
Pourquoi cette Ferrari pourtant mythique reste désespérément invendue ?
Une Ferrari à moins de 100 000 euros. Un V8 atmosphérique, un blason mythique, et pourtant… personne ne se presse. Comment une 328 GTS, héritière directe des années Maranello les plus pures, peut-elle aujourd’hui rester sur le carreau ? Derrière ce paradoxe, c’est toute la hiérarchie du mythe Ferrari qui se révèle.
Ferrari évoque spontanément des records, des enchères hors norme et des fantasmes mécaniques. Pourtant, toutes les voitures sorties de Maranello ne sont pas promises à une carrière de star sur le marché de la collection. L’exemple récent d’une Ferrari 328 GTS, affichée à un tarif étonnamment contenu mais toujours sans acquéreur, illustre cette réalité. Mise en ligne à la fin du mois de juin 2024, cette annonce interroge les logiques parfois déroutantes du marché des Ferrari anciennes.
« Moins de 100 000 euros pour une Ferrari »
87 900 dollars. Soit un peu plus de 80 000 euros au moment de la publication de l’annonce. Le montant surprend, surtout face aux sommes atteintes par certaines Ferrari historiques, régulièrement vendues à plusieurs dizaines de millions d’euros lors de ventes aux enchères. À ce niveau de prix, la 328 GTS apparaît presque accessible, du moins en apparence. L’exemplaire concerné n’a pourtant rien d’une voiture délaissée. Il est présenté en très bon état, complet, et conforme aux standards attendus pour ce modèle. Malgré cela, son propriétaire a dû revoir son prix à la baisse après une première tentative, en mai 2024, au-delà des 90 000 dollars. Un ajustement qui traduit surtout un manque d’intérêt du marché.
Une Ferrari trop produite pour être rare
La 328, en versions GTB comme GTS, n’est pas un modèle marginal dans l’histoire de Ferrari. Produite de 1985 à 1989, elle prolonge la lignée des 308 avec une cylindrée portée à 3,2 litres et une évolution notable en matière de fiabilité. Son V8 atmosphérique développe 270 chevaux, une puissance qui reste tout à fait honorable pour une sportive de cette génération. Le point sensible se situe ailleurs. Environ 7 000 exemplaires de 328 sont sortis des usines de Maranello. Un volume modeste à l’échelle de l’industrie automobile, mais suffisant pour freiner l’attrait des collectionneurs les plus sensibles à la rareté. Cette diffusion relativement large empêche le modèle de jouer pleinement sur le registre de l’exclusivité, souvent déterminant dans la construction des cotes.
La rançon d’une Ferrari « raisonnable »
La 328 bénéficie pourtant d’une réputation flatteuse. Elle est souvent citée comme l’une des Ferrari les plus fiables de son époque, avec une mécanique jugée robuste et un entretien réputé moins complexe que celui d’autres modèles V8. Une Ferrari que l’on peut utiliser sans craindre en permanence des réparations hors de portée. Ce pragmatisme peut néanmoins jouer contre elle. Dans l’imaginaire collectif, une Ferrari est attendue comme excessive, parfois capricieuse, presque intimidante. La 328, trop équilibrée et trop utilisable, manquerait ainsi de cette part de déraison qui alimente la légende.
Quand l’image compte autant que la technique
Autre facteur non négligeable : la couleur. Le blanc, aussi élégant soit-il, ne correspond pas à l’iconographie la plus populaire de Ferrari. Le rouge reste la teinte emblématique, celle qui déclenche souvent l’émotion immédiate. Sur un marché largement guidé par l’affect, ce détail esthétique peut suffire à ralentir une transaction. Ajoutons à cela une cote généralement stable, rarement au-delà de 80 000 euros pour une 328 GTS standard, et le constat s’impose. Le modèle se retrouve coincé entre deux univers : trop cher pour certains amateurs de sportives anciennes, pas assez emblématique pour les collectionneurs à la recherche d’icônes absolues.
La Ferrari la plus abordable… et alors ?
Être l’une des Ferrari les moins chères du marché n’est pas nécessairement un défaut. Pour certains passionnés, la 328 représente même une porte d’entrée crédible dans l’univers de la marque. Mais dans un contexte dominé par la spéculation, les séries ultra limitées et les modèles auréolés de palmarès sportifs, la 328 GTS demeure en retrait. Attachante, performante et réputée fiable, elle rappelle surtout que le prestige automobile ne se mesure pas uniquement en puissance ou en qualité de fabrication. Il se nourrit aussi de rareté perçue et de récit collectif, deux dimensions où cette Ferrari-là reste, pour l’instant, à l’écart.