
Une Mercedes 300 SL de 1961 laissée à l’abandon se vend 800 000 dollars malgré la rouille
800 000 dollars pour une épave rongée par la rouille. Un Mercedes-Benz 300 SL Roadster de 1961, oublié pendant des décennies, réapparaît et affole le marché. Pourquoi une voiture à restaurer intégralement peut-elle valoir le prix d’un hôtel particulier ? Parce que certaines légendes automobiles ne perdent jamais leur aura, même sous la poussière.
Début janvier 2020, une annonce passée presque inaperçue a pourtant dit beaucoup de choses sur l’état du marché des automobiles de collection. Une Mercedes-Benz 300 SL Roadster de 1961, dans un état avancé de corrosion, a été vendue 800 000 dollars par le spécialiste californien Beverly Hills Car Club. L’événement remonte à plusieurs années, mais il reste révélateur de la valeur quasi intangible de certains modèles mythiques, indépendamment de leur état.
800 000 dollars pour un projet de restauration
La voiture en question n’a rien d’un concours d’élégance. Retrouvée dans une grange située dans un lieu non divulgué, où elle serait restée immobilisée pendant des décennies, elle présente une corrosion sévère sur la carrosserie et les éléments structurels. Le compteur affiche environ 75 629 miles, ce qui indique qu’elle a été utilisée normalement avant sa mise à l’écart. Plus déterminant encore pour les collectionneurs, l’auto est accompagnée d’un ensemble de documents particulièrement complet : facture d’origine, manuel du propriétaire et un historique d’entretien continu jusqu’en 1968, date à laquelle elle aurait été remisée. D’après ces documents, ce 300 SL Roadster a été livré neuf à son premier propriétaire le 20 juin 1961.
Une rareté bien réelle
Si ce Roadster atteint un tel niveau de prix malgré son état, la rareté joue un rôle central. La version découvrable du 300 SL a été produite à seulement 1 858 exemplaires entre 1957 et 1963. Cet exemplaire précis appartient à un sous-ensemble encore plus exclusif : il fait partie des 256 Roadsters assemblés pour l’année 1961 et des 101 seulement peints dans ce bleu clair référencé 354. À ce niveau de collection, la teinte d’origine et la conformité aux spécifications d’époque pèsent lourd dans l’évaluation.
Le Roadster, plus qu’un simple Gullwing sans toit
Dans l’imaginaire collectif, le 300 SL reste associé aux portes papillon du coupé Gullwing. Pourtant, le Roadster lancé en 1957 ne se contente pas d’en reprendre la silhouette sans toit. Il apporte plusieurs évolutions techniques notables, notamment au niveau du comportement routier. Mercedes modifie la suspension arrière afin de réduire les variations de carrossage négatif qui pouvaient rendre le coupé délicat à la limite. Le six cylindres en ligne à injection mécanique directe conserve son architecture, mais bénéficie d’un arbre à cames de spécification plus sportive, avec à la clé un gain d’environ 20 chevaux par rapport à certaines versions du coupé. À l’époque, les performances obtenues placent le Roadster au niveau de voitures très proches de la compétition, tout en restant homologuées pour la route.
Une équation financière implacable
À première vue, investir 800 000 dollars dans une voiture à restaurer intégralement peut sembler déraisonnable. Pourtant, la logique du marché éclaire ce pari. Un Mercedes-Benz 300 SL Roadster restauré selon les standards les plus exigeants peut se négocier au-delà du million de dollars lors de ventes internationales. La restauration d’un tel modèle implique des coûts très élevés, tant en main-d’œuvre spécialisée qu’en pièces rares, mais pour un collectionneur averti, l’équation peut rester cohérente sur le long terme.
L’état importe moins que l’histoire
Ce Roadster de 1961 illustre une réalité parfois déroutante du marché des voitures de prestige : l’authenticité et la traçabilité priment souvent sur l’apparence. Une voiture complète et solidement documentée, même très dégradée, peut valoir davantage qu’un exemplaire restauré sans historique clair. Dans le cas du 300 SL, véritable vitrine technologique de Mercedes-Benz à la fin des années 1950 et au début des années 1960, cette logique est particulièrement marquée. Cette vente rappelle ainsi qu’un Mercedes-Benz 300 SL, même profondément marqué par le temps, demeure avant tout un objet d’ingénierie et d’histoire automobile, dont la valeur dépasse largement celle du métal qui le compose.