Porsche 718 « flat four » : l’incomprise de Zuffenhausen
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Porsche 718 « flat four » : l’incomprise de Zuffenhausen

Par Nicolas Fourny - 17/03/2026

"Dans votre dos, vous préférez trouver un quatre-cylindres thermique ou une vulgaire machine électrique ?"

C’en est désormais fini des Porsche 718 modernes, dont la production a cessé à l’automne 2025 et, en attendant une hypothétique succession dont on ne sait pas encore si elle sera électrique ou hybride, il nous a paru opportun de revenir sur ces modèles dont l’histoire aura été plus mouvementée que prévu. Car, avec cette nouvelle génération, les Boxster et Cayman avaient choisi de renoncer au légendaire flat six maison pour faire appel à un groupe inédit comptant deux cylindres de moins… Aussitôt, une réprobation générale s’abattit sur le malheureux moteur, auquel à peu près tout fut alors reproché – puissance et couple mis à part, bien entendu. Manque de caractère, sonorité quelconque, comportement trop lisse : devant ce triste constat et dès l’abord, les puristes hurlèrent en réclamant, toutes affaires cessantes, le retour du six-cylindres. Et s’ils finirent par être entendus, cela ne nous empêche pas, dix ans après son apparition, de revenir sur le plus mal-aimé des moteurs Porsche !

Six ou quatre ?

Avez-vous souvent lu des critiques acerbes relatives à un moteur signé Porsche ? Si notre mémoire est bonne, ça n’était pas arrivé depuis 1975, lorsque la 924 avait dû essuyer bon nombre de reproches liés à son quatre-cylindres d’origine Audi. Par la suite, la spectaculaire montée en puissance des « PMA » à quatre cylindres (qui dépassèrent les 300 ch avec la 968) compensa amplement les remarques désobligeantes continûment émises çà et là au sujet d’une tessiture unanimement décrite comme roturière en comparaison de l’immortel flat six de la 911. Après 1995, la question ne se posa plus puisque la gamme des voitures de sport badgées Porsche recéla exclusivement des moteurs à six ou huit cylindres… jusqu’en 2016 du moins, date à laquelle les nouveaux Boxster et Cayman, dorénavant affublés du préfixe « 718 », firent leur apparition. Vingt ans après la commercialisation du premier Boxster – modèle exclusivement animé par des six-cylindres, tout comme le Cayman qui en dérivait directement -, l’entrée de gamme Porsche semblait en quelque sorte déchoir en inaugurant un flat four inédit…

Sur l’autel de l’écologie

L’appellation « 718 » se référait directement à une lointaine devancière, un roadster à moteur central présenté en 1957, lui aussi doté d’un quatre-cylindres à plat, destiné à la compétition et pouvant se prévaloir d’un palmarès conséquent dans diverses catégories, à une époque où les frontières entre courses d’endurance, Formule 1 et Formule 2 n’avaient rien à voir avec les barrières strictes que nous connaissons aujourd’hui. Ce clin d’œil historique n’était bien sûr pas fortuit ; il s’agissait, en convoquant les mânes d’une grande classique de la firme, de légitimer un choix technique dont les responsables du projet pressentaient sans doute qu’il allait être mal compris par la clientèle Porsche et la presse spécialisée. Pourtant, les ingénieurs n’avaient guère eu le choix : c’est à la réduction impérative des émissions de CO2 que le nouveau flat-four stuttgartois a dû son existence, le maintien du six-cylindres sur les Boxster et Cayman devenant soi-disant incompatible avec le durcissement des normes anti-pollution. Quoique…

Le flat-six n’était pas mort

Car, au fil des millésimes, la gamme 718 a bel et bien fini par récupérer son précieux « six pattes », poussant même la plaisanterie jusqu’à s’approprier, en 2022, le 4 litres de la 992 GT3, dont les 500 ch firent le délice d’une poignée de connaisseurs dans les Cayman GT4 RS et Spyder RS. De quoi apaiser le mécontentement des puristes, qui avaient été nombreux à renâcler devant le typage du « quatre à plat ». Sonorité rappelant celle d’un moteur Subaru – on connaît cependant de pires références –, puissance délivrée de façon trop linéaire, absence globale de caractère : ce sont là, pour l’essentiel, des critiques usuellement adressées à la myriade de quatre-cylindres suralimentés qui constituent, depuis de longues années maintenant, l’ordinaire de la plupart des constructeurs. On a d’ailleurs pu entendre les mêmes mélopées chez BMW, quand les trois- et quatre-cylindres turbo ont supplanté les six-cylindres atmosphériques qui, jadis, se taillaient la part du lion à Munich…

La froideur des chiffres

L’on pourrait donc gloser à l’infini sur les notions de noblesse mécanique ou du charme entêtant des montées en régime fulgurantes qui caractérisent les flat six Porsche et qui sont tout à fait étrangères au caractère bien plus effacé du quatre-cylindres « 718 ». Il n’empêche que les faits sont là : si la 718 2 litres se défend déjà très honorablement face au chronomètre, la variante 2,5 litres (350 ch, 420 Nm) fait tout bonnement mieux, en l’espèce, que le six-cylindres des Boxster et Cayman 981 ! Sacrilège ? Cela rappellera sans doute aux plus anciens d’entre nous les querelles d’il y a quarante ans, quand certains essayeurs – tel le célèbre André Costa dans l’Auto-Journal – soulignaient que le quatre-cylindres de la 944 Turbo prodiguait de meilleures performances que le flat six de la 911 Carrera 3.2, au grand dam des porschistes de stricte obédience.

À l’heure où ces lignes sont écrites, personne ne sait au juste à quoi ressemblera la fiche technique des futurs Cayman et Boxster mais, en tout état de cause, si vous portez votre choix sur un 718 flat four – des autos devenues très accessibles, soit dit en passant –, gageons que les sensations seront globalement au rendez-vous, le châssis n’ayant quant à lui recueilli que des éloges de la part des amateurs de pilotage. Et puis, tout à fait entre nous, dans votre dos, vous préférez trouver un quatre-cylindres thermique ou une vulgaire machine électrique ?

Nicolas Fourny

Nicolas Fourny

Nicolas Fourny est rédacteur indépendant pour Car Jager, diplômé de l'ESJ Paris (École Supérieure de Journalisme). Passionné par l'automobile sous toutes ses formes, il explore le passé et le présent des plus grandes mécaniques avec une plume exigeante et documentée. Nicolas met son expérience journalistique au service d'une écriture à la fois précise, évocatrice et fiable. Chaque article est le fruit d'une recherche approfondie et d'un regard passionné, porté par une connaissance fine de l'histoire automobile. Rigueur, style et curiosité guident son travail, dans une quête permanente de justesse éditoriale, au service des lecteurs exigeants et des passionnés.

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