieurs évolutions destinées à améliorer ses performances. La levée des soupapes est augmentée, le taux de compression progresse et quatre carburateurs Weber triple corps verticaux remplacent les six double corps horizontaux, favorisant un meilleur remplissage. Grâce à ces évolutions, la puissance atteint 350 chevaux contre 320 sur les premiers développements, tandis que la vitesse maximale annoncée s'établit à 280 km h. Avec seulement 1,05 mètre de hauteur, la Miura devient alors la voiture de série la plus rapide du monde.
Une première génération aussi brillante qu'imparfaite
Malgré son avance technologique, la première Miura présente plusieurs défauts. Les carburateurs peuvent laisser échapper du carburant sur les échappements, augmentant le risque d'incendie. Le moteur et la boîte de vitesses partagent la même lubrification, une solution qui engendre plusieurs problèmes de fiabilité.
À très haute vitesse, l'avant de la voiture se déleste sensiblement, d'autant que les voies arrière restent relativement étroites et que les pneus de 215 millimètres paraissent modestes face aux performances disponibles. Ces imperfections n'empêchent pourtant pas Lamborghini de produire 265 exemplaires au cours des deux premières années, avant de faire évoluer le modèle avec la Miura S en 1969, plus puissante de 20 chevaux.
La Miura SV corrige définitivement le tir
La véritable maturité arrive en 1971 avec la Miura SV, pour Super Veloce. Le train arrière est élargi de 12,8 centimètres et reçoit des pneumatiques de 255 millimètres qui remplissent désormais parfaitement les ailes redessinées. Les problèmes de fiabilité disparaissent grâce à un circuit d'alimentation revu et à une lubrification désormais séparée entre le moteur et la boîte. Le V12 de 3,9 litres développe alors 385 chevaux, permettant à la Miura SV d'atteindre près de 290 km h. L'exemplaire mis à disposition par Lamborghini est aujourd'hui estimé à environ 2,8 millions d'euros.
Une expérience de conduite étonnamment moderne
L'essai se déroule sur le circuit de Varano, près de Parme, à l'occasion des célébrations du soixantième anniversaire de la Miura. Avec ses 2 350 mètres de longueur et une ligne droite d'environ 500 mètres, le tracé ne cherche pas à battre des records mais à permettre de découvrir la personnalité de cette Lamborghini historique.
La position de conduite rappelle immédiatement les années 1970. La colonne de direction fixe place le volant très près des cuisses tandis que le pédalier articulé au plancher demande un léger temps d'adaptation. L'habitacle se distingue toutefois par une finition particulièrement soignée. Le cuir habille largement la planche de bord et l'instrumentation privilégie les manomètres et thermomètres traditionnels plutôt que les artifices modernes. Malgré son âge, la Miura SV surprend par sa facilité d'utilisation. La direction, dépourvue d'assistance, s'allège naturellement en mouvement. L'embrayage se montre progressif et la boîte manuelle à cinq rapports verrouille chaque vitesse avec le célèbre cliquetis métallique de sa grille apparente.
Un V12 d'une douceur remarquable
Le V12 atmosphérique de 3,9 litres impressionne autant par son caractère que par sa souplesse. Dès les plus bas régimes, son fonctionnement évoque davantage celui d'un grand six cylindres particulièrement onctueux que celui d'un V8 brutal. Sa sonorité privilégie la musicalité à la démonstration. La courte ligne droite du circuit permet néanmoins d'étirer le deuxième rapport jusqu'à 7 000 tr min et d'apprécier des performances qui restent très actuelles. Le 0 à 100 km h est annoncé en 5,5 secondes, un niveau comparable à celui d'une BMW M3 E46 ou d'une Porsche Cayman S type 987. Le freinage rassure lui aussi malgré l'absence d'assistance. Quant au comportement, il conserve toute l'agilité propre aux sportives à moteur central arrière tout en offrant un équilibre nettement plus serein que les premières Miura.
Soixante ans après sa naissance, la Miura SV confirme qu'elle n'est pas seulement une légende de la collection mais aussi une automobile dont le plaisir de conduite reste à la hauteur de son immense réputation.


