
Cette supercar japonaise battait Ferrari en 1990, et Gran Turismo l'a rendue mythique
En 1990, Honda a fait vaciller les certitudes du petit monde des sportives. Avec la NSX, le constructeur japonais voulait offrir les performances d’une Ferrari, sans les caprices d’une supercar italienne. Trente six ans plus tard, cette idée reste fascinante : peut-on encore acheter ce mythe sans franchir les 200 000 dollars ? Oui, mais la fenêtre se referme doucement.
Lorsque la NSX apparaît en 1990, Honda ne se contente pas de lancer une sportive ambitieuse. La marque japonaise vient défier directement les références américaines et européennes sur leur propre terrain. Son idée est simple, presque insolente : proposer une voiture capable d’approcher l’aura et les performances d’une Ferrari, tout en conservant la facilité d’usage, la fiabilité et la rationalité d’une Honda. En clair, inventer une supercar utilisable au quotidien.
Une Honda pensée comme une Ferrari vivable
Avant la NSX, Honda s’était surtout forgé une réputation sur des voitures abordables, solides et rationnelles. Le projet NSX allait donc à contre-courant de cette image. Avec un tarif d’environ 70 000 dollars selon la version, le coupé japonais était tout sauf bon marché. La comparaison avec la Ferrari 348 changeait toutefois la perspective. Face à l’italienne, la NSX paraissait presque raisonnable, sans être réellement accessible. En 2026, l’achat d’un bel exemplaire reste coûteux, mais il peut se montrer moins intimidant que son prix d’époque corrigé de l’inflation.
Une fiche technique très sérieuse
La Honda NSX de 1993 repose sur un V6 atmosphérique de 3,0 litres. Selon la boîte choisie, elle développe entre 252 et 270 chevaux, pour un couple de 210 lb ft. Deux transmissions étaient proposées : une boîte automatique à quatre rapports ou une boîte manuelle à cinq rapports. Le 0 à 60 mph était annoncé en 5,0 secondes, avec un poids compris entre 3 020 et 3 109 livres.
Sur le papier, ces chiffres peuvent sembler modestes face aux sportives actuelles. Au début des années 90, ils plaçaient pourtant la NSX dans un cercle très fermé.
La performance sans mode d’emploi compliqué
Honda voulait prouver qu’il savait fabriquer plus qu’une voiture fiable et bien construite. La marque voulait se hisser au niveau des noms les plus respectés de l’automobile sportive. Le moteur V6 à technologie VTEC jouait un rôle central dans cette ambition. Atmosphérique, donc sans suralimentation, il offrait une réponse progressive et exploitable. Sa courbe de couple fluide permettait de profiter de la puissance sans brutalité.
Le châssis suivait la même philosophie. Grâce à une suspension indépendante très aboutie, la NSX combinait équilibre, précision et motricité. Elle n’était pas seulement rapide. Elle était claire, lisible et rassurante à conduire vite.
Une supercar qui accepte la vie normale
La vraie différence se jouait dans l’usage quotidien. Honda avait conçu la NSX pour ne pas laisser son conducteur au bord de la route, ce qui n’était pas toujours une évidence chez certaines sportives à ADN italien.
Les ingénieurs sont même allés plus loin. Le coffre pouvait accueillir un sac de golf. Le toit façon verrière améliorait largement la visibilité, au point de rendre les manœuvres presque aussi simples que dans une Civic. L’implantation centrale arrière du moteur libérait aussi suffisamment d’espace pour les jambes. A bord, la NSX offrait les raffinements attendus dans un coupé de luxe. Elle ne demandait pas de sacrifices permanents. C’était précisément ce qui la rendait révolutionnaire.
L’aluminium au service de la légèreté
La structure constituait une autre prouesse. Honda avait utilisé un châssis en aluminium conçu avec l’aide d’un superordinateur. Cette architecture permettait de gagner environ 40 % de poids par rapport à une conception classique en acier, sans renoncer à la rigidité. Le bénéfice était double. La voiture gagnait en vivacité dans les virages, tout en conservant une qualité de roulement et une ambiance plus raffinée dans l’habitacle. Là encore, la NSX ne choisissait pas entre sport et confort. Elle tentait de réunir les deux.
Ferrari prise à revers
Face à la Ferrari 348, la NSX n’avait pas la mécanique la plus impressionnante. Son V6 de 270 chevaux rendait de la puissance au V8 italien. Pourtant, sur la route, le résultat tournait souvent à l’avantage de la japonaise. Grâce à sa motricité, à sa progressivité et à son châssis, l’Acura NSX, sous le nom utilisé aux Etats Unis, atteignait 60 mph en 5,0 secondes. La Ferrari 348 demandait 5,4 secondes pour le même exercice. La différence ne se limitait pas au chronomètre. La Honda se montrait plus agile, plus facile à placer et plus accessible à la limite. Pour une première tentative dans le domaine de la supercar, Honda venait de signer un coup de maître.
