
La Ferrari 250 GTO la plus rare au monde va être vendue… et son prix pourrait affoler les enchères
Une Ferrari 250 GTO blanche, cela suffit déjà à faire trembler une salle de vente. Avec le châssis 3729 GT, Mecum ne propose pas seulement une icône, mais l’unique exemplaire sorti ainsi de Maranello. Jusqu’où les enchères peuvent-elles monter pour entrer dans le cercle le plus fermé des collectionneurs Ferrari ? Plus de 50 millions d’euros semblent déjà dans le viseur.
À l’époque de son annonce pendant la semaine de Pebble Beach, cette Ferrari 250 GTO châssis 3729 GT avait tout pour devenir l’un des grands événements du marché de la voiture de collection. Mise en vente par Mecum Auctions à Kissimmee, en Floride, en janvier suivant, elle vient de la collection de Jon Shirley, ancien dirigeant de Microsoft et grand amateur de Ferrari historiques. Sa rareté ne tient pas seulement à son statut de GTO, déjà presque mythologique, mais à une particularité encore plus frappante : elle est le seul exemplaire de la série livré neuf en blanc.
Une GTO pas comme les autres
La Ferrari 250 GTO châssis 3729 GT est la douzième des 36 voitures à moteur 3 litres produites entre 1962 et 1964. Dans l’imaginaire collectif, la GTO est souvent rouge. Pourtant, toutes ne l’étaient pas à leur sortie d’usine.
Certaines ont quitté Maranello en gris métal, en vert BP, en vert d’eau ou encore en marron. Celle ci, elle, est née blanche. Cette teinte d’origine, retrouvée au début des années 2020 après une longue période passée en rouge, lui donne aujourd’hui une place à part dans la famille des 250 GTO.
Mecum a choisi de la montrer durant la semaine de Pebble Beach, là où se retrouvent chaque année les grands collectionneurs et marchands de la planète. Le moment était idéal. Quelques jours avant les ventes aux enchères de fin de semaine et le concours d’élégance organisé sur les pelouses du golf de Carmel, au bord du Pacifique, cette GTO avait toutes les raisons d’attirer les regards.
Une icône qui vise encore les sommets
Pendant longtemps, la Ferrari 250 GTO a incarné le sommet absolu du marché automobile. Elle a depuis été dépassée par la Mercedes 300 SLR coupé Uhlenhaut, adjugée 135 millions d’euros en 2022. Cela ne change pas grand-chose à son aura. Les dernières transactions privées autour de la 250 GTO ont approché les 70 millions de dollars. En vente publique, le dernier exemple marquant remonte à novembre 2023, avec le châssis 3765 LM à moteur 4 litres, adjugé 51,7 millions de dollars. Ce modèle occupe toutefois une position particulière dans la nomenclature des GTO. Le châssis 3729 GT pourrait donc jouer une carte différente. Son moteur 3 litres, sa configuration historique et surtout sa couleur blanche d’origine peuvent peser lourd. Dépasser les 50 millions d’euros ne relèverait pas de la surprise.
Le ticket d’entrée dans un cercle minuscule
Acheter une 250 GTO, ce n’est pas seulement acquérir une Ferrari de course. C’est entrer dans l’un des clubs les plus exclusifs du monde automobile. Depuis 1982, les propriétaires de ces voitures organisent tous les cinq ans un rallye réservé à la reine du grand tourisme des années 1962 à 1964. Le prochain rendez-vous est prévu en 2027, pour célébrer les 65 ans du modèle. Le futur propriétaire du châssis 3729 GT obtiendra donc bien plus qu’une place dans un garage. Il gagnera l’accès à une confrérie où l’histoire, le prestige et la rareté comptent autant que la valeur financière.
Trois saisons de domination
Si la 250 GTO suscite une telle fascination, c’est d’abord parce qu’elle a gagné sa légende en course. Cette berlinette a dominé les épreuves de grand tourisme sur route comme sur circuit durant trois saisons. Elle a remporté le Tour de France Automobile en 1963 et 1964. Aux 24 Heures du Mans, elle n’a jamais inscrit son nom au palmarès général, mais son bilan reste remarquable. En 1962 puis en 1963, la GTO a terminé deuxième au général et s’est imposée en catégorie GT.
