Personne ne verrait la différence : ces vitres de voiture produisent de l'électricité en restant transparentes
Recharger totalement une voiture électrique grâce à ses vitres n’est pas encore d’actualité, mais l’idée de récupérer une partie de l’énergie au soleil devient de plus en plus crédible. Des chercheurs de la Nanyang Technological University de Singapour ont présenté une cellule solaire en pérovskite si fine qu’elle pourrait s’intégrer à des surfaces vitrées sans les transformer en panneaux noirs visibles. Les travaux, relayés par Le Journal du Geek et publiés au printemps 2026 dans ACS Energy Letters, montrent qu’un vitrage automobile pourrait bientôt faire plus que laisser entrer la lumière.
1Une couche solaire presque imperceptible
Le cœur de cette technologie repose sur une couche de pérovskite environ 10 000 fois plus fine qu’un cheveu humain. Elle serait aussi jusqu’à 50 fois plus mince que les cellules en pérovskite classiques. Son intérêt tient à sa discrétion. Les chercheurs ont développé des cellules semi transparentes, avec une couleur neutre, capables de produire de l’électricité sans modifier fortement l’apparence du verre. Dans leur version la plus avancée, elles conservent 41 % de transmission lumineuse.
Autrement dit, la vitre reste exploitable pour éclairer un habitacle ou une pièce, tout en devenant une petite surface de production d’énergie. Pour l’automobile, ce point est essentiel, car une solution visible ou gênante pour la conduite aurait peu de chances d’être adoptée.
2Une idée pensée d’abord pour les bâtiments
Pour Annalisa Bruno, professeure à la NTU de Singapour et responsable de ces recherches, le potentiel dépasse largement la voiture. Elle rappelle que les bâtiments représentent environ 40 % de la consommation mondiale d’énergie.
Les façades vitrées, les fenêtres et les grandes surfaces transparentes deviennent donc des candidates naturelles. Elles sont déjà présentes, souvent immenses, et restent aujourd’hui passives. Les transformer en producteurs d’électricité permettrait de récupérer de l’énergie sans ajouter de grandes installations visibles. Les chercheurs estiment qu’à l’échelle d’un grand immeuble, des façades équipées de ce type de cellules pourraient générer plusieurs centaines de mégawattheures par an. Cela correspondrait à la consommation annuelle d’une centaine d’appartements de quatre pièces.
3Un fonctionnement même sans plein soleil
L’autre atout de cette cellule vient de sa capacité à produire dans des conditions imparfaites. Elle n’a pas besoin d’un soleil direct et parfaitement orienté pour fonctionner. Une lumière diffuse, un ciel couvert ou l’ombre d’un bâtiment peuvent suffire à maintenir une production.
Les versions opaques atteignent jusqu’à 12 % de rendement. La variante semi transparente, plus adaptée aux vitrages, affiche 7,6 % de rendement avec 41 % de lumière visible transmise. La durée de vie reste encore un point à améliorer. En laboratoire, selon l’épaisseur du film, les cellules tiennent entre 4 100 et 15 400 heures avant de tomber à 80 % de leurs performances initiales. C’est encourageant pour la recherche, mais encore perfectible pour une voiture censée vivre dehors pendant des années.
4Les vitres automobiles entrent dans le jeu
Les chercheurs évoquent plusieurs applications possibles, des fenêtres aux lunettes connectées. Mais l’automobile fait partie des usages les plus intéressants, surtout avec la généralisation des toits panoramiques et des surfaces vitrées généreuses.
Des solutions commencent déjà à exister. AGC Automotive Europe propose un toit panoramique intégrant des cellules au silicium. Ce module, noir et opaque, peut fournir entre 170 et 380 W selon sa surface. En Chine, Hefei Puskai a présenté un vitrage automobile courbe intégrant des couches de pérovskite directement pendant le moulage. Cela montre que le verre automobile n’est plus seulement un élément de confort ou de design, mais peut devenir une partie active de la gestion énergétique.
5Une aide à la recharge, pas une borne magique
Sur une voiture, l’intérêt augmente dès que l’on dépasse le simple toit. Pare brise, surfaces latérales et vitrage panoramique offrent une surface totale bien plus importante. Selon certaines estimations, 10 m² de films en pérovskite installés sur un véhicule pourraient produire entre 6 et 8 kWh par jour. Pour certains conducteurs, cela pourrait couvrir une partie des trajets quotidiens, surtout lorsque la voiture reste longtemps stationnée dehors.
Il ne faut pas y voir une solution capable de remplacer totalement la recharge classique. Le rendement reste modeste, les conditions météo jouent beaucoup et la durabilité doit encore progresser. Mais l’idée de récupérer chaque jour quelques kilomètres d’autonomie sans geste particulier devient réaliste.
6Une technologie discrète, donc crédible
Le grand avantage de la cellule développée à Singapour tient à son intégration possible. Elle peut rester presque invisible et suffisamment transparente pour préserver la fonction première d’une vitre. Pour les voitures électriques, c’est une différence majeure avec les panneaux solaires classiques, souvent visibles et limités au toit. Ici, l’énergie pourrait venir de surfaces déjà présentes, sans changer radicalement le style du véhicule.
Si cette technologie arrive un jour en série, une voiture électrique garée en extérieur pourrait récupérer une partie de son énergie simplement en attendant son conducteur. Les vitres solaires ne supprimeront pas la recharge, mais elles pourraient bien rendre chaque stationnement au soleil un peu plus utile.
