
Ayant inauguré l’imposante cohorte des séries limitées chez Citroën, la 2 CV Spot, qui sera la vedette du prochain salon Époqu’auto, fête ces jours-ci son demi-siècle d’existence et demeure l’un des dérivés les plus désirables du modèle. Déjà rare à son lancement (seules 2800 unités furent assemblées au total à l’époque), l’auto est devenue pour ainsi dire impossible à dénicher de nos jours, et les exemplaires proposés à la vente ne le restent jamais longtemps. Comment expliquer cet engouement pour ce qui n’est, après tout, qu’une poussive 2 CV4 ? Vous le comprendrez en lisant ce qui suit…


Des Deuche pour tous les goûts
Pour accéder au petit monde de la Deuche, il existe bien des portes d’entrée. Ainsi, parmi les modèles les plus récents – les dernières voitures sont sorties d’usine en 1990 –, il n’est pas difficile de trouver une version courante, comme une 2 CV6 Spécial des années 80 par exemple. Ceux qui apprécient les autos plus vintage se tourneront volontiers vers une belle AZAM du mitan des années 60, et les amateurs de raretés jetteront quant à eux leur dévolu sur les 2 CV les plus anciennes, nous voulons parler de celles dotées du premier capot à cannelures, voire celles encore équipées du panneau de coffre en toile. En revanche, pour ce qui concerne les nombreuses séries limitées ayant jalonné les quinze derniers millésimes d’existence de l’auto, c’est une tout autre affaire, comme peuvent en témoigner les collectionneurs qui, depuis 1976, se sont lancés sur la piste d’une Spot !
Une nouvelle jeunesse
Oh, bien sûr, nous exagérons quelque peu en remontant aussi loin ; au vrai, et en dépit de sa rareté, la Spot n’a pas suscité un engouement immédiat de la part des amateurs d’anciennes, et il a fallu attendre la fin de production de la 2 CV pour que les variantes « modernes » (c’est-à-dire celles produites à partir de 1970) commencent d’intéresser les collectionneurs, au-delà du cercle restreint des indécrottables fanatiques de l’engin. Au mitan des seventies, la 2 CV est une pittoresque survivance qui, à l’instar de la Renault 4 ou des Morgan, s’apparente à une sorte de voiture « ancienne neuve ». Toutefois, parmi ceux qui en font l’acquisition à l’époque, l’on compte moins de deuchistes invétérés que d’automobilistes pragmatiques aux moyens limités et auxquels les conséquences du premier choc pétrolier ont fait redécouvrir les vertus de la petite Citroën.


Une reine du marketing
Car la 2 CV, au fil du temps, est restée l’un des modèles les moins chers du marché. Par surcroît, l’engin s’avère relativement économique en carburant – encore heureux, persifleront certains, étant donné ses performances – et peu coûteux à assurer comme à entretenir. Alors que sont apparues des citadines bien plus modernes (Fiat 127, Peugeot 104 ou Renault 5), l’antédiluvienne Deuche conserve ses adeptes et parvient même à séduire une nouvelle clientèle, plus jeune et moins rurale qu’autrefois. C’est dans ce contexte qu’en avril 1976, Citroën dévoile la 2 CV Spot, série limitée tirée à 1800 exemplaires – lesquels seront épuisés en moins d’une semaine ! Œuvre du regretté Serge Gevin (qui, par la suite, signera plusieurs autres séries spéciales pour le double chevron), l’auto fait souffler un délicieux vent de fraîcheur sur la doyenne des voitures françaises, entrée en production vingt-sept ans auparavant. Et comme ce sera toujours le cas pour les autres séries limitées sur base 2 CV, la Spot n’a pas coûté cher à concevoir ni à produire… Basée sur une 2 CV4 de coloris orange Ténéré (référence AC329), l’auto n’est en réalité qu’un astucieux bricolage esthétique, typique de la maison ; de la sorte, certaines parties de la carrosserie (ailes, joues d’ailes, jantes, pare-chocs, cuvelages de phares, partie basse des portières) sont peintes en blanc Meije (référence AC088). Sur les portières, un étroit bandeau conserve cependant la nuance d’origine et reçoit, à l’avant, le logo « SPOT ».
Une époque
L’habitacle n’est pas en reste et présente un typage merveilleusement daté, avec sa sellerie orange, ses panneaux de portes bicolores mêlant le blanc et l’orange, en réponse au ravissant tendelet que l’on peut disposer au-dessus du conducteur et du passager avant afin de les protéger du soleil une fois la capote ouverte (capote orange, elle aussi, faut-il le préciser ?), sans oublier l’accastillage intérieur intégralement traité dans un marron lui aussi emblématique. On l’a vu, ainsi gréée, et ayant bénéficié d’un teasing de haut vol, la Spot s’est littéralement arrachée il y a cinquante ans avant, comme c’est presque toujours le cas, de sombrer dans l’oubli de longues années durant. Lorsque l’on s’est enfin souvenu d’elle, il était trop tard pour la plupart des exemplaires produits, ce qui renchérit d’autant la valeur des quelques survivantes. Si la cote LVA donne une valeur de 9500 € pour un exemplaire en bel état (et authentifié, gare aux répliques sauvages !), ce chiffre peut être allègrement dépassé dans certaines transactions. En définitive, la seule réserve concerne la mécanique de la Spot qui, on l’a vu, est celle de la 2 CV4. Avec ses 24 chevaux, le petit 435 cm3 fait ce qu’il peut, mais les chronos sont véritablement décourageants en comparaison du 602 cm3 des 2 CV6, à la fois plus puissant et plus coupleux. Mais tout bien considéré, la lenteur proverbiale de la Spot présente au moins l’avantage de laisser tout le temps à ses admirateurs de la contempler lorsqu’elle prend la route !