Un prix inférieur, mais pas populaire
En prix neuf, l’écart avec Ferrari était important. Une 348 réclamait environ 90 000 dollars. Une NSX manuelle coûtait autour de 68 000 dollars, tandis que la version automatique montait à environ 72 000 dollars. Relativement à Ferrari, l’affaire était belle. Pour une Honda, le montant restait énorme. Une fois corrigé de l’inflation, ces 68 000 à 72 000 dollars correspondent à environ 155 394 à 164 535 dollars aujourd’hui. Cette somme permet désormais d’acheter des machines très performantes. Une Porsche 911 Carrera S 2026, par exemple, offre 473 chevaux grâce à son flat six de 3,0 litres et abat le 0 à 60 mph en 3,3 secondes. C’est près de deux secondes de mieux que la NSX. La 911 moderne se montre elle aussi parfaitement utilisable au quotidien, mais elle n’a évidemment pas le même parfum que l’Acura des années 90.
Combien vaut une NSX de 1993 en 2026 ?
La bonne nouvelle, c’est qu’une NSX de 1993 ne coûte pas forcément l’équivalent de son prix neuf actualisé. D’après l’outil de valorisation Hagerty, un exemplaire en bon état, avec un kilométrage moyen, se situe autour de 71 100 dollars.
Les valeurs s’étagent toutefois largement selon l’état. Une voiture en condition correcte tourne autour de 45 000 dollars. Un exemplaire en excellent état peut atteindre 125 000 dollars. Une NSX de niveau concours grimpe à 183 000 dollars. C’est cette dernière catégorie qui attire le plus l’attention. Les plus beaux exemplaires dépassent déjà les 180 000 dollars, et leur valeur a progressé de 23,6 % sur les douze derniers mois selon Hagerty. A ce rythme, le seuil symbolique des 200 000 dollars pourrait ne plus être très loin.
Pourquoi la cote tient aussi bien
La NSX n’est pas recherchée par hasard. Sa réputation de fiabilité joue énormément. Contrairement à certaines rivales des années 90, elle peut encore être conduite régulièrement sans déclencher une angoisse mécanique permanente. Son entretien, tout en restant celui d’une sportive de haut niveau, demeure souvent plus rationnel que celui de nombreuses concurrentes européennes de la même époque. Cette facilité d’usage renforce son attrait auprès des collectionneurs.
Il y a aussi le facteur générationnel. Beaucoup d’acheteurs plus jeunes ont découvert la NSX dans des jeux vidéo comme Gran Turismo. Elle y occupait une place majeure, au point de devenir une voiture de rêve pour toute une génération.
L’ombre d’Ayrton Senna
L’histoire de la NSX bénéficie aussi d’un nom immense : Ayrton Senna. Le champion de Formule 1 a participé au développement de la voiture, ce qui ajoute une dimension presque mythique à son pedigree. Depuis sa disparition tragique, il y a 32 ans, Senna conserve une aura exceptionnelle. Son lien avec la NSX renforce encore la légende du modèle. Pour beaucoup de passionnés, ce n’est pas seulement une Honda très aboutie. C’est une voiture touchée par l’un des plus grands pilotes de l’histoire.
Les sportives des années 90 montent toutes en puissance
La NSX n’est pas un cas isolé. Les sportives des années 90 entrent progressivement dans le monde des classiques recherchées. Le temps fait son œuvre, et les voitures autrefois vues comme modernes deviennent désormais des objets de collection.
La Mazda RX 7 de 1995 et la Toyota Supra de 1996 suivent cette tendance. Comme la NSX, elles ont marqué les jeux vidéo. Elles ont aussi gagné une notoriété immense grâce à la culture des préparations japonaises, des courses de rue et de franchises cinématographiques comme Fast and Furious. Selon Hagerty, la RX 7 a progressé d’environ 5 % sur un an, tandis que la Supra a gagné environ 10 % sur la même période.
Les européennes suivent le mouvement
La tendance ne concerne pas uniquement les sportives japonaises. Les Ferrari F355 équipées d’une boîte manuelle prennent elles aussi de la valeur, avec une hausse d’environ 4 % par rapport à l’année précédente.
Même constat pour la Lamborghini Diablo. Les exemplaires du milieu des années 90 affichent une progression proche de 3 % sur un an. Le marché des collectionneurs regarde donc de plus en plus sérieusement cette décennie longtemps coincée entre les anciennes historiques et les supercars modernes.
La Honda NSX reste l’une des grandes réussites des années 90, et si les plus beaux exemplaires approchent bientôt les 200 000 dollars, ce ne sera pas seulement par nostalgie, mais parce qu’elle a réellement changé la définition d’une supercar.