Le châssis 3729 GT n’est pas le plus titré de la lignée. Son parcours reste plus discret, mais il n’a rien d’anodin. Commandée neuve par l’Anglais John Coombs, qui engageait surtout des Jaguar Type E et des GT en compétition, cette voiture a couru uniquement en Angleterre. Elle a tout de même été confiée à un nom immense. Graham Hill, champion du monde de Formule 1, l’a menée à la deuxième place du Tourist Trophy 1962 sur le circuit de Goodwood.
De Jack Sears à Jon Shirley
En 1970, la GTO est achetée par le gentleman driver Jack Sears. Il la conservera pendant environ vingt ans. Lorsqu’elle traverse l’Atlantique en 1990, la voiture a déjà été repeinte en rouge. Elle rejoint alors la collection de Jon Shirley, qui vient de quitter la direction opérationnelle de Microsoft. Il restera toutefois au comité de direction de l’entreprise jusqu’en 2008. Sa réussite professionnelle lui permet de réunir l’une des plus belles collections de voitures classiques au monde. La 250 GTO en devient l’une des pièces maîtresses. Shirley l’utilise lors de plusieurs anniversaires du modèle et participe aussi avec elle à des compétitions aux États Unis.
Une collection au sommet du goût Ferrari
Le garage de Jon Shirley ne se limite pas à cette GTO. On y trouve plusieurs Ferrari parmi les plus désirables de l’histoire. Sa collection a compté une 166 MM, une 500 Mondial, une 250 TR, une 250 GT Spyder California châssis court, une 275 GT Spyder NART et une 365 GTS/4 Spyder Daytona. Elle comprenait aussi la Ferrari 375 MM châssis 0456/AM à carrosserie spéciale Pinin Farina. Cette voiture avait été offerte par le réalisateur Roberto Rossellini à Ingrid Bergman, son épouse. Avec cette berlinette unique, Jon Shirley a remporté le Best of Show à Pebble Beach en 2014, soit l’une des plus grandes consécrations possibles pour un collectionneur.
Cette 375 MM est ensuite revenue en Europe, vendue par l’intermédiaire du marchand britannique Simon Kidston. Elle se trouve aujourd’hui saisie par la justice italienne dans le cadre d’une affaire fiscale obscure.
Alfa Romeo, Ferrari et transmission d’héritage
La collection Shirley comprenait également plusieurs Alfa Romeo d’avant guerre très recherchées, dont des 8C, une P3 et une 8C 2900 Berlinetta. Le niveau de sélection en dit long sur le profil du propriétaire : ici, chaque voiture raconte une page importante de l’histoire sportive ou stylistique. La Ferrari 250 GTO châssis 3729 GT avait été confiée courant 2022 à Simon Kidston. Elle a été aperçue à Londres, puis exposée à Rétromobile en 2024, avant de repasser aux États Unis. Son retour sur le marché rappelle une vérité souvent répétée dans le milieu de la collection : les propriétaires ne sont jamais que les gardiens provisoires de ces machines. À 87 ans, Jon Shirley semble désormais tourner la page.
Une première vente avant d’autres départs ?
La décision de Jon Shirley pourrait ne pas rester isolée. Parmi les propriétaires de longue date de Ferrari 250 GTO figurent notamment Nick Mason, Ralph Lauren, Peter Sachs, sir Anthony Bamford et Robson Walton.
Certains pourraient à leur tour envisager de transmettre leur voiture. La mise en vente du châssis 3729 GT prend donc une dimension particulière. Elle ne concerne pas seulement une Ferrari exceptionnelle, mais peut être le début d’un mouvement plus large autour des plus grandes icônes de Maranello. Avec son histoire anglaise, son long passage dans l’une des plus belles collections américaines et sa teinte blanche unique, cette Ferrari 250 GTO châssis 3729 GT a tout pour transformer une vente aux enchères en moment d’histoire.