
Les premières Classe C ensorcelées par AMG, chacun croit les connaître : apparus dès les années 1990, ces modèles ont été successivement animés par un six-cylindres, puis par un V8. Et la plupart des gens pensent que c’est la C 43 AMG qui a clôturé le bal… Erreur : il a existé, de 1998 à 2000, une éphémère et rarissime C 55 AMG, méconnue mais très recherchée par les bons connaisseurs de la marque. Disposant d’un appréciable surcroît de puissance, l’auto n’a pas connu la notoriété de ses descendantes, il est vrai plus volontiers mises en avant par Mercedes. Que donne ce cocktail, aussi désirable que difficile à dénicher ?


La première Mercedes-AMG
Créée en 1967 par Hans-Werner Aufrecht et Erhard Melcher dans la bonne ville d’Aspach (si vous ne le saviez pas, c’est des initiales des deux larrons et d’une allusion au nom du patelin en question que la raison sociale de l’entreprise est issue), AMG a connu deux vies. Tout d’abord préparateur réputé, travaillant presque exclusivement sur des bases Mercedes – entreprise dans laquelle Aufrecht et Melcher avaient fait leurs armes –, la petite structure ne va cesser de se développer au cours des années 70 puis 80, jusqu’à convaincre les dirigeants de la firme stuttgartoise eux-mêmes. Difficile en effet de ne pas être impressionné par la qualité du travail accompli par les ingénieurs AMG qui, sous la seule férule d’Aufrecht à partir de 1971, vont ensorceler bon nombre de mécaniques Mercedes, des plus inoffensives aux plus prestigieuses, servant parfois de laboratoire pour des solutions ensuite adaptées en grande série par le constructeur. On se souvient, à cet égard, du fabuleux V8 doté de quatre soupapes par cylindre dès 1984, c’est-à-dire cinq ans avant que la Daimler-Benz suive le mouvement lors de la présentation de la 500 SL… Devenu constructeur à part entière, AMG, désormais établi à Affalterbach, change de dimension au début des nineties en prenant officiellement en charge le développement de toutes les variantes de pointe du catalogue Mercedes, ses créations étant dorénavant intégrées au catalogue de la firme et commercialisées directement par le réseau d’icelle. Présentée en 1993, la première de cordée se nomme C 36 AMG !
La M3 en ligne de mire
Lancée la même année, la Classe C première du nom (code W202), disposant d’une gamme étendue de motorisations, prend la succession de la 190, première berline compacte de la firme à l’étoile et grand succès commercial. Si l’auto avait bénéficié des attentions d’AMG – avec notamment une mémorable 190 E 3.2 dont on peut admirer un exemplaire en visitant le musée Mercedes –, la diffusion des modèles de la série W201 retravaillés à Affalterbach est demeurée confidentielle. Avec la C-Klasse première du nom, AMG et Mercedes nourrissent cependant de tout autres ambitions ; il s’agit à présent de rivaliser directement avec BMW, dont la M3 s’est imposée en tant que référence dans la catégorie des familiales sportives. Chapeautant la nouvelle gamme, la C 36 AMG réplique à la M3 E36 en reprenant peu ou prou la même recette : un six-cylindres en ligne 24 soupapes transmettant sa puissance aux seules roues arrière – mais, divergence notable par rapport à la voiture de Munich, la Mercedes n’est livrable qu’avec une boîte automatique à quatre puis cinq rapports, s’éloignant ainsi de la sportivité revendiquée par feue la 190 « 16 soupapes »… Basée sur la C 280, dont le 2,8 litres développe 193 ch, la C 36 bénéficie d’un travail approfondi des motoristes qui, en jouant à la fois sur l’alésage et la course, aboutissent à la confortable puissance de 280 ch. Comme on pouvait s’y attendre, BMW ne tarde pas à répliquer avec la M3 3.2, lancée en 1996 et dont les 321 ch initient une course à la puissance qui se poursuit encore à l’heure où ces lignes sont écrites.

Du six-cylindres au V8
AMG réplique l’année suivante avec la C 43, qui remplace la C 36 en sortant l’artillerie lourde : cette fois, plus de six-cylindres, mais un V8 à trois soupapes par cylindre dérivé du M113 que l’on trouve notamment dans la Classe E. Avec 306 ch et 410 Nm, les chronos progressent de même que l’agrément de conduite, tandis que la finition, qui a fait l’objet de critiques acerbes à la sortie de la Classe C, progresse légèrement. Toutefois, la boîte automatique, toujours imposée, confirme le positionnement définitif du modèle, dont la vocation concerne davantage la conduite rapide sur les grands axes que l’arsouille sur les départementales sinueuses. Au reste, le V8 souabe reste dominé, en puissance pure, par le « six pattes » bavarois, mais le toise en termes de couple (la M3 ne dépasse pas les 350 Nm), ce qui en dit long quant à la philosophie de l’engin. Produite jusqu’à la fin de la carrière de la série 202, en 2000, la C 43 AMG ressemble beaucoup à un chant du cygne ; on imagine sans peine qu’au moment de son apparition, les ingénieurs travaillent déjà d’arrache-pied à la conception de sa remplaçante et que la C-Klasse AMG première du nom est parvenue au bout de son développement. Mercedes et AMG vont néanmoins pousser la plaisanterie encore un peu plus loin avec une C 55 AMG lancée en 1998, de façon tellement confidentielle que seuls 59 exemplaires en seront construits !
Comme une CLK à quatre portes
De l’extérieur, il est aisé de confondre cette C 55 avec une C 43 : hormis la calandre spécifique (et un peu clinquante), l’accastillage est identique, jusqu’au dessin des jantes et, hormis le sigle apposé sur le coffre, aucun signe distinctif ne permet de différencier les deux modèles. Pourtant, l’accroissement de la cylindrée s’avère conséquent, car c’est désormais un V8 de 5,4 litres qui officie sous le capot, délivrant pas moins de 347 ch. Si vous êtes familier des AMG de cette époque, il ne vous a pas échappé que ces caractéristiques sont très exactement celles de la CLK 55 AMG dévoilée à l’été 1999 et qui, en dépit d’une physionomie très proche de celle de la Classe E contemporaine, repose sur un châssis de Classe C… De là à en conclure que la C 55 a servi, en quelque sorte, de prototype expérimental au coupé établi sur la même base (et bien plus diffusé), il n’y a qu’un pas… Quoi qu’il en soit, ceux qui portent leur choix sur cette première C 55 AMG (il y aura une suite éponyme, quelques années plus tard, dans la série 203), qui a existé aussi bien en berline qu’en break, ne regretteront pas leur choix. Infiniment plus discrète que les tapageuses berlines AMG d’aujourd’hui, l’auto n’attire pas l’attention des profanes et dissimule élégamment ses capacités (le 0 à 100 km/h est abattu en 5,5 secondes, soit exactement le temps d’une Porsche 996 3,4 litres). Le plus difficile sera d’en trouver une…



